Ca fait quelques jours déjà que ma belle-soeur m’a envoyé ce super article du Pr. Martine Erzog Evans intitulé :

Féminisme biologique, allaitement et travail, une nouvelle forme d’auto-détermination des femmes

J’ai super envie de vous en parler, parce que je le trouve génial, et il résume très bien ce que je pense en matière de féminisme et de condition de la femme dans la société actuelle. Cet article fait 16 pages, il est très très complet, je pense donc vous en faire un résumé condensé auquel j’ajouterai mes commentaires.

L’article commence fort, avec une citation : « L’allaitement est un truc que les hommes ont inventé pour e… les femmes », a un jour apparemment dit une femme.

[…] un certain féminisme présente l’allaitement comme étant l’adversaire des femmes, celui qui les astreint à la maison. Ce féminisme reprend actuellement de la vigueur en se dressant contre la femme « biologique », celle qui veut utiliser son corps dans toutes ses dimensions, non seulement sexuelle, mais encore en tant que gestante, parturiente et allaitante.

Mon incompréhension est totale face à ceux qui se réclament du féminisme tout en interdisant aux femmes d’user de leur condition de femmes comme bon leur semble. J’ai l’impression qu’une certaine branche du féminisme a pour but de transformer les femmes en hommes, en promouvant l’égalité des sexes, mais en passant totalement à côté du fait qu’une femme n’est pas un homme et que les hommes et les femmes ne sont pas du tout interchangeables… notamment dans le domaine de la parentalité.

Il existe plusieurs branches du féminisme, je fais recours à mon ami Wikipedia pour vous en parler :

Le féminisme libéral

Il prend place dans la seconde moitié du XIXe siècle (autant dire il y a des lustres) et militait pour l’égalité civile et politique des sexes, ainsi que dans le domaine du travail et de l’éducation. C’est ce féminisme qui a permis le droit de vote, et qui a donné des droits à la mère de famille sur ses enfants, ce qui n’est pas rien quand même.

Le féminisme radical

Ce féminisme voit le patriarcat (l’oppression des femmes au profit des hommes), comme le fondement du système de pouvoir qui régit toutes les relations humaines dans la société. Personnellement, je trouve que le système de pouvoir commence bien avant, par l’oppression des enfants notamment, mais là n’est pas le propos. « Avec d’autres, ce courant cherche à contester le modèle réformiste en rejetant les rôles sexuels archétypaux et en critiquant l’essentialisme, qui naturalise le rôle social de la femme en en faisant une donnée biologique, propre à sa constitution sexuelle. Il accompagne la libération sexuelle et le mouvement de libération des femmes aux États-Unis, en Angleterre, au Canada et en France. » nous dit Wikipedia.

 

Le féminisme radical différentialiste

Ce féminisme est souvent critiqué par les féministes radical-e-s comme étant un « anti-féminisme », puisqu’il part du postulat que la femme dans la société n’est jamais considérée que comme le pendant d’un homme : une épouse de, une fille de, une soeur de, une amie de, mais jamais un être à part entière. On prône dans ce féminisme, bien évidemment l’égalité des droits, entre tous les êtres humains, donc entre les hommes et les femmes. On y ajoute une valorisation des différences, de ce qui fait qu’une femme est une femme et un homme, un homme, en partant donc du principe que les deux ne sont pas les mêmes, et donc pas interchangeables.

source : Wikipedia

Revenons à nos brebis allaitantes.

Obstacles à l’allaitement

L’auteure explique que la culture française est très défavorable à l’allaitement, à travers des faits fondamentaux :

  • Le féminisme « collaborationniste »
  • Le mythe de l’interchangeabilité des sexes
  • L’érotisation moderne des seins
  • Le travail à l’extérieur de la maison
  • Le système capitaliste

Le féminisme « collaborationniste »

Les données biologiques de notre espèce sont claires: les humains, comme au demeurant les grands singes, doivent, pour atteindre une santé optimale, être allaités entre deux et sept années. Les travaux de préhistoriens montrent ainsi à partir de l’analyse de la dentition,
que les petits humains étaient allaités il y a encore peu de temps, en moyenne cinq années. Telle a été la norme pour notre espèce jusqu’à une époque très récente et, ce, sur tous les continents. Seule l’arrivée très tardive de substituts élaborés à partir de lait de vache a pu acculturer nos contemporains et leur faire oublier ces données encore valables il y a peu.

