Crise de la créativité des enfants : quelles causes ? quelles conséquences ?

Deux articles cités dans la newsletter d’Attachment Parenting International d’octobre 2012 abordent le sujet de l’inquiétant déclin de la créativité chez les enfants.

Ce déclin, mesuré outre-Atlantique par le Test de Torrance de la Pensée Créative depuis plusieurs décennies, atteindrait aujourd’hui un seuil bas alarmant au point que les chercheurs n’hésitent plus à parler de "crise de la créativité" [1].

Quelles seraient, d’après eux, les causes de cette déperdition ?

Pour le Dr Peter Gray, Professeur à l’Université de Boston, la moindre créativité des enfants d’aujourd’hui serait directement liée à la moindre liberté qui leur est accordée.

Dans Psychology Today de septembre 2012, il déclare :

"Depuis plusieurs décennies notre société a supprimé de plus en plus de libertés aux enfants. La créativité se nourrit de liberté, et est étouffée par la surveillance continue, les évaluations incessantes, le contrôle permanent des adultes et la pression de la conformité qui régissent la vie des enfants d’aujourd’hui. Dans le monde réel, peu de questions ont une réponse unique, peu de problèmes ont une seule solution : c’est pour cela que la créativité est indispensable pour réussir dans le monde réel. Mais de plus en plus, nous assujettissons les enfants à un système scolaire qui n’accepte qu’une seule réponse pour chaque question, et une seule solution pour chaque problème. Un système qui punit les enfants (mais aussi les enseignants !) qui osent prendre des chemins différents. En outre, nous privons de plus en plus les enfants du temps extra-scolaire qu’ils passaient autrefois à jouer, à explorer, à s’ennuyer, à vaincre l’ennui, à se tromper, à surmonter leurs échecs… c’est-à-dire à faire tout ce dont ils ont besoin afin de développer pleinement leur potentiel créatif."

Mais le calibrage du cerveau et de l’emploi du temps des enfants, s’il est indéniable, peut-il à lui seul tout expliquer ?
Dans le Washington Post du 13 septembre 2012, Nancy Carlsson-Paige, Professeur émérite à l’Université de Cambridge, Massachussets, propose un autre angle d’approche à ce problème sans doute bien plus complexe qu’il n’y paraît, en titrant "La technologie sape-t’elle la créativité des enfants ?".

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Pour lire la suite de cet article, cliquez ici.

Vous y découvrirez :

- Les conséquences de la révolution technologique sur la créativité des enfants…

- Sur quelles données s’appuient les chercheurs pour parler de "crise de la créativité"…

- Les effets directs du déclin de la créativité…

- Les propositions des chercheurs pour lutter contre cette tendance…

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[1] Kyung Hee Kim (2011). The creativity crisis: The decrease in creative thinking scores on the Torrance Tests of Creative Thinking. Creativity Research Journal, 23, 285-295.

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Comments
27 Responses to “Crise de la créativité des enfants : quelles causes ? quelles conséquences ?”
  1. Mia M dit :

    Il y a sûrement beaucoup de facteurs sur cette baisse de créativité. Mais il y a une chose fondamentale pour moi, c’est laisser du temps à nos enfants. Le rythme infernal que nous imposons, quelques fois , à nos enfants ne leur permet pas de laisser vagabonder leurs esprits, leurs imaginations, leurs créativités.
    Puis concernant la créativité, souvent les adultes drivent trop les enfants. Je dis toujours qu’en tant qu’enseignante je ne fais pas de l’événementiel. Les choses faites par les enfants doivent l’être du début jusqu’à la fin. Y en a marre du diktat du "beau", du parfait.

    • Oui, je suis d’accord, l’obsession de la perfection et le refus d’accorder aux enfants le droit à l’erreur (alors que se tromper fait partie intégrante de tout processus d’apprentissage) paralyse la spontanéité et la créativité des enfants. Sans doute une grande perte de potentiel pour chaque enfant…

  2. mmedejantee dit :

    Merci beaucoup et bravo pour cette première contribution sur les Vendredis Intellos!!! A lire le début de ta contribution, je dirai volontiers que c’est la société tout entière qui manque de temps libre, d’ennui créatif, etc…L’oisiveté est souvent vu de façon très négative dans notre société dominée par la valeur travail. Nous en oublions le temps où nous étions enfant et où, libéré de contraintes matérielles, nous avons pu apprendre, créer et devenir. Pour la suite, je file chez toi!

