Fin novembre, le journal Le Gardian titrait l’un de ses articles « Growing number of girls suffer low self-esteem, says report« .

A growing number of girls and young women say they are unhappy with the way they look and more 16- to 18-year-olds feel less positive about life generally, a report by the charity Girlguiding has suggested.

Un nombre croissant de jeunes filles et de jeunes femmes disent qu’elles sont mécontentes de leur apparence et de nombreuses 16-18 ans ont une opinion peu positive de la vie en général, suggère un rapport de l’association caritative Girlguiding.(traduction libre)

On pourra trouver les éléments de ce rapport sur le site de Girlguiding (ici – résultats de l’étude « girl attitude »)

L’étude a impliqué environ 1300 filles ou jeunes femmes âgées de 7 à  21 ans, pas nécessairement impliquées dans l’association. Elle a été conduite via un questionnaire en ligne, ainsi que des entretiens avec des jeunes femmes qui ont quitté l’école,qui sont sans emploi ou ne suivent pas de formation.

The overall proportion of those surveyed who were not happy with their looks rose to 33% this year, from 29% last year and 26% two years ago. The 63% happy with how they look has fallen from 73% two years ago to 63% now. At ages 14 to 16, 51% of girls are unhappy with their appearance, and even after that age, 52% are still unhappy.

(…)

Although most across the surveyed group report being happy most of the time, 24% of the 16- to 18-year-olds say they are not very or at all happy, far more than last year’s 14%.

La proportion globale des sondées qui n’étaient pas satisfaites de leur apparence a augmenté à 33% cette année, alors qu’elle était de 29% l’année dernière, et de 26% il y a deux ans. Les 63 % satisfaites de leur apparence ont diminué depuis les 73% d’il y a deux ans aux 63% d’aujourd’hui. Entre 14 et 16 ans, 51% des filles sont insastifaites de leur apparence et même après cet âge, 52% le restent.

(…)

Bien que la plupart parmi les groupes sondés se disent heureuses la plupart du temps, 24% des 16-18 ans disent ne pas être très heureuses, ou pas complètement heureuses, beaucoup plus que les 14% de l’année dernière.

L’étude montre aussi que les jeunes filles se préoccupent à un âge très jeune de leur apparence, et surtout qu’elles cherchent à se conformer aux modèles véhiculés par les médias : 2/3 des filles de 7 à 11 ans mettent du vernis à ongles, la moitié se maquille, 1 sur 3 porte des talons hauts. et elles voient cela juste  « comme être une fille » , et non comme chercher à paraître plus âgée.

Une autre raison du malaise évoqué : le harcèlement sexuel normalisé, y compris au travers des médias sociaux, alors même que les comportements sexuels des filles sont jugés très sévèrement.

Et en tant que maman d’une adolescente, un point me stresse particulièrement à propos des harcèlements et abus en ligne :

though most girls deal with this on their own rather than telling their parents or someone in authority

que la plupart des jeunes filles traitent par elle-mêmes plutôt que d’en parler avec leurs parents ou un adulte référent.

Je ne sais d’ailleurs pas comment interpréter ce fait : manque de confiance envers les adultes, ou surtout envers elles-mêmes ? Fragilité liée à ce moment où on a besoin de se détacher des parents alors qu’on a encore énormément besoin d’eux ?

Parmi les témoignages de jeunes cités, une jeune fille de 18 ans pense que le harcèlement et la pornographie via les médias sociaux devraient être traités lors des cours d’éducation sexuelle.

Sur le site de Girlguiding, on trouve aussi les chiffres clés suivants :

-70 % des filles de 13 à 21 ans rapportent des expériences de harcèlement sexuel à l’école et au collège ( NB il s’agit de « school » et « college », je ne sais pas très bien quelle est la correspondance avec « ecole » – collège en France, puisque la tranche d’âge mentionnée est 13 – 21 ans)

– 87% des filles de 7 à 21 ans pensent que les femmes sont plus jugées sur leur apparence que sur leurs compétences

– 47% des 11-16 ans sont insatisfaites de leur apparence

– 54% des 11-21 ans ont expérimenté un abus en ligne

Cette étude est un témoignage objectif de l’effet  l’hypersexualisation des jeunes filles, et sans doute aussi des femmes, essentiellement à des fins de marketing, et dont nous parlions déjà en septembre dernier à l’occasion de la parution du livre de Tanith Carey « Stop à l’hypersexualisation, protégeons nos filles« .

Un autre article paru ce mois-ci dans le monde me paraît assez alarmant, et je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement :

« Une adolescente sur 5 a déjà tenté de se suicider« 

A 15 ans, près de 21 % des filles et près de 9 % des garçons ont déjà tenté de se suicider. La revue de formation médicale Le Concours médical, dans son numéro de janvier, dévoile les premiers résultats d’une enquête épidémiologique menée conjointement par la faculté de médecine et l’Institut universitaire de santé public de Poitiers et l’Observatoire régional de la santé d’Alsace. Des résultats inquiétants qui légitiment l’organisation, pour la dix-huitième fois consécutive, d’une journée nationale de prévention du suicide, mercredi 5 février.

Une étude différente donc, qui montre un malaise important et anormal chez les jeunes filles, et là encore une augmentation de ce malaise par rapport aux études précédentes :

« Le niveau atteint, au dessus de la barre des 20%, et l’augmentation des tentatives de suicide chez les jeunes filles est très impressionnante », insiste le docteur Philippe Binder, médecin généraliste, responsable d’une consultation pour ados à l’hôpital de Rochefort (Charente-Maritime), et maître de conférences à l’université de Poitiers. « Je peux vous dire que je n’ai pas bien dormi le jour où j’ai eu ces résultats. Imaginez, sur cinq jeunes filles que vous croisez dans la rue, l’une d’entre elles a tenté de mettre fin à ses jours… ». Lors d’études précédentes comparables, les adolescentes de 15 ans avaient été 9%, en 1993, à auto-déclarer une TS, et 14,6% en 1999. Chez les jeunes garçons, la progression (4% en 1993, 7,5% en 1999, 8,8% en 2012) est plus lente et semble plafonner.

Alors franchement, je ne comprends rien à tous les débats autour de l’éducation sexuelle, et des campagnes menées en milieu scolaire pour combattre les stéréotypes de genre.

Il me paraît au contraire important et urgent d’agir pour un meilleur équilibre de vie pour tous.

Et je reste convaincue, malgré toutes les critiques dont elles ont été l’objet récemment que les recommandations de l’OMS dont nous parlions il y a deux ans (!!) sont plus que jamais d’actualité.

Voir notre article : Education sexuelle, les recommandations de l’OMS

Extrait :

Pourquoi l’OMS a-t-elle rédigé ces recommandations ?

Suite à un certain nombre d’études, menées sur les 53 pays couverts par le bureau européen de l’OMS, il est apparu nécessaire de définir un standard éducatif valable pour l’Europe qui permette de donner aux jeunes à la fois une information scientifique correcte, et « les compétences pour les utiliser« . Il s’agit aussi de contribuer au développement d’attitudes respectueuses, ouvertes pour aider à la construction d’une société équitable.

traduction approximative de :

« Furthermore, this document is intended to contribute to the introduction of holistic sexuality education. Holistic sexuality education gives children and young people unbiased, scientifically correct information on all aspects of sexuality and, at the same time, helps them to develop the skills to act upon this information. Thus it contributes to the development of respectful, open-minded attitudes and helps to build equitable societies. »

Phypa