Comment a-t-on pu arriver à l’oublier ? On est quand même la seule espèce vivante à nourrir nos rejetons avec du lait d’une autre espèce… et à considérer ça comme la norme.

Tout commence donc avec les féministes radicales françaises, « menant finalement bien peu de luttes, [elles] se sont exclusivement focalisées sur la contraception, l’avortement, et le travail« . Ce féminisme donne l’idée que pour éviter tout problème à la femme, elle n’a qu’à pas faire d’enfants, ainsi elle peut se concentrer sur sa carrière. On sortait d’une époque où la femme n’avait pas le droit de travailler sans l’accord de son mari, je comprends donc que beaucoup de femmes se soient senties libérées en ayant le choix d’assumer ou pas une maternité, et de se concentrer ou pas sur leur carrière. Mais on a du coup laissé de côté toutes ces femmes qui voulaient concilier les deux, être femme, donc être mère et pouvoir également travailler.

En résumé, la tournure qu’a pris chez nous la lutte féministe a contribué à l’idée que la maternité constituait l’ennemi de l’autodétermination des femmes; que les intérêts de la femme et de l’enfant étaient opposés.

L’idéal féministe classique transforme la femme en homme et fait donc de la maternité, et de l’enfant en lui-même, des obstacles à l’épanouissement de la femme… dans cette optique-là, la femme devrait pouvoir être « comme l’homme » : sans enfant, elle aurait donc la possibilité de gravir les échelons sociaux plus vite, de s’intégrer plus facilement, et donc d’être enfin l’égale de l’homme. J’ai l’impression que pour les femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant, la vie n’est pas plus facile, et qu’elles ne sont toujours pas à l’égal des hommes… Le problème de l’égalité homme/femme dans la perception populaire est bien plus profond qu’une histoire d’épanouissement dans la maternité ou pas, c’est un arbre qui cache la forêt si on pense comme ça.

Le mythe de l’interchangeabilité des sexes

Il prend la forme d’une injonction faite aux pères de « couper le cordon » liant mère et enfants, un cordon, supposé être délétère et nuisible.

La racine du mythe de la mère fusionnelle, nuisible pour son enfant, et du rôle de tiers séparateur du père, dans le couple fusionnel mère/enfant, prend racine dans la psychanalyse. La femme devenue mère, après avoir fantasmé pendant neuf mois son bébé, cherche de la gratification et de la valorisation à travers son enfant, elle reporte également inconsciemment sa vie affective (et sexuelle) avec son partenaire (le père du bébé), laissée en « jachère » après l’accouchement, sur son bébé, qui peut alors vivre très mal cette proximité affective « incestueuse ». Le père doit donc revêtir le costume du Tiers Séparateur. Il doit couper le cordon, et veiller à ce que la dyade mère-enfant ne soit pas trop trop fusionnelle, à ce qu’on lui laisse une place… cela passe par : interdire l’accès au lit parental au nourrisson, à désapprouver l’allaitement à la demande – voire l’allaitement tout court -, qui est alors vu comme une mise au service du corps de la mère à son enfant, son corps n’étant alors qu’un corps de mère, et plus un corps d’amante, indisponible pour l’échange amoureux.

Or, à l’opposé exact de ces affirmations péremptoires dénuées de fondements, c’est précisément la fusion mère-enfant qui a assuré la survie de notre espèce depuis son origine. [L’]autonomie [de l’enfant] est certes un objectif ultime à atteindre ; toutefois, il ne peut l’être que si la sécurisation primitive a pu être réalisée. Celle-ci ne peut être obtenue que par un maternage proximal et prolongé durant ces années cruciales autant que fragiles, de construction cérébrale et affective

La sécurisation affective de l’enfant pendant ses premières années, notamment lors des phases cruciales du développement, est primordiale. Or elle ne peut pas être assurée de la même manière par le père et par la mère. Outre l’allaitement, qui ne peut être accompli que par la mère, on ne peut pas nier que l’enfant et sa mère ont un lien spécial que leur confère ces 9 mois passés ensemble, l’enfant à l’intérieur du corps de sa mère, intimement liés par les flux hormonaux, les apports nutritifs, le partage du placenta…

L’auteure parle notamment d’un élément du droit positif français, qui permet en cas de séparation du couple parental, la garde alternée, notamment des très jeunes enfants et des nourrissons.

