Ecouter, oui mais comment ? Gordon et l’écoute active

 

La technique la plus efficace, et de loin, qu’utilise un agent d’aide professionnel, est un type de réponse verbale qui n’enferme aucun message neuf de l’écoutant, mais n’est qu’un reflet qui renvoie le message précédent de l’enfant.

Cette technique de communication est appelée « écoute active ». Cette façon d’écouter a initialement été développée par le psychologue Carl Rogers,  tout d’abord en destination des thérapeutes. Thomas Gordon, dans Parents efficaces au quotidien dont est extrait la citation (et dont j’ai déjà parlé ici et ), emprunte cette méthode comme moyen d’enrichir les relations parents-enfants.

L’écoute active permet aux enfants de se sentir compris et d’apprendre à faire face à leurs émotions au lieu de les ignorer. En effet, quand une personne (enfant ou adulte le principe est le même), nous confie ses problèmes nous avons tendance au mieux à conseiller ou encourager, au pire à blâmer ou sermonner. Or, ces types de réponse sont en fait des obstacles à la communication.

 Par exemple, si un enfant se plaint que personne ne veut jouer avec lui dans la cour de récré, il entendra le plus souvent ce style de réponse :

« Tu n’as qu’à aller jouer avec Adrien, il est gentil Adrien »

« Arrête ton cinéma, je t’ai regardé tout à l’heure et tu t’amusais comme un fou »

« Si tu n’embêtais pas les autres, ils auraient davantage envie de te parler ».

Chaque réponse est plus ou moins bienveillante, mais a peu de chance d’être entendue efficacement  (on peut d’ailleurs gager que la plainte de l’élève va se prolonger pendant des mois, à moins que l’adulte excédé finisse par y couper court en grondant). En fait, on ne prend en compte ni le besoin de l’enfant de voir son émotion accueillie ni à son besoin de trouver sa propre solution à son problème. En revanche, lorsque l’adulte utilise l’écoute active, il ne suggère rien dans ses réponses mais se contente de montrer à son interlocuteur qu’il l’a bien entendu :

-Personne ne veut jouer avec moi.

-Tu es triste car personne ne veut jouer avec toi.

– Oui, les copains, ils disent, « non, tu joues pas »

– Tu es contrarié que tes copains te disent non.

– Oui, je suis contrarié. 

On voit que l’adulte n’apporte à l’enfant aucun élément nouveau, mais reprend simplement ce qu’il dit en décodant ses sentiments. Il est vrai que cela donne une impression bizarre de parler comme cela au début, on se sent limite ridicule. Mais en définitive il est très probable qu’une fois son émotion entendue, l’enfant reparte jouer et ne revienne plus se plaindre : soit le simple fait de se sentir entendu a dissipé sa tristesse (« les émotions semblent s’évanouir dans l’air léger » écrit à ce propos Gordon), soit clarifier ses sentiments lui a permis de trouver une solution à son problème. Si la plainte de l’enfant continue, c’est probablement que l’on a mal décodé l’émotion derrière la plainte, il convient alors de chercher avec lui le vrai problème (peut-être est-il est stressé par un contrôle, ou ne se sent pas bien…).

Je trouve que l’écoute active est un outil fantastique pour permettre à son interlocuteur de s’exprimer. Elle contribue un climat plus ouvert et confiant à la maison (par exemple, un aîné peut exprimer librement ses sentiments négatifs vis à vis de son petit frère, ou son  humiliation d’avoir été puni à l’école). L’enfant qui se sent écouté devient plus sensible et empathique, ce qui l’amènera, peut-être, à nous aider, lorsque c’est nous qui aurons un problème avec son comportement. Pour autant, selon moi, ce n’est pas  la solution miracle pour amener la sérénité et une ambiance respirable dans nos foyers. La gaité, les projets fait ensemble, toutes les petites choses que nous négligeons trop souvent sont essentiels aussi à la création de bonnes relations.

De même, ce n’est pas une méthode qui peut être appliquée tout le temps.  Tout d’abord, l’écoute active est destinée à aider l’enfant et non le parent qui désapprouve un comportement ou voudrait amener sa progéniture à faire ce qu’il souhaite. Ainsi, quand un enfant dit « je veux pas me coucher», et que vous répondez « tu n’as pas envie de te coucher », tout en le mettant dans son lit, vous ne faites pas de l’écoute active car c’est vous qui avez le problème « coucher le petit  pour profiter de ma soirée ».

De même, inutile de vouloir pratiquer l’écoute active quand on est pressé, énervé,  fatigué, et en règle générale psychologiquement peu disponible.  Malgré son aspect simple, elle nécessite une certaine énergie. A ce sujet, Gordon écrit :

Ecouter en profondeur, c’est offrir à l’autre de boire dans votre verre. Mais si votre verre n’est pas assez plein, vous n’apprécierez guère de le partager et l’autre sera déçu de la pauvreté de ce don.

On peut dire à un enfant que l’on ne sent pas capable de l’écouter à un instant t, ou sur un sujet qui nous est pénible.

Personnellement, je ne prends pas toute récrimination pour prétexte à une écoute se voulant en profondeur, mais se révélant forcément superficielle. Par exemple, si mon fils me dit à 8h10 qu’il ne veut pas aller à l’école, je me contente de lui enfiler ses chaussures et de le pousser vers la porte. Si les plaintes se répètent et que son comportement change, je lui proposerai alors d’en discuter au moment où nous serons tout les deux tranquilles (malheureusement, il n’est pas toujours facile de trouver un tel moment au quotidien…).

Ne poussons pas non plus notre enfant à se livrer s’il n’en a pas envie et ne pas désespérer car la confiance ne se crée pas en un jour. Les enfants comme les adultes ont droit à leur jardin secret.

Enfin, l’écoute active est une technique qui nécessite de persévérer : on se sent assez emprunté et peu naturel au début, et les enfants peuvent être surpris (voire méfiants). Mon Grand Doux de bientôt trois ans s’exprime plutôt bien mais a encore du mal à trouver tout seul ses solutions, à part « c’est maman qui fait »  bien entendu. Je débute encore avec cette méthode, mais je n’ai pas trouvé mieux pour inciter les enfants à s’exprimer librement et devenir autonomes. Chez nous, il y a bien sûr cris, larmes et « pétages de plombs » divers, mais l’écoute active est un truc qui nous aide à sortir de stériles rapports de force. Avec un peu de patience, je suis sûre que nous obtiendrons des résultats,  peut-être pas miraculeux, mais en tout cas positifs.

Kelissen – Flo la souricette

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4 réflexions sur “Ecouter, oui mais comment ? Gordon et l’écoute active

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