Je trouve que le verbe cultiver est tout à fait adapté. Quand il s’agit de fruits et légumes, les faire pousser demande du labeur, de la persévérance, de l’attention, de la patience, etc. Il ne suffit pas de planter la graine et de déguster son fruit dès le lendemain. En matière de bonheur familial, c’est aussi tout un art. Et je peux vous dire que par moment, il devient difficile de supporter les trombes d’eau qui menacent de noyer les plants, et le froid qui empêche de s’occuper du jardin comme on voudrait. Et parfois même, on en veut à la plante elle-même, qui semble ne faire quand même aucun effort pour pousser droit et nous offrir ses plus belles fleurs.

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Si tu veux savoir à quel point les éléments se déchainent chez moi et comment je me sens face à la Bête qui gronde, je te propose d’aller voir ce billet-là.

Il se trouve qu’avant de perdre totalement pied, un signe du ciel, sans doute, m’a poussé à commander deux livres qui devaient m’aider à avancer sur le long et tortueux chemin de la parentalité (en tous cas en ce moment). Je vais aujourd’hui parler du fabuleux Parents épanouis, Enfants épanouis, de Faber & Mazlish. Oui, je dis bien fabuleux, autant que l’était, en son temps, le célèbre destin d’une certaine Amélie. Les concepts abordés sont dans la lignée de ceux de Filliozat ou Gordon, il n’y a qu’à voir les intitulés des chapitres, dont voici ceux de la première partie Les enfants sont des personnes :

I – Leurs sentiments sont bien réels

II – Les variations dans l’écoute des sentiments

III – Quand un enfant se fait confiance

IV – Lâcher prise : dialogue sur l’autonomie

V – Bien, ce n’est pas assez bien : une nouvelle façon de complimenter

VI – Les rôles qu’on leur fait jouer

Alors bien sûr, pour les groupies de Filliozat par exemple (je sais qu’il y en a par ici, et je ne suis pas la dernière), il ne semble pas y avoir grand chose de neuf. C’est vrai, on est en terrain connu, et ça permet de réviser ses classiques. Mais au-delà de ça, ce qui m’a vraiment plu et qui me poussera à relire certainement cet ouvrage plus facilement que les autres, c’est la façon dont il est rédigé. Même si les chapitres semblent très formatés, en fait il s’agit purement et simplement de récits, d’une transcription d’expérience. Celle des deux auteures, mais aussi de tout le groupe de parents qui, comme elles, ont suivi durant plusieurs années un groupe de travail destiné aux parents, sous la direction de Haim Ginott, psychologue, auteur et conférencier.

Le récit passe d’un parent à l’autre, même si l’un d’eux s’exprime à la première personne du singulier. Ainsi les problématiques sont variées, les relations parent/enfant couvrent un large éventail, ce qui permet de s’y retrouver, d’une façon un ou d’une autre.

Mais le truc qui rend ce livre fabuleux à mes yeux, c’est surtout que les difficultés rencontrées par les parents ne sont pas passées sous silence. Au contraire ! Les joies rencontrées lorsqu’une nouvelle technique est mise en place sont bien sûr décrites. (Les techniques sont appelées habiletés dans le texte, mot quand même plus joli et plus à propos je trouve). Mais le texte s’arrête aussi longuement sur les parents qui sont dans le flou, qui se sentent incapable de changer leurs comportements, qui grognent de ne pas y arriver. Et là, moi je dis YES ! Voilà enfin la réalité des choses. On a beau connaître la théorie, la mise en application n’est ni évidente ni instantanée. N’est-ce pas ? Voici quelques exemples qui permettent de déculpabiliser de ne pas toujours y arriver :

Nos histoires n’avaient pas toutes une fin aussi heureuse. Il survenait suffisamment d’insuccès pour nous empêcher de devenir orgueilleuses. En fait, ce nouveau langage ne faisait pas encore réellement partie de nous. Les mots qu’Hélène utilisait semblaient encore étrangers à nos lèvres et maladroits à nos oreilles.

Les enfants aussi semblaient un peu déconcertés par nos nouvelles expressions. De temps à autre, l’étonnement qu’on pouvait lire sur leur visage semblait nous demander : « Mais qui donc est cette dame ? » A certains moments, nous ne savions pas nous-même qui au juste était cette dame.

Nos maris nous considéraient aussi avec scepticisme. Pas besoin d’un diplôme en psychologie pour reconnaître l’hostilité à peine voilée dans une phrase telle que : « D’accord, la mère, c’est TOI l’experte. TU t’occupes de cette crise » ou encore: « Puisque je ne dis rien de correct, tu devrais peut-être m’écrire un scénario. »

(…)

L’été est venu, puis s’est enfuit, et avec lui évaporée une grande partie de notre expertise si chèrement gagnée. Un plein été avec des enfants, des enfants et encore des enfants, avait eu raison de nous. Si en juin nous avions joué de la musique, en septembre, nous en étions réduites à quelques fausses notes. Nous nous rendions compte que la vie avec des enfants reste un travail exténuant, plein d’embûches, de difficultés et de besoins conflictuels, quels que soient l’habileté des parents ou le charme des enfants. Ils sont bruyants quand on veut de la tranquillité ; ils exigent de l’attention quand on a besoin de temps pour soi-même ; (…) A l’usure, nous nous sommes vues glisser dans nos anciennes méthodes. L’éclat de nos premiers succès s’étaient dissipé peu à peu. Nous manquions d’exercice.

(…)

Nous réalisions qu’il fallait maintenant accomplir quelque chose d’encore plus difficile. Tout en apprenant ce nouveau langage, il fallait désapprendre l’ancien discours, issu d’une vie entière : celui que les générations précédentes nous avaient légué. Des phrases qui sont autant de mauvaises herbes à déraciner.

Ces citations appartiennent au premier chapitre, vous vous doutez donc bien que la suite du livre montre que, petit à petit, les habiletés deviennent naturelles, que chacun se les approprie à sa façon.

Au fil des pages on pourrait arguer que les auteures, elles, ont été soutenues durant cinq années avec leur groupe de travail, qu’elles avaient tout le soutien possible et les moyens de revenir en détail sur chaque échec. Il n’en reste pas moins que ce livre est, de mon point de vue, une vraie mine de courage et d’optimisme. Une éclaircie dans le ciel menaçant au dessus de mon potager.

Et encore, je n’en suis qu’à la fin de la première partie. La seconde, intitulée Les parents sont des personnes, promet de m’aider à trouver des réponses sur comment respecter mes propres limites, accepter la réalité de mes sentiments du moment, et apprendre à être authentique avec mes enfants. Alléchant, non ?

Vous pouvez aussi me retrouver sur mon blog, au plaisir !

Mère Lacunaire