Véritable jugement de Salomon à l’issue inverse de celle du mythe, nos contemporains choisissent là de faire primer le droit à l’enfant et sur l’enfant au droit de l’enfant à la survie psychique et, accessoirement, à être allaités.

Elle explique que dans le contexte d’une séparation, l’allaitement est souvent considéré comme un obstacle délibérément posé par la mère pour faire obstruction aux « droits du père ». (je me rends compte que sans faire exprès du tout j’ai quasiment dit mot pour mot ce qui est écrit dans le doc, ce n’est pas du plagiat, promis, apparemment on est sur la même longueur d’ondes…) Elle rappelle que de toute manière, sur la longue durée, peu d’enfants se satisfont de la garde alternée, même en grandissant, et préfèrent en général de plus longs séjours chez un seul de leur parent, pour plus de stabilité.

Érotisation contemporaine des seins

L’érotisation du sein est un phénomène très récent et très localisé : ce n’est que depuis peu de temps, et pas sur toute la planète, que le sein est couramment considéré comme un pendant de la vie sexuelle, à la fois dans la sphère privée, et dans la sphère publique. Deux fois plus d’obstacles pour mener à bien un allaitement épanoui.

Dans la sphère familiale, la femme qui allaite peut trouver sur son chemin son propre compagnon, lequel ne dispose souvent point des codes sociaux et sexuels lui permettant de négocier le maintien d’une sexualité épanouie alors que celle-ci allaite. Le père peut ici être soutenu par des porte-paroles célébrissimes tels M. Marcel Rufo, lequel a ainsi osé affirmer que « Lorsque la maman recommence à avoir des relations sexuelles – le plus tôt est le mieux – elle ne peut pas allaiter et se faire caresser un sein : ça ne se partage pas, un sein. »

J’ai du mal à comprendre comment on peut faire passer le désir d’un homme avant les besoins vitaux d’un nourrisson. Et je ne comprends pas non plus qu’on ne puisse pas « partager » un sein, comme si déjà il appartenait à qui que ce soit – mais quand même pas à la femme, si vous avez bien suivi, c’est assez comique. L’auteure souligne à juste titre que pendant des siècles, les hommes se sont très bien accommodés d’une vie sexuelle avec une partenaire allaitante : les enfants étaient rapprochés, les allaitement duraient facilement cinq ans, une femme pouvait allaiter pendant quinze années consécutives !

Étaient-ils condamnés, comme celles-ci [leurs épouses], à l’abstinence ? Bien évidemment non : le sein allaitant était tantôt mobilisé dans le jeu amoureux, tantôt laissé de côté, selon le fonctionnement sexuel du couple.

J’ai envie de vous parler du complexe de la Mère et de la Putain… qui régirait la conception de la femme de la majorité des hommes. Une femme ne pourrait donc être qu’une Mère, idéalisée, placée sur un piédestal, gardienne du temple familial et auréolée de blancheur, pure et parfaite, à l’image de la Vierge, ou bien une Putain, une amante, débordante de sensualité et de sexualité. Encore une fois la femme est soit angélisée, soit démonisée, elle n’a pas d’entre-deux. Evidemment, dans la vie quotidienne, une femme ne peut pas être qu’une Mère ou qu’une Putain, elle est consécutivement les deux (attention, la Mère n’est pas forcément « mère » au sens littéral du terme, elle peut également être un élastique vers la mère de l’homme, être idéalisée comme l’a été la mère de l’homme. De même, le terme « Putain » ne désigne pas la femme comme étant une prostituée… c’est un terme utilisé dans ce contexte pour parler d’une femme sexuelle, désirée, désirante, active sexuellement), elle doit pouvoir explorer ces deux facettes de sa personnalité et de sa sensualité à tour de rôle, ainsi que toutes les autres facettes qui la composent.

