Être parent, c’est quoi ? Et la résilience dans tout ça ?

Aujourd’hui, j’ai envie de vous livrer une petite remise en question qui trotte dans ma tête depuis bien avant les VI mais qui a été ravivée par ceux-ci. Il n’y a rien de « définitif » dans mes propos. Ni rien de vraiment cohérent, en réalité. C’est juste une accumulation de pensées, parfois contradictoires, sur le rôle des parents dans la vie de leur enfant.

Alors, j’en ai parlé avec Mme Déjantée, qui m’a proposé de parler un peu de résilience pour respecter le principe des Vendredis intellos, à savoir : citer un bouquin, un article, une revue sur un sujet précis et développer. Ne connaissant pas le sujet, je me suis dit « Pourquoi pas ». Mais, au final, en creusant un peu, ça ne correspond pas à ce que je voulais transmettre aujourd’hui. Ou justement, ça correspond exactement à la partie que je ne voulais pas aborder. Mais qu’importe, commençons par le commencement et, tout d’abord, par ce cheminement qui se fait dans ma tête depuis quelques mois.

Non, parce que c’est bien beau, mais le concept des VI, finalement se base un peu sur l’hypothèse que nous, en tant que parent ou éducateur, on peut tout changer dans la vie d’un enfant. Tu sais, comme si tu pouvais transformer un vainqueur en perdant ou inversément. On se dit qu’on doit faire le mieux possible et trouver LA façon idéale de faire, pour aider son enfant à se contruire et on donne, parfois, à cette recherche un rôle démesuré, un rôle qui va bien au-delà de ses vraies limites. C’est presque comme si ta vie (ou celui de ton môme) en dépendait. Portage ? Allaitement ? Insultes ? Lectures ? Bio ? Langes jetables ? Langes lavables ? Petits pots ? Co-dodo ?

On en arrive à donner une importance démesurée à chaque choix que nous posons et à nous remettre en question à chaque problème que vit notre enfant. Le parent devient hyper responsable de tout (et paradoxalement, on le voit démissionner de plus en plus, découragé à l’avance par l’ampleur de la tâche). Et on le culpabilise à tout-va.

Pourtant, le fruit peut parfois tomber bien loin de l’arbre et de bien des manières différentes.

Cette réflexion, je la mène parce que je me pose beaucoup de questions concernant mon envie de maternité, sur la maman que je serai, sur la maman que j’ai eue, sur l’éducation que je veux donner et celle que j’ai reçue. Je compare l’impact que cette éducation a eu sur moi, sur mes sœurs, sur mes frères. Je me demande ce que je dois prendre et ce que je dois jeter. En effet, du côté de ma mère, j’ai 3 sœurs et 2 frères. (Oui, je précise « du côté de ma mère, parce que mes parents se sont séparés et ont fait plein de petits chacun de leur côté.) Nous avons été élevés avec les mêmes règles absurdes, avec la même violence, avec les mêmes excès et les mêmes manques. Nous sommes pourtant tous les six différents. Sans doute aurions-nous pu être plus heureux, si ma mère (et son mari) nous avaient éduqués « comme il faut », s’ils s’étaient posé des questions sur la façon de faire et le pourquoi du comment. Au lieu de ça, nous avons reçu du Coca et de l’Oasis à la place de l’eau (c’était pour quand on était punis, l’eau). On a mangé du spaghetti bolo à toutes les sauces (c’est le cas de le dire). On a dormi à plusieurs dans la même chambre. On a utilisé des langes jetables, des trotteurs (pas bon pour le dos et les genoux de bébé). On n’a jamais eu de parc. Ni aucun rituel pour dormir. Ni aucun rituel tout court. Personne ne nous a jamais fait la lecture. On n’avait pas de « vrai » endroit pour faire nos devoirs. Nous n’avions pas de table à manger (on mangeait dans le salon, sur la table basse). Nous regardions la télé depuis tout bébé, puisque la télé était dans la chambre de ma mère et qu’elle l’allumait du matin au soir. On n’avait pas de meuble où ranger nos affaires. On n’avait aucune intimité. On déménageait souvent (et on perdait beaucoup d’affaires dans les déménagements).On n’a jamais été portés en écharpe.

Le parfait contre-prototype de l’éducation parfaite.

Non, je mens, nous avions, bébé, des panades de fruits et de légumes faites maison.

Ça ne m’a pas empêchée d’être grosse. (Ah ? C’est pas une qualité ? Zut !). De savoir et d’aimer cuisiner et jouer avec les différentes saveurs. D’apprécier dormir seule ou avec mon chéri. D’avoir mal au dos et aux genoux. (Pas de bol). De ne pas m’asphyxier avec des objets en trottant partout dans la maison. De dormir. D’avoir des rituels. D’aimer lire et de lire beaucoup, d’ailleurs. De réussir mes études. D’avoir une table à manger dans mon chez-moi. D’avoir quand même une certaine intelligence et certaines capacités malgré la télévision « précoce ». D’avoir des meubles où je garde mille trucs dont je n’ai pas besoin. De m’octroyer des moments d’intimité. Et de vouloir me fixer pour un temps dans un appart’ rien qu’à moi (et à Mister Mon-Chéri).

Et quand j’aurai un bébé, je lui ferai moi-même ses panades et ne lui achèterai pas des Bledina. Ce que je veux dire c’est que malgré les erreurs et les manquements, on a grandi. Et on construit notre route.

