Je travaille – entre autres – dans le domaine de la petite enfance. J’anime des formations pour des professionnels de crèche et de plus en plus les thématiques tournent autour des « douces violences » : les professionnels se questionnent depuis déjà plusieurs années sur la façon d’accompagner l’enfant avec plus de bienveillance et de respect.

La définition de ces douces violences la plus usitée est la suivante :

« Entre dans le champ de la violence institutionnelle tout ce qui contredit ou contrevient aux lois du développement, tout ce qui donne prééminence aux intérêts de l’institution sur les intérêts de l’enfant. (…) Dans les douces violences « il n’y a pas d’intention de faire mal à l’enfant. Il n’y a pas de préméditation et chacun reste persuadé que c’est pour le bien de celui-ci. »

Source : site Passerelles EJE, article du glossaire « Douces Violences »

Il est assez flagrant que cette définition correspond à peu près exactement à ce qui se pratique parfois dans les soins médicaux, non seulement pour le toucher vaginal sous anesthésie générale qui nous occupe ici, mais aussi pour ce qui est des pratiques autour de l’accouchement. Et pas seulement.

Lorsque la justification d’un acte médical est « il faut bien que les étudiants apprennent« , on est typiquement dans « tout ce qui donne prééminence aux intérêts de l’institution sur les intérêts du patient« . Evidemment, cela se fait « dans l’intérêt du patient ». Du moins les soignants en sont-ils intimement persuadés.

« Au cœur de la pratique, explique un le chef du service urologie d’un hôpital parisien : le bien des patients. »

Comme le montre cet article de « Pourquoi Docteur » , les soignants sont évidemment persuadés d’agir pour le bien des patients. Ce que je ne conteste d’ailleurs absolument pas. Mais du coup leurs comportements ressemblent furieusement à des douces violences non ?

Et on se retrouve en plein dans la distinction que je faisais il y a peu entre les différents types d’autorité – lire mon article « faut-il rétablir l’autorité » ici.

Le patient est en position de faiblesse et en difficulté émotionnelle plus ou moins grande face à ce qui lui arrive. Sa position est infantilisante de fait et le conduit parfois à des comportements qui peuvent être jugés « déraisonnables » par les soignants. Comme un enfant.

Le soignant, lui, a effectivement un savoir et des compétences que le patient n’a pas. Et il peut être tenté d’imposer sa façon de voir puisqu’il est persuadé d’avoir raison et de savoir ce qui est bon pour l’autre. Comme un parent.

Attendre des patients qu’ils soient « raisonnables » sans autre forme de procès, c’est oublier que, dans la relation patient-soignant, celui des 2 qui est professionnel et qui est censé prendre du recul sur ses pratiques et ses comportements, ce n’est pas le patient. Et celui des 2 qui souffre et est en difficulté, c’est le patient !

Renforcer le côté infantilisant ne diminue pas les comportements problématiques et crée de la méfiance dans la relation patient/soignant.

Pour sortir des attitudes émotionnelles qui peuvent être « déraisonnables », mieux vaut prendre ces émotions en considération et les accompagner. Cela ne prend ni des heures, ni une énergie phénoménale, ni même des compétences surhumaines :-) …

J’irai même plus loin : je crois qu’apprendre à accompagner les émotions des patients diminuera aussi la souffrance des soignants !

Les êtres humains – et les soignants en sont aussi – sont naturellement doués d’empathie. Aucun être humain ne voit avec plaisir un autre être humain être « maltraité », même si c’est faiblement. Et le malaise qui s’installe conduit le soignant à déshumaniser de plus en plus les patients en face de lui. Il les traite de plus en plus comme des objets, comme des êtres incompétents qui ne savent pas ce qui est bon et à qui il doit de plus en plus imposer les choses. Cette déshumanisation lui permet de vivre moins mal avec les conduites maltraitantes pour les patients qu’il est contraint à avoir.

En rétablissant un rapport humain entre patients et soignants, en formant les soignants aux compétences émotionnelles, il me semble donc que patients ET soignants s’en porteraient beaucoup mieux. Et que leur relation en sortirait renforcée.

Pour aller plus loin à ce sujet sur mon blog

A quoi sert le consentement ? : un article sur le consentement en général et en particulier sur les gestes médicaux avec les enfants (avec des astuces pour gérer)

Tous les articles du « Guide des Emotions »

Comment obtenir plus de sexe en faisant moins d’effort : un article pour mieux comprendre comment se construisent la méfiance et les attitudes de rejet (basé sur les relations dans le couple mais qui est directement applicable dans le milieu médical)

Fais un bisou au monsieur : la question du consentement dans les gestes de politesse