  3. mmedejantee dit :

    Bon finalement, je termine le commentaire ici parce que je n’ai pas tout compris à la façon d’en laisser sur ton blog!
    J’avoue que je suis assez partagée sur les résultats des tests de créativité: il me semble légitime et même prudent de se demander quel peut être le résultat de l’envahissement des écrans dans la vie de nos enfants; il me semble aussi raisonnable de veiller à ce qu’il ne soit pas trop important. Pour le reste, je ne sais trop quoi en penser…
    L’imagination a besoin de liberté autant que d’un cadre: un article se fixe souvent un sujet, un cadre de réalisation, etc… Par ailleurs, un test n’est pas une mesure absolue: il est prévu pour mesure une certaine façon de modéliser l’intelligence et ne peut mesurer que ce pour quoi il a été conçu. Bref, j’ai bien peur qu’on rencontre avec ce genre de test les mêmes limitations qu’avec les tests d’intelligence: ils peuvent être utiles mais restent limités au cadre théorique qui ont conduit à leur réalisation.

    • Merci pour cette lecture et analyse de l’article ! Oui, tout test de ce type a forcément ses limites et ne saurait être une représentation parfaite de la réalité. En revanche, il me semble que la corrélation entre les résultats de ces tests et les réalisations observées à l’âge adulte sont le gage d’un bon degré de fiabilité. Concernant la relation entre imagination et liberté, besoin d’un cadre peut-être, mais lorsque ce cadre est imposé de l’extérieur, cela devient une contrainte qui bride forcément la créativité. Pour reprendre ton exemple, lorsque j’écris un article, je me limite à un sujet précis certes, mais si c’est moi qui le choisis, cela produira un article bien plus intéressant et original que si quelqu’un d’autre me forçait à écrire sur un sujet imposé, qui ne m’intéresse pas spécialement et sur lequel je n’ai pas forcément envie d’étendre ma réflexion, comme c’est le cas par exemple lors des exercices de rédaction à l’école, que la majorité des élèves détestent justement à cause de cette contrainte. Mon article sera aussi bien meilleur si j’ai la liberté de l’écrire au moment de mon choix, dans les conditions de mon choix, et non là encore dans un cadre imposé et limitatif… Je pense que c’est ce à quoi Peter Gray fait allusion quand il évoque le besoin de liberté pour l’épanouissement optimal de la créativité.

      • mmedejantee dit :

        Je suis d’accord avec toi… en même temps les notions de liberté/cadre ne me semble pas forcément simples à définir. Est-on plus libre face à une simple feuille blanche + crayon ou si on est invité à dévaliser un magasin d’arts plastiques? Trop de possibles tue aussi la création et la liberté en un sens non?

        • drenka dit :

          Sur l’absence totale de cadre qui tue l’imagination, on peut lire et relire la note de boulet: http://www.bouletcorp.com/blog/2007/12/11/fuck-peter-pan/ – sous la même note en anglais (http://english.bouletcorp.com/2012/07/13/fuck-peter-pan/) il commente en disant:
          After this comic some people wrote me about methods they had tested with kids, and it appears that "do what you want" is the worst I could have done ! actually I should have known better, because even as an adult it’s the same: I work a lot better if I’m given a theme. It’s incredibly hard to start from nothing !
          Après cette note, certains m’ont écrit pour me parler de méthodes qu’ils avaient testées avec les enfants, et il semble que dire "Fait ce que tu veux" soit en fait la pire chose que je pouvais dire. En fait, j’aurais dû le savoir, parce que même en tant qu’adulte, c’est pareil: Je travaille beaucoup mieux si on me donne un thème. C’est incroyablement dur de partir de rien!

          Pour reprendre ton exemple de l’article, personnellement j’ai beaucoup de mal à partir de rien et trouver un sujet d’article sans aucune consigne. sur les VI, la première contrainte est le lien avec la parentalité. Et souvent cela ne me suffit pas, et je choisis carrément un sujet proposé par Mme D. Bien sûr ce n’est pas une contrainte au même titre qu’une rédaction parce que rien ne m’est imposé et je ne choisis un sujet que s’il m’inspire. Mais n’empêche que c’est quand même un cadre.

