Cerveau, sexe et pouvoir

Ces dernières semaines, avec la rentrée des classes et les nouveaux programmes de SVT, on a vu revenir au premier plan la question de la détermination du genre. Ainsi, Le Figaro avait attaqué dès le mois d’août avec une série d’articles profondément réactionnaires, accablant la mixité à l’école et entretenant les clichés habituels garçons/filles, le tout à l’aide d’arguments puissants tel que « On sait depuis le Moyen Age que… ». Si si.

Alors donc, aujourd’hui, pour ma première participation, j’ai décidé de vous parler d’un livre que j’ai lu il y a de cela quelques temps, mais que l’actualité a fait remonter dans ma mémoire : Cerveau, Sexe et Pouvoir, de Catherine Vidal et Dorothée Benoit Browaeys.

Ces dernières semaines, avec la rentrée des classes et les nouveaux programmes de SVT, on a vu revenir au premier plan la question de la détermination du genre. Ainsi, Le Figaro avait attaqué dès le mois d’août avec une série d’articles profondément réactionnaires, accablant la mixité à l’école et entretenant les clichés habituels garçons/filles, le tout à l’aide d’arguments puissants tel que « On sait depuis le Moyen Age que… ». Si si.

Et voilà comment j’en suis arrivé à ressortir de ma bibliothèque un livre fort intéressant, qui s’attache à détruire massivement les stéréotypes de genre : Cerveau, Sexe et Pouvoir, paru en 2005 dans la collection Regards, aux éditions Belin.

Voilà pour la petite introduction, qui en fait s’avère plus longue que prévue, mais bon, je tenais à remettre cette lecture dans son contexte, et je vous présente de plates excuses si vous avez trouvé ça barbant. Et puis bon, non mais, vous êtes sur un blog egocentré, alors j’écris pas que pour vous, mais aussi pour moi, na.

Et maintenant, parlons du livre ! Hop !

Dans cet ouvrage, les auteures démontent méthodiquement, chapitre après chapitre, un grand nombre de préjugés sur les différences biologiques entre hommes et femmes. Le tout finement argumenté, étayé de nombreux exemples, et abondamment référencé, pour qui voudrait vérifier les sources ou approfondir sa réflexion sur le sujet.

Ainsi, les premiers chapitres se penchent tout particulièrement sur le cerveau, cet énigmatique masse visqueuse souvent utilisée pour justifier tout et n’importe quoi. Le lecteur a donc d’abord droit à un bref historique de l’évolution des techniques pour observer la chose, en parallèle avec l’évolution des argumentations fumeuses. Comparaisons du poids, du volume, et plus récemment de l’activité grâce aux IRM.

Diverses thèses ont ainsi été mises au point pour tenter de justifier les différences entre hommes et femmes. Un exemple ? La part de gauchers est plus importante chez les hommes ? qu’à cela ne tienne, avec une bonne généralisation complètement douteuse, nous en déduisons donc que la partie droite du cerveau (qui contrôle la moitié gauche du corps) est « masculine », et la gauche « féminine ». Chouette non ? Et même si ces théories ont été totalement invalidées depuis, elles n’ont pas perdue toute leur popularité auprès du grand public.

Bien sûr, on ne peut pas nier qu’hommes et femmes ont des comportements et des façons de penser différentes.

Certes.
Mais cela ne veut pas dire que le sexe biologique est directement à l’origine de ces différences. En effet, le cerveau évolue en permanence, et connait parfois des remaniements importants : on estime à seulement 10% les connexions neuronales présentes à la naissance, le reste se mettant en place surtout jusqu’à 18-20 ans. Et une fois à l’âge adulte, le cerveau continue d’évoluer : les connexions se réorganisent en permanence.
Ainsi, même les vrais jumeaux ne possèdent pas le même cerveau. En fait, au vu des différences d’éducation qui existent entre garçons et filles dans nos sociétés, il parait même normal d’observer des différences au niveau du cerveau. Et pourtant, ces différences sont moins importantes qu’entre un avocat et un rugbyman !
On ne peut donc pas parler de cerveau d’homme ou de cerveau de femme formatés à la naissance.

