Ecouter les peurs de nos enfants : mode d’emploi

Il n’y a pas plus terrible émotion que la peur. Il n’y a pas pire que de nier cette émotion chez un enfant ou de l’amoindrir.
A la peur peut alors se mêler un sentiment de honte, ou s’amplifier en terreur.
Écouter ces peurs sans juger et les accompagner, c’est juste une autre manière d’aimer son enfant.

Le cri de Munch, un tableau qui me fait peur

De manière générale parler, écouter, laisser exprimer les émotions n’est pas si naturel dans nos sociétés occidentales, notamment particulièrement à mon sens en France, en opposition aux pays latins comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie.

Alors quand il s’agit de celles de nos enfants, y’a comme un malaise.
Ben oui, si on ne peut exprimer les nôtres, si un sentiment de honte sous-tend la peur, et si notamment on n’est pas en paix avec nos propres émotions, celles de nos enfants nous arrivent en pleine poire et nous sommes alors bien incapables de les recevoir ou de les accompagner. Comme un bouton d’ascenseur, les vieilles émotions de notre enfance remontent à la surface.

Isabelle Filliozat, qu’on ne présente plus, dans son livre « Au cœur des émotions de l’enfant » nous livre quelques conseils pour appréhender cette émotion si particulière qu’est la peur. Je dis si particulière, car elle est imprévisible (on ne sait pas toujours de quoi on va avoir peur), fait écho à un effet de surprise ou une situation menaçante, et représente à mon sens une émotion qui touche au domaine de la survie. Une émotion que Christophe André confère à ce qu’il appelle le « cerveau émotionnel archaïque ». Complexe, la peur revêt plusieurs aussi visages : de la simple inquiétude, à la crainte, l’anxiété jusqu’à la phobie, l’effroi, la terreur.

Ce que l’on oublie, c’est que les émotions sont ancrées dans notre corps. Ma Zouzou par exemple, quand elle a peur parce qu’on joue à cache-cache et qu’elle ne s’attendait pas à nous voir à cet endroit, me dit « peur » en touchant son corps entre le sternum et le plexus. Elle me dit où elle a eu peur. Chez l’enfant plus grand en général, elle peut se manifester physiquement par des maux de ventre… sorte de temple où se retrouvent de nombreuses émotions. Qui n’a pas ressenti enfant ces maux de ventre ? Qui a été écouté  et ne s’est pas fait accueillir avec un gentil « ça va passer, c’est rien » ? Non, ce n’est pas rien, mettre des mots sur ce mal physique, cette émotion, est salutaire. Dire « ce n’est rien », c’est rabaisser l’enfant et lui dire « ce que tu ressens n’est pas vrai ». Pourtant…

Si votre enfant est angoissé, a des phobies ou semble anxieux : ne vous posez pas la question, derrière tout ça se cache une peur.
Ce que l’on peut retenir en premier lieu :
– il ne faut pas forcer l’enfant à surmonter sa peur quand vous le décidez

Forcer à affronter est inutile, et renforce en général les peurs. Aider quelqu’un, enfant ou adulte, à dépasser une peur nécessite du temps, le temps que la peur laisse place au désir. Quand la décision d’affronter vient de vous, l’enfant le fait par dépendance et non par choix, il ne mobilise pas ses propres ressources, il ne se sent pas responsable. Être dépendant augmente la peur« . Voilà qui est dit. Elle rajoute « Brusquer un enfant n’est pas une méthode efficace pour l’aider à dépasser ses peurs et peut avoir des conséquences lourdes à long terme.

Tel qu’insécurité, difficulté à faire confiance, etc.

– il faut aussi se méfier des enfants qui disent n’avoir peur de rien :

Un enfant qui nie toute peur e en fait tellement peur… de sa peur, qu’il préfère ne pas la ressentir. Il la refoule dans les profondeurs de son inconscient. Elle ressortira tôt ou tard, plus ou moins déguisée ou déplacée. Il est naturel et normal qu’un enfant ait peur et il est important que nous, adultes, ne les incitons pas à un « courage « excessif ».

A chaque peur – importante ou petite, démesurée ou justifiée – sa réaction.