          • Hum… Intéressant cette discussion sur le lien entre liberté/contrainte/créativité. C’est vrai que ce syndrome de la page blanche face à un "sujet libre" est bien connu. Cependant, je me demande si cela est un phénomène naturel, ou bien s’il est le résultat d’un conditionnement amorcé très tôt par l’excès habituel de contrainte. Dès le plus jeune âge, les enfants sont assaillis de limites, de cadres, de consignes précises à suivre, de codes à respecter… donc est-il si étonnant qu’ils se trouvent désemparés, après plusieurs années de ce formatage intensif, lorsque soudainement on leur demande d’agir sans aucune contrainte ? Un peu à la manière d’un oiseau qui aurait passé toute sa vie dans une cage et serait remis en liberté : il ne survivrait pas bien longtemps à l’extérieur, car il n’a jamais appris à fonctionner de façon autonome… Il n’y a qu’à voir comment les très jeunes enfants fonctionnent. Eux n’ont généralement pas besoin qu’on leur explique comment jouer, ils le font naturellement sans jamais sembler se trouver en panne d’idées. Je pense aussi à l’exemple du fonctionnement d’une classe Montessori. Les enfants y sont libres de choisir leurs activités, sont soumis à bien moins de contraintes en général que dans une classe "normale". Or on observe que la grande majorité des enfants des classes Montessori sont absorbés et passionnés par leur travail, et peu touchés par la panne de créativité…

          • En fait, plus je repense à ce raisonnement qui dit qu’en gros, puisque les enfants se débrouillent plutôt mal sans contraintes, il est préférable, pour leur bien, de leur en imposer, plus j’y vois une grosse faille. Lorsqu’on déplâtre une jambe après plusieurs semaines d’immobilisation, les muscles de la jambe sont atrophiés, et la jambe fonctionne mal. Est-ce à dire qu’il faut remettre le plâtre (= cadre) pour offrir plus de soutien à la jambe ? Ou bien faut-il au contraire rééduquer cette jambe, afin que progressivement, elle retrouve son autonomie ? De même, le rôle de l’enseignant est d’éduquer l’enfant pour qu’il devienne autonome, pas de le formater. Malheureusement, ça c’est la théorie, et en pratique, c’est bien souvent l’inverse qui se produit. Le formatage devient donc la norme acceptée. Mais pas pour autant une norme acceptable…

  4. drenka dit :

    Bienvenue!
    Pour ma part je doute un peu aussi de ce test, comme de tous les tests d’intelligence – il y a tellement de formes d’intelligence, tellement de forme de créativité. Un enfant atteint de troubles autistiques pourra être diagnostiqué comme ayant un QI extrêmement haut, et pourtant, il aura probablement beaucoup de mal à attenidre un poste de leader, tout simplement parce qu’il ne rentrera pas parfaitement dans le moule.
    Et pour la créativité c’est pareil: la réussite sociale à mon avis n’est pas forcément un bon gage de créativité. Au contraire, elle pourrait être un gage de conformité ou de consensualisme, puisque cette personne a pu séduire un large public, ou rentrer dans le moule de ce qu’on attend d’un designer / créateur? Alors que beaucoup des artistes qui ont marqué leur siècle sont mort dans la misère. Ce n’est pas une généralité bien sûr mais je trouve que du coup, c’est peut-être contestable de dire que "la corrélation entre les résultats de ces tests et les réalisations observées à l’âge adulte sont le gage d’un bon degré de fiabilité" .
    En outre, je ne comprends pas comment on peut juger de la nature créative, originale, humoristique d’un dessin? Y-at-il des critères objectifs? Lesquels? Ou est-ce que les résultats ne sont pas susceptibles de varier considérablement selon le juge? Est-ce que ce sont les dessins qui sont moins "bons" ou bien les juges qui sont plus "sévères"? Est-ce que l’on a tendance à en attendre plus des enfants?
    Enfin, et c’est complètement personnel, je m’émerveille tous les jours des compétences de mon fils. Ce sont probablement des compétences différentes de celle qu’avaient mon père – Il ne sait pas tailler un bâton de bois pour en faire un fusil, il ne recrée pas le champs de bataille de la somme avec ses soldats de plomb, il ne sait pas à quelle profondeur planter une graine de tomate pour avoir un beau plan. Mais il sait dévérouiller un Iphone et trouver son jeu préféré, sans savoir lire, choisir sa chamson préférée sur son CD préféré, le mettre dans la chaine et régler le volume à son goût, façonner un dinausaure en pâte à modeler ou bien inventer des conversations entre 2 peluches, l’une parlant français, l’autre parlant anglais.
    Et moi, pas comme ma grand-mère et ma mère, je ne sais ni tricotter, ni crocheter, ni calligraphier, ni peindre à la peinture à l’huile. Mais bon, je sais taper très vite à l’ordinateur, créer une image et l’insérer dans un layout de blog en bidouillant dans un code CSS.
    Comment est-ce qu’un test créé en 1950 pourrait mesurer de façon précise évaluer la créativité d’un enfant qui vit dans une société fondamentalement différente, avec toute les adaptations que cela implique?