Et les hormones dans tout ça ? On a souvent tendance à tout (et n’importe quoi) leur mettre sur le dos. Les auteures leur consacrent donc une partie du livre.

On nous explique donc que oui, il y a un processus de sexualisation du cerveau, nécessaire au contrôle des fonctions de reproduction. Pour autant, on apprend que chez les primates et a fortiori chez l’homme, le cerveau ne dépend pas ou peu des hormones pour ce qui est du comportement sexuel. De plus, l’imprégnation du cerveau au stade embryonnaire par les hormones sexuelles est loin d’être déterminant sur les conduites sexuelles.
Enfin, pour ce qui est de leur influence sur l’humeur et sur les capacités intellectuelles, on apprend surtout que les études sur le sujet sont souvent peu fiables et contradictoires.

Un chapitre est ensuite consacré à démonter la thèse de la « psychologie évolutionniste ». Selon celle-ci, ce sont les rôles des hommes et des femmes qui, depuis la préhistoire, auraient influé sur l’évolution du développement du cerveau. Pour caricaturer (à peine), c’est parce que les hommes chassaient qu’ils savent lire les cartes routières, et c’est parce que les femmes restaient dans la grotte qu’elles savent écouter.

Mais voilà, ce qu’on vous dit pas, c’est qu’on ne sait pas vraiment comment vivaient les hommes préhistoriques. Prenons l’australopithèque par exemple : on en a retrouvé tout au plus deux squelettes complets, et on veut nous faire croire qu’on sait tout de leur mode de vie, et qu’en plus c’est à cause de lui que les hommes doivent aller au bureau pendant que les femmes élèvent les enfants ?
En fait, prétendre que depuis la nuit des temps l’homme chasse et la femme reste à la maison est une projection de notre culture. Vouloir en déduire une quelconque théorie scientifique sur l’évolution est donc plutôt… hum… con.

Enfin, les auteures concluent l’ouvrage en revenant sur les pratiques malhonnêtes qui permettent à certains, à partir de découvertes modestes, de présenter leur travaux comme étant LA découverte du siècle — extrapolations douteuses, corrélations abusives… — et sur les dangers de la récupération de la neurobiologie à des fins politiques ou commerciales.

Bref, un livre chouette, agréable à lire (ce qui n’est pas toujours le cas dans les ouvrages de vulgarisation scientifique), très intéressant, et toujours d’actualité. Donc jetez vos Mars, Venus et compagnie, et lisez-le !

Et en bonus, voici un extrait dudit bouquin, qui selon moi présente assez bien les enjeux, et les dangers des visions déterministes :

Toutes ces affirmations et raccourcis hâtifs sont présentés comme fondés sur des données scientifiques. Or la science ne cesse pas d’évoluer. À y regarder de près, il est fréquent de constater que nombre d’arguments biologiques cités pour expliquer les différences entre les sexes n’ont plus cours ou sont l’objet de controverses. Ces discours n’auraient pas d’importance s’ils n’étaient pas amplifiés et lus par un large public qui, finalement, se trouve berné. Et au-delà, les conséquences sur la vie sociale ne sont pas anodines. Si nos capacités mentales, nos talents sont inscrits dans la nature biologique de chacun, pourquoi pousser les filles à faire des sciences et les garçons à apprendre des langes ? À quoi bon le soutien scolaire et la mixité ? Si l’on donne une explication « naturelle » aux différences sociales et professionnelles entre les hommes et les femmes, tout programme social pour l’égalité des chances devient inutile.

Cette vision déterministe est en totale opposition avec nos connaissances scientifiques. Car notre destin n’est pas inscrit dans notre cerveau ! Mais les idées reçues ont la vie dure. Le XIXe siècle était celui des mesures physiques du crâne ou du cerveau, qui ont été utilisées pour expliquer la hiérarchie entre les sexes, les races et classes sociales. Les critères modernes du XXe siècle sont les tests cognitifs, l’imagerie cérébrale et les gènes. Et derrière se profile toujours le spectre de voir utiliser la biologie pour justifier les inégalités entre les sexes et entre les groupes humains. Le devoir de vigilance des scientifiques et des citoyens face aux risques de détournement de la science est plus que jamais d’actualité.

Le chat botté

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