Bientôt Noël (ah bon?) et cette question arrive peut-être un peu tard mais ça peut être utile pour les derniers achats ou pour changer les étiquettes des jouets déjà achetés. Pourquoi pas?jouet_fille_garçon_bd.jpg

Je n’ai pas trouvé la source originale de cette photo en français mais la version anglosaxone originale est  et date déjà de 2012.

J’aime cette image si simple que les autres raisonnements en deviennent confondants de bêtise. Le jeu permet à l’enfant de se construire, d’imaginer et de prendre du plaisir en préparant sa vie future. Le jouet utilisé est un support et peut orienter son imagination vers des tâches précises ou plus créatives.  Si l’on n’y prend garde, le jouet offert amène une ségrégation genrée et peut enfermer l’enfant dans un rôle qui n’est pas forcément celui qu’il choisirait sans ça.

J’ai acheté un petit balai pour mon fils car, comme son frère avant lui, il est passionné par cet objet du quotidien. Le paquet est…rose, avec une petite fille avec un fichu sur la tête: message: « balai = fille = ménagère point. » Bon, à 16 mois, j’espère qu’il ne sera pas sensible à l’emballage qu’on jettera vite fait bien fait. Son grand frère aime dessiner: idem, la plupart des boîtes d’aquarelle préparée sont à motifs et décos très genrés fille. Il en a déjà une boîte, qu’il utilise avec plaisir mais qu’il ne montre pas à ses amis garçons de peur des réflexions (sachant que au moins l’un de ses amis fait lui aussi de la peinture « en cachette » chez lui)… Une de mes filles est passionnée de sciences. Les livres d’expérience scientifique sont… à couleurs typées « garçon » , bleus durs et photos de garçon à l’appui. Quelle en est la justification?

Les associations « Chiennes de garde » et « Osez le féminisme » ont lancé cette année une campagne « Marre du rose » pour informer sur les ségrégations genrées liées aux achats de jouets et l’évolution négative en quelques années.

A contrario de la société où les femmes investissent peu à peu tous les domaines de la vie économique et s’émancipent, nous assistons depuis 30 ans à une incroyable régression dans les jouets : non mixité, sexualisation et enfermement à la maison pour les filles, apologie des armes et de la violence pour les garçons.

Quand l’industrie du jouet est questionnée sur sa responsabilité, elle se défausse en avançant qu’elle répond à la demande des parents. C’est FAUX. La ségrégation rose/bleu à l’œuvre est une stratégie délibérée du marketing des fabricants. Quand on segmente le marché entre filles et garçons, les jouets ne peuvent être transmis ou partagés au sein d’une même fratrie. Donc les fabricants vendent beaucoup plus, au détriment de l’éveil de nos enfants !

 

Un des buts de la campagne est de pousser les consommateurs à devenir consomm’acteurs comme on dit et à agir auprès des fabricants de jouets pour  changer les choses. 

Il est primordial d’interpeller les fabricants sur leur responsabilité et de refuser de payer deux fois plus cher pour des jouets stéréotypés qui limitent le potentiel de l’enfant !

Ne nous y trompons pas: il ne s’agit pas de ne plus offrir de poupée aux filles ni de voitures aux garçons, mais d’offrir AUSSI des poupées aux garçons et des voitures aux filles lorsqu’ils sont tout petits. Et de s’adapter ensuite à leurs centres d’intérêts réels, indépendamment de toute stimulation préalable par les fameux « catalogues de Noël » que l’on reçoit maintenant en octobre, presque à la rentrée scolaire.

Sur le site de la campagne « Marre du rose » à la page « comprendre les jouets sexistes« :

Il n’est pas vain de le rappeler, l’égalité et le vivre-ensemble se construisent dès le plus jeune âge.

La reproduction du monde adulte : la construction du soi.

Dans sa construction du « soi », l’enfant reproduit le monde des adultes par le jeu, les jouets étant alors nécessaires pour matérialiser la démarche de l’enfant, et ils sont utilisés de manière différenciée quand l’enfant est à la recherche de sa propre identité. Les jouets sont des stimulants, qui vont permettre à l’enfant de se divertir et de s’éveiller, et donc de se développer.

Alors actions?

  • L’an prochain, on kidnappe les catalogues dans la boîte aux lettres dès qu’ils arrivent ou mieux: on pose un « pas de publicité » sur notre boîte aux lettres, comme ça on fait d’une pierre deux coups (moins de pollution environnementale et familiale).
  • Cette année pour les achats encore à faire dans ces prochains derniers délicieux jours de bataille commerciale on reste vigilant sur le type de jouet et le packaging, en privilégiant les jeux neutres qui ouvrent le plus l’imaginaire de chacun, et les enseignes qui ne fragmentent pas mais favorisent l’enfant dans sa globalité, indépendamment de son aspect.
    On peut aussi offrir des « cadeaux de vie » (temps passé ensemble, concerts, spectacles à partager, massages, jeux, temps sportifs etc…).
  • Et pour les cadeaux déjà achetés? Et si on faisait danser les étiquettes? Cette année poupée pour Marco et garage pour Maëlis?

Alors pour revenir à la question de départ: comment savoir si un jouet est pour fille ou pour garçon? ce jouet suppose-t-il d’utiliser ses parties génitales? si « oui » -> ce n’est probablement pas un jouet pour enfant; si « non »: ce jouet convient aussi bien aux filles qu’aux garçons.

Tout simplement :-) !

 

Pour approfondir le sujet, lire l’article des VI sur le livre éponyme de la campagne « Marre du rose » , le dossier thématique « une éducation anti-sexiste, pourquoi? comment? «  , l’article de 2014 du Huffington Post du 18/12/14 « Jouets garçons/filles: comment en est-on arrivés à ces stéréotypes? » et celui de l’association Adéquations du 6 décembre 2015: « Jouets pour filles, jouets pour garçons pourquoi? »

Femme et mère