Porter bébé : comparaisons anthropologiques

On m’a fait découvrir les précieuses éditions Jouvence, de petits livres qui traitent de sujets tournant autour de la famille et de l’enfant. Sur ces recommandations, j’ai commencé par en acheter (d’occasion ! oui, je suis fière de moi parce que je n’y pense pas souvent et que ça économise le papier !) deux. Aujourd’hui, dans le cadre des Vendredis Intellos, je voulais vous livrer un extrait de l’un deux, à savoir Porter bébé – avantages et bienfaits, écrit par Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau*.

J’adore le style de cette auteure, ses livres (oui, elle en a écrit plusieurs chez ces éditions) sont précis, courts, ils vont à l’essentiel en peu de phrases et toujours en justifiant leur propos à l’aide d’études scientifiques ou d’avis de spécialistes (pour ceux que ça rassurerait) mais aussi à l’aide de comparaisons anthropologiques que je trouve très parlantes.

Voici donc le fameux extrait :

Dans les années 50, la pédopsychiatre Marcell Geber a ainsi observé pendant un an des nourrissons bagandas vivant en Ouganda dans un milieu rural traditionnel. Elle a montré la surprenante avance du développement de l’enfant africain comparé à celui d’enfants européens ou américains du même âge. Cette avance remarquable concernait surtout le développement intellectuel et affectif. Portés constamment par leur mère, ces enfants pouvaient se tenir droits, sans soutien, quelques minutes à 17 semaines ; tenaient assis, stables, le dos bien droit dès 4 mois ; tenaient debout sans appui à 7 mois ; marchaient à 9 ou 10 mois ; pouvaient courir à 12 mois (en moyenne, l’enfant européen peut courir à 24 mois) ; donnaient un coup de pied dans un ballon à 18 mois.

(ça, je précise que Pti Tonique le fait ! hihi – bon OK, peut-être pas avec la vigueur et la stabilité qui était sans doute sous-entendue mais suffisamment pour que son père le voit déjà footballeur – grrrrr).

Suite de l’extrait :

« Elle a aussi constaté que les petits Ougandais étaient moins précoces à mesure que notre approche scientifique envahissait la culture ougandaise. L’étude d’un groupe d’enfants de milieu aisé, de parents universitaires, qui n’étaient pas portés au dos par leur mère, n’a pas retrouvé cette précocité.

Pour Marcelle Gerber, « la position au dos de la mère entraîne une avance de développement des muscles commandant la tenue de la tête, la station assise, la locomotion. C’est aussi un poste d’observation privilégié pour voir et entendre tout ce qui se passe et se dit. Les massages et manipulations de la mère dès le début de la vie, le contact peau à peau, sont de tel stimuli qu’ils concourent non seulement au développement moteur, mais aussi à la pleine possession de toutes les capacités. La préhension du tissu qui maintient le bébé au dos, ses jeux de doigts avec ce tissu ou avec le mamelon de sa mère lors des fréquents et longs allaitements et, plus tard, l’imitation des gestes de sa mère et la tolérance de celle-ci le laissant manier tout objet à sa portée sont la cause de sa remarquable habilité manuelle. »

[…] Les stimulations kinesthésiques et vestibulaires ainsi induites peuvent occuper plus de 40 de la journée pour des enfants bambaras (Mali) de 2 à 5-6 mois, contre 10 à 15% pour les enfants français ».

Et celui-là, juste pour le fun (eh oui, ce livre était fait pour moi !!)

Les bébé sioux, quant à eux, passaient leurs premiers mois dans un berceau vertical, en bois et en peau, ressemblant à une hotte, porté sur le dos de la mère ou suspendu à une branche d’arbre » (pour le protéger des prédateurs). C’est-y pas mignon ça ? Je savais bien que les enfants Sioux avaient besoin d’être portés ! ;)

Et la suite parce que c’est intéressant (mais je pourrais vous citer tout le bouquin à ce rythme-là) :

A Bali, Margaret Mead avait observé, il y a plus de cinquante ans, que l’enfant n’était pas censé toucher le sol avant 9 mois. On considérait en effet que la vraie naissance se situait quand l’enfant pouvait lui-même appréhender la terre, c’est-à-dire marcher et se déplacer seul. Jusque là, il était constamment porté par sa mère ou d’autres personnes.

Intéressante vision des choses, non ?

Madame Sioux

*Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau s’intéresse depuis près de trente ans à la naissance, à l’allaitement et à tout ce qui touche la parentalité. Elle est rédactrice en chef de la revue de La Leche League FranceAllaiter aujourd’hui, et est l’auteur de nombreux ouvrages : L’allaitement maternel, Pour une naissance à visage humain, Pour une parentalité sans violence, Anthropologie de l’allaitement maternel, Allaiter, c’est bon pour la santé et Partager le sommeil de son enfant, tous parus aux Editions Jouvence (encore quelques Vendredis Intellos en perspective donc !)

1 pensée sur “Porter bébé : comparaisons anthropologiques

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