Bien sûr, je n’ai pas parlé ici des violences. Les seules erreurs impardonnables et injustifiables. Les seules erreurs qui demanderont des efforts de reconstruction durant des mois voire des années. Les seules erreurs dont on ne sort pas indemnes. (Je parle de vraie violence et pas d’une simple claque sur des fesses, entendons-nous bien. Et même si j’espère ne jamais donner de claque sur les fesses de mon fils ou de ma fille, loin de moi l’idée de juger celle et ceux à qui ça peut arriver, un jour de colère, par exemple.). C’est sans doute ici que joue la résilience, d’ailleurs.

Mais pour le reste, on peut, bien sûr, avoir une opinion sur la meilleure façon de faire. Mais, de grâce!, ne perdons pas de vue que ce ne sont que des détails. Des détails qui peuvent aider l’enfant à prendre telle ou telle direction. Mais détails qui ne l’empêcheront pas de réussir sa vie (ou de la gâcher, si l’envie lui en prend).

Alors, je me dis que, parfois, au lieu de se plonger dans des livres pour apprendre la meilleure manière de faire dormir bébé (ou de le langer, ou de le porter, ou…), on peut aussi se poser deux minutes et juste faire comme on le sent, de la façon qui nous convient et qui convient à bébé et à Chéri.

En même temps, je dis ça mais je pense que le partage des connaissances est quelque chose de fondamental dans l’évolution de notre espèce. (J’avais prévenu, je suis parfois contradictoire). C’est pourquoi j’achèterai et lirai des livres de conseils pour jeunes parents. C’est aussi pourquoi je consulte des blogs de parents. Et c’est également pourquoi je participe aux Vendredis Intellos. Histoire de découvrir l’expérience des autres parents (mais aussi des spécialistes), leurs faux pas, leurs réussites, leurs découvertes, leurs déceptions. Pas parce que je me dis que je vivrai la même chose. Mais, pour m’ouvrir l’esprit aux différentes manières de vivre la parentalité.

Et toi ? Tu vois les choses comment ?

***

Je te l’avoue, à l’origine, mon billet se finissait ici. Mais, je ne voyais pas trop comment intégrer le sujet de la résilience (et surtout l’approfondir, je veux dire) sans dénaturer la structure du texte. Alors, je vais aborder le sujet maintenant, au risque de perdre quelques lecteurs en route, lassés d’avoir déjà lu tout le bla-bla qui précède (non, lecteur, sois courageux, la suite est intéressante, promis ! ;-) ).

Psychologies.com définit donc la résilience comme étant  » la faculté à « rebondir », à vaincre des situations traumatiques « . Je suis peut-être naïve, mais je ne crois pas que le fait de mettre des langes jetables à son enfant pourra le traumatiser plus que lui mettre des langes lavables. Evidemment, j’ai pris l’exemple le plus évident que je pouvais, mais vraiment, ces détails « éducationnels » relèvent plus de la philosophie de vie des parents que du (non-)traumatisme de l’enfant, selon moi.

Par contre, évidemment, cette notion de résilience soulève beaucoup de choses en moi. Oui, j’ai vécu des traumatismes, oui, j’ai du être « résiliente », j’imagine, (ou avoir un temps de résilience court), non, je ne savais pas qu’il y avait un terme pour désigner ça…

Wikipédia nous en apprend un peu plus sur la résilience, tout en gardant à l’esprit que l’article est insuffisamment référencé. Prudence.

Psychoactu.org nous apprend qu’à l’origine, ce concept relève de la physique et a été repris en sciences humaines et développée en France par Boris Cyrulnik qui définit la résilience comme  » la capacité à se développer quand même, dans des environnements qui auraient dû être délabrants « . Mais, l’article poursuit dans l’explication de la notion de traumatisme (« évènement qui laisse l’individu dans un état d’agonie psychique, c’est-à-dire que l’on n’est plus capable de penser l’évènement« ) et de carence affective (« Une bonne relation du bébé à sa mère dans les tout premiers temps faciliterait la capacité de devenir résilient, c’est-à-dire que la certitude d’avoir été aimé nous rend naturellement aimable« ).

Cet autre site  avec un article de Thierry Tournebise permet d’approfondir encore le sujet.

A la lecture de ces différents articles, je suis encore plus convaincue qu’avant de ma vision des choses. L’amour que l’on porte à son enfant et les soins qu’on lui donne sont mille fois plus conséquents que la façon dont cela se fait. Mais, cette lecture m’a permis d’affiner mon propos. Car jusqu’ici, je m’en rends compte, je n’avais pas parlé d’amour. C’était sous-entendu, bien sûr, mais les sous-entendus sont souvent sources de mal(-)entendus. Je conclurai donc ce long billet de Vendredi Intellos par ceci :

Aimons nos enfants de tout notre cœur, faisons ce qui est le mieux pour eux. Même si on n’est pas parfait, même si on se trompe de marque de chaussettes, même si ne sait pas comment faire, donnons-leur la seule chose que personne ne pourra jamais leur reprendre : la certitude qu’ils ont été aimés malgré nos défauts, malgré leurs défauts.

Et finalement, participer à ces Vendredis intellos, lire des blogs de maman ou consulter des ouvrages de puériculture, c’est surtout une preuve de l’amour que l’on porte à son bébé et son envie de bien faire.

Myriam Ben Jattou

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