Il apparaît cependant comme difficile pour un homme de concilier ces deux images de sa partenaire, d’en faire une mère ainsi qu’une amante, et de ne pas voir l’enfant comme un obstacle au retour de l’amante. D’ailleurs les nombreux articles à propos de la reprise des rapports sexuels après l’accouchement prouvent bien que c’est une question sensible.

Quant à l’érotisation dans la sphère publique, tout le monde a entendu parler de cette maman allaitante qui s’est fait jeter d’un Celio pour avoir osé dégainer son nichon en public… ce qui continue de faire hurler la communauté des mamans allaitantes : en quoi un sein nourricier, le plus souvent caché par la bouche du bébé, par les vêtements, bref, quelques centimètres carrés de peau à peine visibles, serait-il plus choquant que ces très nombreuses publicités mettant en scène des femmes dénudées, pour des motifs aussi cohérents que des voitures ? Allez, pour bien vous faire froid dans le dos, je vous montre un peu ce qui a secoué ma timeline Twitter il y a peu : les deux pubs pour une chemise unisexe d’American Apparel. La version « destinée aux hommes », et la version « destinée aux femmes » :

Ah oui donc du coup plus trop de rapport avec l’érotisation du sein en lui-même, mais j’avais envie d’être pas contente cinq minutes. Disons que le sein n’est pas le seul à être érotisé à tout bout de champ…

[…] rien ne permet de justifier l’exclusion des femmes allaitantes des lieux publics et ces actes doivent être combattus avec la plus grande fermeté. Celles-ci se voient parfois reprocher d’avoir commis un prétendu « attentat à la pudeur », notion qui a fort heureusement disparu du Code pénal depuis sa refonte en 1994.

Le terme a en effet été remplacé par la notion d’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public, ce qui ne peut plus s’appliquer, en aucun cas, à l’acte de l’allaitement.

Le monde du travail

Loin de chercher le retour à domicile, comme une vision purement essayiste dénuée de tout travail empirique l’affirme, les femmes allaitantes d’aujourd’hui, sont des femmes insé-rées socialement, dont l’objectif est de conjuguer réellement travail et maternage, d’une manière certes différente de celle de leurs aînées, laquelle inclurait les besoins de l’enfant et l’autodétermination quant à leur propre corps pris dans toutes ses fonctions.

Les femmes ont toujours travaillé, de tout temps. Certes, cela ne fait que peu de temps au regard de l’histoire de l’humanité qu’elles sont employées, reçoivent un salaire, et travaillent en dehors de la maison, mais elles ont toujours eu un emploi du temps chargé, des tâches à faire. Ce n’est donc pas tout nouveau que les femmes aient à concilier travail et allaitement. Ce n’est cependant pas forcément plus facile, le travail se faisant à l’extérieur, et étant rarement possible d’amener son enfant avec soi. (Skyler White le fait dans la série Breaking Bad, le Parisien en parle dans cet article)

Le biberon a longtemps été la solution pour les femmes désirant ou devant reprendre le travail rapidement après l’accouchement, parfois à un prix bien terrible, lorsque les préparations adaptées n’existaient pas encore, mais on sait maintenant qu’il est possible – bien que peu aisé parfois – de maintenir un allaitement tout en travaillant.

J’aime particulièrement cette citation :

L’allaitement, comme le maternage proximal, met en revanche plus nettement en lumière que le travail est un monde hautement masculinisé, défini par et pour les hommes: déjeuners s’éternisant et après-midi consécutivement interminable ; réunions fixées en fin de journée ; culture consistant à retarder autant que possible le retour au domicile et à rester entre soi, sans toujours être véritablement productif pour autant, etc. Plus largement, le monde masculinisé du travail ne laisse point de place aux temps de la vie : temps de la grossesse, temps de l’enfantement et du maternage, temps de l’enfant vulnérable et dépendant, temps aussi de la personne vieillissante, dont l’on se débarrasse au lieu d’adapter progressivement ses horaires. Il n’est finalement de place que pour le temps et le rythme de l’homme adulte mais jeune.

