L’homoparentalité en question

Pour ce vendredi intello, j’ai envie de vous parler d’homoparentalité.

Depuis toujours, j’entends dire beaucoup de choses sur le sujet. Depuis peu, on en entend des plus positives. Mais, quand j’étais jeune, ce que je lisais et entendais était toujours péjoratif.

Voici un petit récap des trucs les plus récurrents :

Les enfants vivant dans des familles homoparentales deviennent homosexuels.

Les enfants vivant dans des familles homoparentales n’ont pas de repères sexués saints.

Les enfants vivant dans des familles homoparentales sont plus malheureux.

Les enfants vivant dans des familles homoparentales réussissent moins bien à l’école.

Si mon enfant devient homosexuel, c’est que j’ai raté quelque chose dans son éducation.

L’homosexualité est une maladie, il ne faut pas laisser des gens malades s’occuper d’enfants.

La liste est encore longue.

Avant toute chose, rappelons-nous qu’une comparaison implique un groupe de comparaison. Avec qui compare-t-on ces enfants ? Avec ceux qui vivent dans des foyers violents ? Avec ceux qui vivent dans des familles monoparentales ? Avec ceux qui vivent dans des familles recomposées ? Avec ceux qui vivent en orphelinat ? Avec ceux qui vivent dans une famille biparentale ? Avec ceux qui vivent en Europe ? En Afrique ? Aux Etats-Unis ?

Chacun de ces « groupes » d’enfants aura une vie différente. Est-ce réellement comparable ?

Ensuite, gardons également à l’esprit le critère de comparaison : réussite scolaire, sexualité, bonheur (comment on quantifie le bonheur ? J’en ai aucune idée), etc.

Est-ce des critères pertinents ? Est-ce des critères vérifiables ? Je vous laisse le soin de le décider vous-même.

Je préfère vous donner mon point de vue sur la question. En n’oubliant pas qu’il s’agit simplement d’un point de vue. Même si je crois dur comme fer à ce que je vais énoncer ici, j’admets que d’autres puissent penser autrement (du moment que la liberté de chacun soit respectée, évidemment).

Tout d’abord, j’ai toujours beaucoup ri à l’écoute de l’argument « Les enfants vivant dans des familles homoparentales deviennent homosexuels ».

Non, parce que bon, un jour, il y a bien eu au moins un homosexuel qui a du être élevé par un couple hétérosexuel, non ? Non, je dois sans doute me tromper…

Allez, deux secondes de sérieux : ma mère aime les mecs petits et gros. Pourtant, j’aime les grands musclés (message subliminal à Mister Carouan inside). Je veux dire, on n’imite pas, tous, nos parents. On prend ce qui nous convient, on rejette le reste. Si l’enfant est hétérosexuel, il le restera que ses parents soient homo ou non. Evidemment, ce raisonnement simpliste implique que l’homosexualité ne s’acquiert pas. Et, évidemment, je suis consciente que cette théorie n’a jamais été démontrée (ni l’inverse d’ailleurs).

Pour approfondir un peu la question et sans l’avoir étudié en profondeur, je pense qu’il existe deux origines à l’homosexualité : l’une issue de l’inné, l’autre de l’acquis. Néanmoins, la sexualité est trop intime pour être influencée par un « simple » contact, fut-ce-t-il prolongé. Cela me semble bien complexe qu’une simple influence, d’ailleurs. Je me suis forgée cette opinion après avoir souvent discuté du sujet avec des homosexuels. Certains estiment l’avoir toujours été. D’autres ont le sentiment de l’être devenu. Tous ont une sexualité qui les regarde et qui ne devrait pas poser tant problème à la société.

Revenons-en à l’homoparentalité.

Je me demande souvent ce qui choque certains. J’ai du mal à comprendre où est le problème. Certains mettent plus d’énergie à interdire à des homosexuels d’avoir des enfants que de laisser des enfants dans des familles violentes ! On croit rêver (ou plutôt cauchemarder) et pourtant non…

C’est comme si l’homoparentalité faisait peur. Mais pourquoi ?

En réalité, j’ai du mal à voir l’homoparentalité comme un problème, sans doute parce que j’ai du mal à voir l’homosexualité comme un problème. Il en va de même pour la bisexualité ou la transexualité. Du moment que chacun agisse dans le respect de l’autre et que les rapports sexuels sont consentis, je n’aperçois pas en quoi ça pourrait gêner qui que ce soit.

Alors, il est difficile pour moi de rentrer dans le jeu des comparaisons homoparentalité vs parentalité normale. D’abord parce que la parentalité normale n’existe pas. N’existe plus. Il n’y a plus de norme familiale. Et puis pour toutes les raisons que j’ai citées plus haut.

En fait, pour moi, c’est comme si je devais comparer les enfants qui vivent dans des familles « blanches » et d’autres dans des familles « noires » pour déterminer lesquels sont les mieux élevés, les plus heureux, les plus aptes ou que sais-je encore… Comme si la couleur de peau (ou l’orientation sexuelle) pouvait déterminer la façon dont on éduque un enfant !!!

Mais, essayons de jouer le jeu quand même. Juste pour montrer que leur raisonnement ne tient pas la route.

