Les secrets de famille

Voilà encore un article qui m’a interpellée… qui a remué des choses en moi…

Cette semaine, sur le site du Nouvel Observateur, un article m’attire l’oeil… Il s’agit d’une Interview de Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste et auteur de : « Les secrets de famille » (paru le 5/10/11).

Petit extrait de l’interview :

Qu’est ce qu’un secret de famille ? Un non-dit à l’origine de bien des situations incongrues, dont le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron nous donne de multiples exemples, dans son ouvrage « Les secrets de famille », paru le 5 octobre.

Vous donnez de très nombreux exemples d’événements ou de situations menant à la création d’un secret au sein d’une famille (période historique traumatique, condition sociale, décès, naissance illégitime, viol…). On a finalement l’impression qu’il en existe un dans la majorité des familles ?

– Oui, et ce ne sera une surprise pour personne. Mais ces secrets sont plus ou moins graves, lourds et pesants, et le porteur du secret peut y penser plus ou moins souvent. Le secret n’a pas forcément une incidence problématique. Ce qui importe, c’est son poids pour son porteur et sa descendance, et la possibilité de pouvoir ou non en parler.

Oui, c’est vrai beaucoup de familles ont des secrets…

Je fais d’ailleurs partie d’une de ces familles… Ce secret me concerne… il concerne ma naissance… il concerne ce géniteur que je ne connais pas et dont on ne m’avait rien dit jusqu’à mes 14 ans… il concerne ce père qui m’a élevée comme sa fille et qui a fait de moi ce que je suis… il concerne ma mère qui a essayé de me protéger… il concerne mon frère qui ne savait pas jusqu’à encore récemment… il concerne mes grands-parents maternels chez qui j’ai vécu avec ma mère jusqu’à mes deux ans et demi, il concerne les parents de mon père, notamment la mère de mon père qui ne m’a jamais acceptée comme sa petite-fille, il concerne mon mari et mon ex. : les pères de mes enfants… à qui j’ai raconté mon histoire, il concerne mes enfants à qui je n’avais rien dit jusqu’à cette année… j’ai raconté mon histoire à Grande-Miss il y a juste quelques mois et presque forcée par les événements, je n’ai encore rien dit à Super-Boubou (trop jeune encore…), il concerne mes cousins, mes cousines, qui pour la plupart ne savent pas…

Mais… si on me pose la question… ce secret ne concerne que moi… et personne d’autre… Il s’agit juste de mon histoire…

L’autre jour, j’ai interrogé ma grand-mère sur le pourquoi on ne m’avait rien dit… « On ne t’a rien dit car tu étais trop petite… nous t’avons beaucoup aimée lorsque tu es arrivée, surtout ton grand-père, celui devant qui tout le monde tremblait, tu étais sa princesse…, sa dernière fille… Tout le monde te chérissait, tu étais pourrie gâtée par tous… Lorsque ta mère a rencontré celui qui a fait de toi sa fille, tu étais encore petite deux ans et demi et ensuite un an après il t’a reconnue… alors nous n’avons rien dit… Tu n’as pas posé de questions, tu étais heureuse… nous avons fait comme si… car tout allait bien… Et puis qu’est ce que ça aurait changé… Tu as bien grandi, tu as eu une période difficile à l’adolescence lorsque tu as su…, mais maintenant tu es une femme épanouie… Alors… laissons le passé où il est… ».

Alors j’avance avec cette blessure tout au fond de moi… qui est ravivée parfois par des événements de la vie…

Mais au fond, je ne sais pas ce qui est mieux pour une famille…

Dire… oui… c’est certain…

Mais quand ? comment ? qui doit le dire ? à quel moment ? et avec quelle suite à cette histoire ?

Je crois que je vais donc me procurer ce livre pour en apprendre un peu plus…

Résumé :

Tout enfant grandit au milieu des secrets, tout simplement parce qu’il est confronté à des mots, des mimiques et des attitudes d’adultes dont il ne comprend pas le sens. Bientôt, il questionne et parfois on lui répond. D’autres fois, on lui sourit en lui disant qu’il le saura quand il sera plus grand. C’est notamment le cas lorsque sa curiosité implique la sexualité. Mais d’autres fois encore, ses questions suscitent chez ses parents des réactions de colère, de tristesse ou de gêne incompréhensible. Ce sont ces réactions que Serge Tisseron nomme « les suintements du secret ». Ils mettent l’enfant sur la voie de penser qu’on lui cache quelque chose de grave, l’invitent à le deviner tout en lui interdisant tacitement d’y parvenir car cela serait trop douloureux pour l’adulte. De cette injonction contradictoire naissent des troubles dans sa construction psychique : le traumatisme vécu et tenu caché par la première génération « ricoche » sur la deuxième, parfois sur la troisième encore.
Serge Tisseron analyse la logique et les mécanismes propres aux secrets de familles. Il montre comment on peut aussi en guérir. Il souligne ainsi que ces secrets s’opposent moins à l’idée d’une Vérité qu’à la communication.

Serge Tisseron est psychanalyste. Les secrets de famille sont un de ses principaux objets d’étude. Il a notamment publié Tintin et les secrets de famille (1992), Nos secrets de famille. Histoires et mode d’emploi (1999), Le Petit Livre pour bien vivre les secrets en famille (2006). Dans la collection « Que sais-je ? », il est également l’auteur de La résilience.

Val1603

Une réflexion sur “Les secrets de famille

  1. Bonjour, je veux simplement parler de mon expérience qui va dans votre sens. J’ai découvert à l’âge adulte avoir été l’objet d’un secret de famille suite à une subsitution d’enfant. Il est exact que les enfants ressentent les non-dits, ça été mon cas, d’autant plus que ma vraie mère était une voisine proche de quartier chez qui j’allais souvent. Puis, il y a eu une coupure d’avec elle quand j’avais approximatievement 10,11 ans; et durant ces années-là, il s’est passé des choses relatives à ma véritable appartenance familiales que des adultes ont pris soin d’enfouir dans ma mémoire. Mais ils ont ressurgis, quelque 28 ans après, lors d’une rencontre avec ma vraie mère. Suite à ma découverte, j’ai voulu reprendre des relations avec ma vraie mère, mais à partir de ce moment, sa gentillesse envers moi s’est transformée en méchanceté; quant à mon vrai père que j’ai retrouvé également, il m’a ignorée. Ma découverte leur a manifestement fait peur, d’autant plus que j’ai pu constituer le dossier de la substitution d’enfant me concernant, mais dans mon cas, judiciairement il y a prescription. J’ai malgré tout ressenti un grand soulagement lors de ma découverte du secret de famille car j’ai enfin pu donner une explication aux choses. Il y a donc eu un mieux-être.
    Merci de m’avoir permis de mettre ce commetaire. CORDIALEMENT

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