Quand les mères doivent reprendre le travail dans les premiers mois de la vie de l’enfant (le congé maternité pour un premier enfant est de 16 semaines, 6 semaines en prénatal et 10 semaines post-accouchement, soit environ 2,5 mois après naissance, soit rien du tout, pour être franche, et surtout pour un premier enfant, quand c’est un si grand bouleversement. Rappelons qu’en Suède le congé maternité dure un an et est rémunéré à 100% du salaire), il est naïf de croire que c’est sans effet sur l’enfant. A 2,5 mois, un bébé ne sait même pas que lui et sa mère sont deux êtres séparés. Je n’imagine même pas ce qui se passe dans le cerveau d’un bébé de deux mois et demi confié à une personne extérieure à la sphère familiale proche et qui ne voit pas sa mère de la journée.

Capitalisme

Encore une citation géniale, et qui j’en suis sûre plaît à ma belle-soeur préférée :

Le non-allaitement est souvent présenté comme constituant un choix de la femme. Encore ce choix devrait-il être éclairé par des données objectives, ce qu’il est rarement dans un contexte où la désinformation domine.

Et la société toute entière d’obstruer les faits : le non-allaitement augmente le risque d’allergies, de diarrhées, d’otites, de MSN, de mauvaise digestion, de mauvaise dentition, de cancer du sein et des ovaires pour la mère, d’obésité, d’infections bactériennes, d’infections virales, d’infections respiratoires, d’hospitalisation, de déshydratation, d’asthme, de problèmes vasculaires. Par exemple. Liste non exhaustive.

Mais l’industrie du lait artificiel a énormément de pouvoir en France. Bien que la publicité pour le LA soit interdite pour les produits destinés aux bébés de moins de 6 mois, les publicités vantant les mérites du lait « 2ème âge », ont un effet particulièrement pervers. A travers des slogans comme « Après le vôtre, probablement l’un des meilleurs laits » (Gallia), l’industrie fait croire :

  1. que le lait artificiel est quand même bon. Le lait maternel est meilleur, mais ça ne veut pas dire que le LA est nocif. Il est juste « un tout petit peu moins bon ».
  2. que le lait artificiel est une suite logique de l’allaitement. Les pédiatres et les pontes qui passent à la télé le disent : allaiter oui, bon, pourquoi pas, mais pas plus de 3 mois (parfois 4, si on est chanceux, 6 !), et ensuite, vous n’y couperez pas. De toute façon votre lait n’a plus aucun intérêt, tous vos anticorps sont passés, donc pourquoi vous embêter ? Faites confiance à Gallia ! (les anticorps se transmettent de la mère à l’enfant pendant des années…)

[…] En Occident, l’allaitement et spécialement l’allaitement long est avant tout une affaire de femmes éduquées, lesquelles occupent des emplois ; et non, bien au contraire, les femmes les plus pauvres et moins éduquées et ceci vaut dans des pays très divers.

Encore une fois c’est quand même une honte qu’il faille creuser, acheter des livres, pouvoir discuter, échanger, participer à des réunions et des rencontres, pour trouver la vérité, et pour être informéQuand on voit le prix d’une boîte de lait artificiel, et le nombre de femmes qui n’allaitent pas « parce que mon lait était pas bon », « parce que j’avais pas de lait », « parce que j’ai pas réussi » (autant dire : par manque d’info et de soutien), que d’argent perdu… Le lait maternel est gratuit !

Le renouveau de l’allaitement

Ces femmes ayant enfin à leur disposition une information qui leur avait été dissimulée jusque-là par l’alliance d’un corps médical, en grande partie il est vrai lui-même ignorant, et du grand capital, ont décidé de s’autodéterminer.

Petite pensée émue pour ma belle-soeur et ses discours enflammés contre le corps médical, contre la désinformation, contre le lobby du LA, qui m’a ouvert les yeux – et mieux vaut maintenant qu’une fois qu’il sera trop tard. Qui mène son allaitement avec un bébé allergique aux protéines de lait de vache (devenu bambin maintenant), avec un végétarisme tendant au véganisme, envers et contre tous les jugements que ça peut lui valoir.