    • Oui, je suis d’accord, il faudrait savoir si des ajustements ont été effectués depuis 1950 afin d’éliminer des biais possibles pour ces tests. Cela n’est pas dit précisément dans l’article, donc je ne sais pas si c’est le cas ou pas. Toutefois, afin de mieux comprendre comment ces tests fonctionnent, le mieux est encore de s’en remettre à l’article original de Psychology Today qui détaille cela bien mieux que moi :

      "You might wonder how creativity can be assessed. By definition, any test with questions that have just one right answer or one correct pathway to solution is not a test of creativity. The Torrance Tests were developed by E. Paul Torrance in the late 1950s, when he was an education professor at the University of Minnesota. During the immediate post-Sputnik period, the U.S. government was concerned with identifying and fostering giftedness among American schoolchildren, so as to catch up with the Russians (whom we mistakenly thought were ahead of us in scientific innovation).

      While most of Torrance’s colleagues focused on standard measures of intelligence as a path toward doing this, Torrance chose to focus on creativity. His prior work with fighter pilots in the Air Force had convinced him that creativity is the central variable underlying personal achievement and ability to adapt to unusual conditions.[3] He set about developing a test in which people are presented with various kinds of stimuli and are asked to do something with them that is interesting and novel—that is, creative. The eventual result was the set of tests that now bear his name. In the most often used of these tests, the stimuli are marks on paper–such as a squiggly line or a set of parallel lines and circles—and the task is to make drawings that incorporate and expand on those stimuli. The drawings are scored according to the degree to which they include such qualities as originality, meaningfulness, and humor.

      The best evidence that the Torrance Tests really do measure creative potential come from longitudinal research showing strong, statistically significant correlations between childhood scores on the TTCT and subsequent real-world achievements.[4] As the authors of one article commenting on these results put it, high scorers “tallied more books, dances, radio shows, art exhibits, software programs, advertising campaigns, hardware innovations, music compositions, public policies (written or implemented), leadership positions, invited lectures, and buildings designed” than did those who scored lower.[5]

      Indeed, the TTCT seems to be the best predictor of lifetime achievement that has yet been invented. It is a better predictor than IQ, high-school grades, or peer judgments of who will achieve the most.[6] The correlation coefficients found between childhood TTCT scores and real-world adult creative achievements have ranged from a low of about .25 to a high of about .60, depending on which tests are included and how adult creative achievements are assessed.[6]"

      J’espère que cela éclairera un peu votre lanterne…

    • Aussi, je viens de trouver ce commentaire intéressant d’une personne qui a reposté mon article :

      "A noter que la mesure de la créativité a été réalisée avec le TTCT (Test de pensée créative de Torrance), qui permet d’évaluer la "pensée divergente" d’un individu. Il serait intéressant de compléter le diagnostic avec un test de pensée convergente (ou intégrative), tel que le test EPoC (pour Evaluation du Potentiel Créatif) de Todd Lubart.(directeur du LATI et auteur de l’ouvrage "la psychologie de la créativité" ). "

      Des pistes à creuser donc… mais là ça devient assez technique !

      • oops06 dit :

        Super, un de mes thèmes de prédilection, qui m’a touché depuis ma toute petite enfance !
        Je suis très créative "de naissance". La part de l’innée et de l’acquis ? Aucune idée, mais je suis l’aînée, donc souvent seule les 3 premières années de ma vie, très calme car pas du tout "moteur" (j’ai marché à 20 mois et je ne suis allée sur un toboggan que lorsque ma petite sœur m’y a poussée… je préférai de loin jouer dans le sable !). Je pouvais passer des heures avec trois fois rien, je me racontais des histoires, j’observais les gens, la nature…
        En grandissant, je donnais toutes les semaines à mon père avant qu’il aille en course "ma liste" (papiers de couleurs, feutres, scotch…). J’ai créé tous les cadeaux pour toute la famille élargie pendant des années.

        Je me retrouve donc à faire des études de graphiste, et là, c’est la catastrophe : impossible pour moi de rentrer dans le cadre, dans le moule de ce qu’on me demande. Je ne "sais pas dessiner" (en tout cas pas comme mes camarades de classe qui ont pris des cours d’art plastique pendant des années).
        Je finis par décrocher mon diplôme quand même, merci l’informatique, car je suis arrivée en même temps que les MAC dans cet école, je me suis donc appropriée cet outil qui m’a permis de faire des rendus acceptables.

