Il y a quelques temps déjà, je m’interrogeais sur le caractère inné ou acquis de l’allaitement (ICI) et ICI sur les VI.  A la lecture de nombreuses publications sur le sujet, j’en ai déduit (sans surprise) que l’aspect culturel était l’un des plus impactants dans le choix d’allaiter et la poursuite de l’allaitement (notamment la pratique de l’allaitement long).  Une mère va adapter son attitude en fonction de ce qui sera acceptable dans sa propre culture ! Elle pourra résister mais  la poursuite de l’allaitement relève d’un vrai tour de force (elle devra se justifier auprès de tous ou se cacher).

Dans certaines sociétés, pas si éloignées (Angleterre), des messages forts peuvent même être véhiculés par le gouvernement lui-même et les professionnels de santé : allaitement pour 6 mois « oui » après quoi, le sevrage est requis. [1] Quoique cette visions, semble-t-il, soit en train d’évoluer dans le bon sens…

Le corollaire de ce constat est :  » Peut-on inverser la tendance ? » Existe-t-il des exemples concrets de certaines sociétés qui ont réussi à redorer le blason de cette fonction naturelle mais de pratique culturellement induite ?

time-cover-breastfeeding

Couverture de Time : Allaitement d’un bambin, une image qui a choqué l’opinion !

Modifier le regard culturel, est-ce possible ?

Quelques thèses de médecin sont consacrées à l’allaitement, j’ai donc lu avec beaucoup d’attention celle-ci, toute récente,  [2] qui s’intitule « Expériences de femmes autour de l’allaitement maternel prolongé » rédigée et soutenue par Marie-Laure de Bruyn-Duval. Toutes les questions abordées dans le cadre de cette thèse sont riches en informations (un gros travail bibliographique a été réalisé en plus d’entretiens sur le ressenti de mères allaitantes) mais un des chapitres a particulièrement attiré mon attention  » Modifier le regard de la société ».

La doctorante s’interroge sur le rôle des média (notamment la télévision) qui permettrait par une diffusion plus large et banalisée, de normaliser la pratique de l’allaitement de nourrissons ou de bambins. Elle prône, « des campagnes de sensibilisation à l’image de la campagne de spots sur les antibiotiques ou la grippe ? » Oui mais, est-ce que cela fonctionnerait ?
Elle s’appuie alors sur un ouvrage rédigé par Gabrielle Palmer, nutritionniste et militante pour la cause alimentaire (un livre que je vais m’empresser de lire dès qu’il sera disponible).

livre_palmer

Dans les années 80, des campagnes pro-allaitement ont été menées au Brésil. Résultat : « la durée moyenne de l’allaitement a été multipliée par 5 et « la mortalité infantile est passée de 136 pour mille à 20 pour mille » Cette belle performance a requis tous les protagonistes de la société : les pouvoirs publics, les autorités de santé, les médias et les leaders religieux.

La doctorante s’interroge : est-ce que cette volonté politique est de mise en France ? Ne serait-ce que promouvoir les recommandations de l’OMS ? C’est peu probable. Il est vrai que l’argument largement répandu chez nous, comme dans bon nombre de pays industrialisés est le suivant :  les progrès de la médecine et du cadre de vie sont là pour pallier aux éventuels problèmes de santé de nos chérubins.
Or des propositions ont vu le jour. Et si on se réfère, à la proposition du plan d’action français 2010 pour l’allaitement maternel » (disponible ICI) , on peut lire  » Le non allaitement étant associé à un risque plus élevé de morbidité infantile et maternelle, les stratégies visant à augmenter le taux d’initiation et la durée de l’allaitement ont un impact favorable sur la santé publique« 

Le livre de G. Palmer doit être abondamment illustré par des exemples qui en disent long sur notre culture ; voici  un des commentaires de la doctorante : « L’auteure explique parfaitement les manipulations des industriels pour faire croire à tous qu’allaiter est compliqué et que nous avons besoin de lait en poudre pour nos bébés. » « Le non-allaitement rapporte beaucoup d’argent et permet de consommer des médicaments et de faire tourner les services de pédiatrie« 

Tout ceci est vraiment ce qui m’a le plus marqué après ma première lecture, mais il y a de nombreuses autres questions soulevées dans la thèse de M.L. Duval… pour vous donner envie de lire, commenter, partager.

Les autres aspects développés de l’étude  sur l’allaitement long
Sur la base de nombreuses publications de la littérature scientifique et du ressenti de mères allaitantes, les autres aspects intéressants de l’étude sont les suivants :
– Allaitement et fatigue,
– Allaitement et doutes des mamans (courbes de poids, regards des autres)
– Rôle du père
– Attitude des professionnels de santé,
– Difficultés (les réelles et les clichés )
– Tétées et plaisir partagé …

Voilà, un bien beau programme… pour un prochain post, peut-être, sûrement !

Pour d’autres articles sur l’allaitement (société, anthopologie, études…), retrouvez moi sur mon blog

Pascale72

Références
[1] C. Britton, « Breasfeeding : a natural phenomenon or a cultural construct? » extrait de « The Social Context of Birth » Oxford : RadCliffe Pubishing

[2] Marie-Laure de Bruyn-Duval, « Expériences de femmes autour de l’allaitement maternel prolongé » (sur ce site)