La réapparition de l’allaitement remet sur le tapis le débat de la place du père : pour beaucoup de femmes, il n’est désormais plus question d’accepter le père comme une deuxième figure « maternante », mais de lui trouver une place « paternante », un soutien dans la dyade mère-enfant, un soutien dans l’allaitement, dans la fatigue, dans le ras-le-bol, et face aux regards extérieurs.

Un nouveau féminisme

Après avoir obtenu de faire « comme les hommes », les femmes veulent désormais en plus, être aussi respectées en tant que femmes et mères.

Loin d’être anti-féministes, les femmes qui cherchent à s’épanouir au travers de leur maternité, cessant de voir l’enfant comme un obstacle, cherchent à concilier les victoires du passé avec les revendications du présent. Elles ne nient pas les avancées notoires qu’ont été la contraception, l’avortement, pas plus qu’elles ne font de leur désir d’enfant un désir universel et un devoir pour toutes les femmes. Elle ne considèrent pas qu’une femme qui choisit de ne pas avoir d’enfant, de ne pas allaiter, n’est pas une vraie femme. Elles considèrent tout simplement avoir le droit de choisir, en leur âme et conscience, avec les infos dont elles disposent, et sans qu’on leur mette des bâtons dans les roues, sans qu’on leur dise qu’elles sont ignorantes, écervelées, incapables.

Le droit des allaitantes (et de leurs bébés)

Heureusement que les travailleuses allaitantes sont là ! Le droit des allaitantes a failli disparaître, considéré comme étant devenu « obsolète ». On y retrouve le droit à l’heure d’allaitement, ainsi qu’à la chambre d’allaitement. Mais ouf ! l’honneur (et les nichons) sont saufs :

L’article L 1225-30 de ce nouveau code [du Travail] dispose, sans changement que : « Pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail ». Cette disposition permet à la femme de bénéficier de deux pauses d’une demi-heure réparties dans la journée lui permettant d’allaiter durant le temps de travail.

Le droit à la chambre d’allaitement est quant à lui plus flou : les textes se contredisent, insinuent que les enfants peuvent rester sur place, mais en fait non, mais oui mais avec un berceau, bref… les textes parlent en sus des entreprises de plus de 100 employés, laissant entière la question de la condition de l’allaitement dans une petite entreprise, ainsi que du droit à allaiter (ou à tirer son lait) dans une pièce à l’abri des regards. Je pense que beaucoup de femmes allaitantes doivent aujourd’hui se confronter, aux patrons pas forcément ouverts à l’idée d’un allaitement (déjà à l’idée d’embaucher des femmes, ces éternelles fécondées reproductrices…), ainsi qu’aux regards des collègues. Pas facile j’imagine.

Ce que je retiendrais de ce long document (et de mon long article, du coup), c’est que beaucoup de chemin a été parcouru, mais reste aussi malheureusement à parcourir, pour remettre l’allaitement à sa place : la norme.

Les femmes ne sont vraiment pas aidées, pas informées, pas soutenues, dans ce choix. L’Etat ne fait pas grand chose non plus, pour promouvoir l’allaitement : la semaine mondiale de l’allaitement maternel se déroule du 1e au 7 août chaque année, mais la France décide bien gentiment de faire ça en octobre… et m’est d’avis qu’on ne verra pas un seul spot, une seule affiche émanant du ministère de la Santé : les cabinets des pédiatres sont déjà remplis de posters Guigoz, y’a plus de place…

Heureusement, il existe des organisations qui soutiennent et promeuvent l’allaitement maternel !

La Leche League (LLL)  est la plus connue d’entre elles. Vous pouvez également trouver du soutien, des conseils, ou des informations auprès de la Coordination Française pour l’Allaitement Maternel (CoFAM), de l’Information pour l’Allaitement Maternel, de Solidarilait, et de votre sage-femme…

Merci d’avoir lu ce très long article qui me tenait beaucoup à coeur. Vous pouvez retrouver ce billet et bien d’autres sur mon blog : Élucubrations d’une jeune idiote.

Une jeune idiote