Voici en résumé, ce que conseille Filliozat pour écouter et aider les peurs de votre enfant (pp. 131-171) :

– peur du bruit : faire en sorte que l’enfant exprime « de la colère, affirmer sa propre puissance, diminue la crainte. Évoquer le souvenir du bruit et de la peur, en reparler autant que de besoin, permet de se reconstruire, de se rassurer.

– peur de dormir : allez voir l’enfant quand il appelle, mettre une veilleuse, un massage après une histoire, l’écouter confier ses soucis « pour boucler les histoire inachevées », se coucher quelques minutes à son côté. Elle précise « les terreurs nocturnes qui réveillent l’enfant effaré en pleine nuit, disent les émotions mal gérées de la journée » : j’en suis intimement convaincu. Le bébé se décharge de sa journée le soir en pleurant. Quand il grandit, pourquoi ce besoin de vider le sac aux émotions avant de dormir n’existerait plus ? Ils n’ont pas à mon sens la capacité de digérer tout cela. Et nous, adulte, en sommes-nous capables ? Ne les laissons pas avec ces émotions…

– peur des contes : Filliozat fait une très bonne digression sur les contes traditionnels p. 142 et 143. Comme elle je pense ces contes violents : « Lire un conte fait rarement progresser la conscience. Les contes anciens sont le reflets de la vie psychique. Mais sont-ils utiles à nos enfants ? Je pense que non. Ma pratique clinique m’a indiqué qu’ils pouvaient se montrer nocifs. (…) Le conte met en images des fantasmes de l’inconscient, des images susceptibles de renforcer les angoisses« . Tiens, ben j’y mettrais bien quelques comptines comme « Alouette » qui semble relater les fait d’un enfant sadique, et autres chansons avec des oiseaux qui se prennent des volées ou des coups de bâton.

– peur des insectes, animaux… : (nb : passage culpabilisant pour les parents) ces peurs, aussi appelées phobies, sont en général véhiculés par des personnes de l’entourage de l’enfant (Des pièces comme la cave et le cagibi idem) car nos enfants n’ont pas naturellement peur des animaux et autres insectes. « Si l’autre a peur, c’est que ça doit être dangereux, il vaut mieux que j’aie peur. Des peurs injustifiées ou disproportionnées sont souvent des projections d’autres angoisses sur des objets éloignés de l’objet réel de la peur ou de la colère réprimée ».

– peur de l’école, du professeur : « écoutez votre enfant (…) Ne craignez pas de déstabiliser votre enfant si vous exprimez un désaccord avec son enseignant ». En gros et pour résumé : ayez un oeil critique sur les peurs de votre enfant à ce sujet. Certains professeurs peuvent se montrer méchants et humiliant. Le mieux reste d’aller voir l’enseignant. Aussi, les autres peuvent être source de peur.

Au niveau du processus pour aider votre enfant quand il manifeste de la peur, je résume :
– respecter l’émotion ;
– écouter (en aidant l’enfant à exprimer sa vérité) ;
– accepter et comprendre (reconnaître l’émotion en lui disant qu’il a le droit de ressentir cette émotion) ;
– dédramatiser (notamment avec le « moi aussi j’avais peur de telle chose petit » en choisissant un peur différente) ;
– chercher des ressources intérieures et extérieures ;
– l’aider à libérer son énergie (chanter, crier, rire) ;
– satisfaire le besoin d’information (cela rassure) ;
– faire élaborer différentes réponses possibles face à la peur.

Enfin, si votre enfant est « peureux », plusieurs raisons à cela :
– surprotection parentale (le fameux « tu vas tomber »…. à remplacer donc par « tu peux tomber »)
– refoulement de la colère
– l’expression de peurs niées ou refoulées des parents : et oui, ça fait mal au cul de lire ça, mais c’est la vérité. On transmet nos peurs à nos enfants. Mais rien n’est perdu : « Pour soulager l’enfant peureux d’une crainte qui ne lui appartient pas en propre mais qui semble être le reflet de la nôtre, il est utile de lui parler de nous et lui signaler qu’il n’a pas à prendre nos émotions à son compte « . Simplissime (mais si, essaie tu verras ;))

Enfin, à la question que de nombreux parents se posent « les enfants aiment-ils se faire peur », la réponse est « non ». Comme ça, ça c’est dit.

Chrystelle Kiki the mum

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