Voilà un sujet qui me parle : le rang de naissance. J’ai toujours entendu dire que la place « du milieu » n’était pas la plus facile. J’ai d’ailleurs pu le constater dans ma fratrie de cinq, et aussi dans la famille de mon mari qui a deux sœurs. Les deux filles « du milieu » se ressemblent un peu en ce qu’elles m’apparaissent hypersensibles et avoir besoin d’un peu plus de reconnaissance que les autres.

 Mais de là à généraliser, il y a quand même un pas. Un peu comme quand on dit que les filles sont douces et les garçons courageux, non ?

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 S’il est vrai que j’ai grandi dans un monde peuplé de préjugés et d’idées reçues, cela ne m’empêche pas aujourd’hui de remettre en questions ce type de pensées trop stigmatisantes. Parce qu’à prendre comme vérité que l’aîné est forcément responsable et le dernier insouciant, quelle est la part d’inné, et la part d’acquis qu’induisent ces pensées ?!

 Voilà ce qu’en dit le Dr Gail Gross, spécialiste du comportement et de l’éducation, dans un article du Huffington Post :

L’ordre de naissance a une réelle importance.Certains chercheurs croient que l’ordre de naissance est aussi important que le genre et quasiment aussi important que la génétique. On revient toujours au combat entre l’inné et l’acquis. En tant qu’éducateur et chercheur, je crois savoir que deux enfants n’ont pas les mêmes parents, même s’ils vivent dans la même famille. Pourquoi ? Parce que les parents sont différents avec chacun de leurs enfants, et que deux enfants ne jouent jamais le même rôle.

 Voilà qui me plait davantage comme raisonnement, et c’est d’ailleurs comme ça que je m’expliquais déjà les choses dans un billet écris il y a deux ans. J’y évoquais avec humour les avantages et inconvénients d’être l’aîné ou le second.

 Pour autant, la suite de l’article m’a un peu dérouté. Voilà qui résume bien l’idée générale :

 Tandis que l’aîné est programmé pour l’excellence et la réussite, l’enfant du milieu est élevé dans le but d’être compréhensif et conciliateur, et le bébé cherche à retenir l’attention. Ainsi, l’ordre de naissance est une variable puissante dans le développement de votre personnalité.

Suivent les descriptions de l’aîné-petit génie, du cadet-pacificateur et du benjamin-fêtard, laissant à penser que tous les parents agissent de la même façon sur leurs enfants, que tous les aînés sont identiques entre eux, et de même pour les cadets et les benjamins. Ainsi :

L’aîné aura probablement plus de choses en commun avec d’autres premiers de la famille qu’avec ses propres frères et sœurs.

 N’en jetez plus, la coupe est pleine. Nous serions donc programmés à devenir telle ou telle personne ? Tout cela ne me semble pas très scientifique. D’ailleurs aucune étude, aucun chiffre ne sont avancés dans cet article. Sur quoi repose cette théorie ? Sur l’observation d’un échantillon représentatif de familles comprenant trois enfants ? Oui parce qu’en dehors de ces fratries-là, point de salut. Enfin presque. Un paragraphe édifiant est dédié aux enfants uniques, décrits comme des loups solitaires…

Et moi qui suis la quatrième de cinq enfants, quel adjectif est sensé me caractériser ? Aurais-je le privilège de ne pas avoir de case encore bien définie ? Aurais-je la chance de ne pas avoir à suivre une voie toute tracée par la façon dont me perçoivent mes parents ? Je ne parle même pas des jumeaux et des autres compositions familiales qui sortent du cadre des trois enfants (ayant les mêmes parents, j’imagine).

Pour conclure, le Dr Gross conseille les parents :

Il est important de connaître votre enfant. Plus important encore que l’ordre de naissance: créer un environnement qui soit positif, sécurisé, sain et stimulant. En comprenant la personnalité particulière de votre enfant et son tempérament, vous pouvez organiser leur environnement pour les aider à mettre leur potentiel à profit. Par exemple, comprendre que l’aîné se sent plus responsable vous permet d’éclairer leur route et reconnaître que le bébé de la famille grandit dans un environnement plus tolérant peut vous aider à être plus appliqué dans votre discipline.

Peut-être ai-je l’esprit mal tourné ou suis-je braquée, mais je lis là un beau paradoxe : chaque enfant est particulier, différent des autres, avec sa propre personnalité. Mais, quand même, il est tout naturel que l’ainé soit responsable et que l’on soit laxiste avec le dernier, le rendant ainsi fêtard et insouciant.

Apparemment je ne suis pas la seule à ne pas me retrouver dans cet article du Huffington Post, si j’en juge les commentaires associés qui m’ont bien fait rire, du genre

Zut ! Mes enfants sont nés dans le désordre !

Ce que je pense, c’est que bien sûr, nous sommes des parents différents pour chacun de nos enfants. Parce qu’ils arrivent à des périodes différentes de notre vie et que nous évoluons, nous aussi, mine de rien. Bien sûr que l’aîné sera le seul à connaitre l’attention exclusive de ses parents et devra apprendre à partager si d’autres enfants viennent agrandir la famille. Mais j’aime à penser que rien n’est gravé dans le marbre. Qu’un aîné peut se révéler être un formidable copain de jeu pour son jeune frère. Que le cadet ne ramera pas forcément pour trouver sa place. Qu’être le dernier ne signifie pas systématiquement être l’immature de la famille.

Je lis de nombreux témoignages sur la toile, et s’il est une vérité, c’est que chaque famille est différente. Chaque foyer a son fonctionnement propre. Chaque enfant a son unicité. Alors si la façon d’éduquer nos enfants influe sur leur personnalité (ce que je crois), comment pourraient-ils être plus proches des autres enfants de même rang, en ayant grandi dans des environnements si différents, que de leur propre fratrie ?

J’ai aussi l’impression que nous sommes des parents en mouvance, qui cherchent à s’améliorer, et qui sont attentifs à l’individualité de leurs enfants. Voilà qui devrait permettre à nos têtes blondes, brunes et rousses de trouver leur propre voie, sans avoir besoin de se limiter à celle qui serait tout tracée.

Mère lacunaire