En ce qui concerne l’adoption : si l’on suit le raisonnement anti-homoparentalité, il est mieux pour l’enfant de grandir dans une institution d’Etat (Orphelinat, et compagnies), que dans une famille homoparentale.

Arrêtons-nous deux secondes sur cette affirmation ! Il vous semble cohérent, à vous, qu’un enfant soit plus heureux dans une institution avec un adulte qui gère un groupe de 20 enfants (souvent en difficultés) qu’avec un couple homosexuel ? Il recevra pourtant moins d’affection, d’amour et d’attention. Il sera moins encadré. Plus livré à lui-même. Son enfance sera réduite à peau de chagrin et devra, très vite, s’adapter à un monde pas toujours rose.

Même dans les meilleurs institutions, un éducateur ne peut remplacer un parent. Il ne peut être aussi présent qu’un parent.

Un couple qui adopte le fait en connaissance de cause. Il passe par une série d’étapes qui visent à juger sa capacité à accueillir un enfant et à l’élever. Les tests sont rigoureux et prennent du temps. On n’adopte pas un enfant à la légère dans notre pays. Sans oublier le coût que cela engendre. Ces parents, triés sur le volet, sont jugés en tant que parent potentiel. S’ils réussissent toutes les étapes, alors, le rêve de l’adoption leur devient accessible.

Les contrôles rigoureux sont donc bien présents. Si une personne est dangereuse pour l’enfant, elle ne réussira pas les tests. Dès lors, si, par hypothèse, un couple homoparental présente un danger (notamment la perversité, la plus souvent citée), il ne pourra pas être candidat à l’adoption. CQFD.

Il faut donc admettre aussi qu’un couple homoparental qui réussit les tests est apte à recueillir un enfant. Point barre, non ?

Pour moi, le raisonnement s’arrête ici.

Passons donc aux couples qui conçoivent un enfant, en dehors d’un mécanisme d’adoption dans une institution.

Rappelons d’abord que lorsqu’un couple homme-femme conçoit un enfant, aucun test n’est imposé. C’est important de garder ça à l’esprit, il me semble.

D’aucuns estiment qu’un enfant sera plus épanoui dans une famille biparentale que dans une famille homoparentale. Mais, réfléchissons alors à la première affirmation. Un enfant est épanoui dans une famille biparentale. Vraiment ? Est-ce qu’une généralité est possible ?

Et si la mère et le père sont alcooliques ? Et si, plus simplement, les parents travaillent (trop) pour boucler les fins de mois, et n’ont quasi pas de temps à consacrer à leurs enfants ? Et si l’un des deux (voire les deux) est violent ? Et si les parents sont marginaux ? Et si une petite fille naît dans une famille qui ne voulait qu’un garçon (ou l’inverse) ? Et si l’un des parents (ou les deux) a subi un grave traumatisme qui a des conséquences importantes sur son entourage ?

Je continue cette liste non exhaustive ou bien ??

Que dire, alors, des familles « problématiques » telles que les familles recomposées, monoparentales, ou autre ? Ou encore d’une famille monoparentale dont le parent est homosexuel… (cumulons les tares, n’est-ce pas ?).

Tout se passe comme si, quand l’enfant ne grandit pas dans une famille « normale » avec papa – maman, avec une sœur ou un frère, un chien, un chat, dans une maison avec un jardin, il en souffrait atrocement et en était malheureux. Et comme si, inversement, tout enfant naissant dans cet univers idyllique (des parents biparentaux hétérosexuels sont, évidemment, toujours des gens saints d’esprit) était forcément heureux et pleinement épanoui.

Un peu simpliste, non ?

Et si on arrêtait ces grosses généralités à deux balles et qu’on analysait la situation au cas par cas ?

Des enfants malheureux, il en existe dans toutes les classes sociales, dans toutes les nationalités, dans toutes les situations familiales possibles et imaginables. Les enfants heureux aussi.

Par ailleurs, être homosexuel n’implique pas être pervers.

Et puis, que je sache, l’enfant n’est pas dans le lit de ses parents au moment de l’acte sexuel, non ? D’ailleurs, si c’était le cas, et quelle que soit l’orientation sexuelle des parents, il y aurait, comme qui dirait, un léger problème.

Ce qui importe, c’est non pas avec qui le parent fait des carapatouilles dans son lit, mais comment il éduque son enfant et l’amour qu’il est capable de lui donner.

Et là, quelle que soit l’orientation sexuelle, on est tous dans le même bain de l’apprentissage, en réel, des besoins et désirs de son enfant.

Finalement, on découvre tous l’horreur des nuits blanches, des dents qui poussent, des courses de la rentrée, du premier chagrin d’amour, etc.

Dans la préface de son livre Des parents de même sexe d’Eric Dubreuil, l’on peut lire :

En montrant qu’ils sont des parents comme les autres – ni meilleurs ni pires – les couples homoparentaux, constitués d’individus de même sexe, posent des questions anthropologiques majeures qu’on lira, tout naturellement à travers les déclinaisons des configurations familiales souples et variées qui constitue le corpus de ce livre.

Alors, si on arrêtait de créer des problèmes là où il n’y en a pas ? Si on laissait chacun juge de qui entre dans son lit ? Le monde tournerait peut-être un peu plus rond, non ?

Merci à Mme Déjantée pour ce nouveau Vendredi Intello ! :-)

Miriam Ben Jattou

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