Sur les VI, on a eu beaucoup d’articles récemment sur les astuces pour concilier vie pro et vie perso : MajorMarmotte nous a parlé de télétravail, Mme Sioux des 200 astuces de  maman travaille et j’avais moi-même posté un article sur l’équilibre à trouver entre vie pro et vie perso il y a quelques mois.

Aujourd’hui, je voulais revenir avec une question un peu complémentaire qui est celle des choix que l’on pose quand on ne peut pas tout concilier, et de la difficulté qu’on peut avoir à assumer ces choix.

En effet, malgré la meilleure organisation du monde (télétravail, crèche et tutti quanti), il reste toujours des situations dans lesquelles, parce qu’on ne se dédouble pas, il faut choisir…. Je prends comme exemple le créneau symbolique du 18h00-20h00. Le rater au boulot, c’est « prendre son après midi » Le rater à la maison, c’est « ne pas avoir vu ses enfants de la journée». Que choisir ?

Même sans parler de prendre une option radicale (100% au foyer ou 100% au boulot), décider de faire des compromis (type : je rentre à 18h00 un soir sur deux) est quand même un choix qu’il faut assumer, et cela doublement parce qu’on n’est ni à 100% sur sa carrière, ni à 100% sur ses enfants, avec un tiraillement permanent entre les deux.

Ce tiraillement et cette difficulté à l’assumer sont bien décrits dans le chapitre introductif de L’injustice ménagère (F de Singly). Il met en opposition l’injonction  à faire carrière pour les femmes, qui est basée sur des critères uniquement financiers et féministes (égalité de carrière homme / femme, indépendance financière de la femme dans le couple) et l’injonction également pour une femme d’être une « bonne mère », présente pour ses enfants. Il parle ici du congé d’éducation parental, mais on pourrait avoir les mêmes conclusions en remplaçant « congé parental » par « lever le pied sur ses horaires, sa carrière » etc.

[Apparté : autant l’injonction à faire carrière est tout aussi voire plus forte pour les hommes, autant l’injonction contradictoire, incitant à passer du temps avec ses enfants, est moins forte il me semble].

Voici l’extrait :

« Prenons un exemple tiré d’une recherche de Stéphanie Gosset (2002) sur le congé parental d’éducation. Du point de vue de l’égalité des carrières et de l’indépendance vis-à-vis du conjoint, la prise de ce congé parental est une mauvaise affaire (Fagnani, 2000).

Freiner sa carrière pour mieux s’occuper de ses enfants c’est s’exposer à une plus petite retraite, un plus petit salaire et potentiellement une dépendance financière vis-à-vis de son conjoint, le renoncement à des opportunités d’évolution dans la carrière / les responsabilités, une vie sociale potentiellement moins riche …

Alors que le sociologue peut estimer qu’elles « perdent » leur temps en devenant mère à temps plein – dans l’optique de l’égalité entre les genres – ces femmes utilisent un terme contraire : « en profiter ». […]
« Elle ne le fait pas seulement par dévouement, elle le fait aussi pour elle-même. Comment prendre en considération ce « profit » ? Uniquement comme le reflet d’une aliénation, d’une domination subie ? Que se joue-t-il dans la dimension conjugale et maternelle de son identité pour une femme pour qu’elle accepte de « payer » un tel prix ? L’éthique du care entre en contradiction avec l’éthique de l’égalité et de la réussite professionnelle » […]

« Inversement, des femmes qui ont « profité » de leurs enfants peuvent aussi songer à d’autres moments à ce qu’elles ont perdu du point de vue de leur carrière.
« L’oscillation entre l’absence de regret et le regret exprime bien les difficultés auxquelles les femmes sont confrontées, plus que les hommes, prises entre deux logiques, celle du care et celle de la réussite.».

Voilà, tout y est : toutes les femmes doivent un jour faire des choix, et prises en tenailles entre deux envies (ou parfois simplement deux pressions sociétales) contradictoires, beaucoup ont du mal à assumer.

Alors… comment assumer ses choix au quotidien ? J’ai trois propositions, issues de mes lectures du moment. Elles sont détaillées (avec les extraits de lecture dont elles sont issues) sur mon blog.

1/ Se persuader que, malgré tous les conseils qu’on nous donne, il n’y a pas de « bon » ou de « mauvais » choix : si la recette de la « réussite » existait (et était la même pour tout le monde) elle serait connue !

2/ Il n’y a pas de choix définitifs : on peut tous trouver en nous des ressources pour rebondir, se reconvertir, changer de vie …

3/ Travailler son projet de bonheur. Choisir une option… c’est renoncer à l’autre. Et renoncer sans être aigri, c’est possible si on sait où on va, si on sait ce qui nous épanouit dans la vie et qu’on s’y tient, sans culpabilité et sans angoisse.

Qu’en pensez vous ? je serai heureuse de prolonger le débat avec vous !

Paloma