        Je rejoins donc complètement Enfantdelavenir : le crayon et la page blanche, sans aucun thème, ne sont absolument pas des freins à la créativité des enfants en bas âges ! L’angoisse de la page blanche ou de la rédaction sans thème et sans cadre, est induite par le formatage de l’éducation. On nous apprend qu’un toit est rouge et en forme de triangle, on colorie sans déborder, on colle le sticker bien droit, et on est recalé si on est hors sujet ! Pas étonnant qu’une fois sans se "plâtre" on soit complètement perdu.

        Et pour répondre à Mme Déjantée : ce n’est pas l’outil qui fait la créativité, ni même la technique (même si ça aide beaucoup !). Avoir une boutique de loisirs créatifs à sa disposition, ou une simple feuille et un crayon, c’est pareil : il s’agit de s’approprier le ou les outils pour les mettre au service de son imaginaire.
        De même qu’il y a une grande différence entre savoir dessiner de manière académique (ce que je ne sais toujours pas faire, mais ça viendra…), et savoir faire passer un message ou une émotion de manière visuelle.

        En tant que praticienne, aujourd’hui : le thème est "imposé" par les clients, mais dès que je peux, je tente de faire 3 propositions (que ce soit pour un logo, une affiche, un catalogue…) : une qui colle complètement à la demande, une intermédiaire (que je fais en dernier) et une autre complètement farfelue, en laissant libre cours à mon imagination. Ce qui revient à travailler de façon "convergente" pour ma première proposition, et de façon "divergente" pour ma dernière.

        En tant qu’enseignante à des BTS Communication Visuelle, il y a quelques années, mon objectif, constatant effectivement une grande uniformité dans les rendus, était de booster la pensée divergente. Et bien ce n’est pas une mince à faire… Que d’inhibitions chez ses jeunes bacheliers ! Que de manque de confiance en soit, de peur du risque, du ridicule…
        Les seuls qui sortaient du lot : les rares qui n’avaient pas eu la TV chez leurs parents. Je ne peux pas en tirer une généralité, mais à titre personnel je n’en avais plus depuis mes 18 ans et ça ma confirmé dans mon choix de ne jamais la faire entrer chez moi, surtout quand j’aurai des enfants !

        Il y a une réelle pression de la société à "entrer dans le moule", dès l’entrée en primaire : vocabulaire, codes vestimentaires, loisirs… Une véritable catastrophe. Quelle perte de richesse à l’échelle d’une nation ! Car les ingénieurs, les scientifiques ont eux aussi besoin d’une bonne dose de créativité pour être performants. Compte tenu des difficultés économiques, il faudra être de plus en plus créatifs, innovants, et avoir un grand sens de l’adaptation pour tirer son épingle du jeu. Le contraire de ce qu’on enseigne aux enfants !

        Je vous invite à découvrir Arno Stern : http://www.arnostern.com/fr/biographie.htm
        C’est le fondateur de la Sémiologie de l’Expression. Si vous avez l’occasion de participer à un atelier, foncez ! C’est libérateur, vous ne pouvez pas imaginer à quel point !

        @ Drenka : mon aînée aussi m’épate quand elle trouve sans savoir lire les applications qu’elle préfère sur l’iPad. Mais ce n’est pas de l’imagination, ce n’est pas de la créativité ! Ça ne lui permet pas d’exprimer son individualité, sa personnalité.
        Avoir acquis la marche à 10 ou 20 mois, quelle importance pour un enfant de 3 ans ? Avoir le permis à 18 ans ou à 25 ans, ça ne change pas grand chose quand on trouve un boulot à l’autre bout de la ville à 30 ans. Un savoir-faire peut être valorisant et montrer une grande dextérité à un instant T sans pour autant que ce soit un "indice de performance" réel (peu d’enfants n’en sont pas capables, à quelques mois près), et encore moins un bonus pour l’avenir.

        • Merci "oops" pour ce témoignage qui aurait pu faire l’objet d’un article à part entière !
          Intéressant cette référence à Arno Stern. J’ai justement lu récemment le livre écrit par son fils André "Et je ne suis jamais allé à l’école" que j’ai trouvé tellement inspirant que j’en ai fait un article (par ici : http://enfantsdelavenir.org/test) Justement, André, qui n’a pas subi le conditionnement dont nous parlons, et qui n’a jamais été forcé à apprendre quoi que ce soit ni à étudier un sujet plutôt qu’un autre, a développé une créativité hors du commun. Il est aujourd’hui écrivain, musicien, luthier, auteur-compositeur, directeur de théâtre, conférencier, père de famille… et surtout, il dégage une joie de vivre particulièrement inspirante !

        • drenka dit :

          J’ai cité ces compétences là pour marquer la différence avec les compétences de son père et de son grand-père (et donc me questionner sur la fiabilité du test), mais il est également très créatif. Créer des dialogues, c’est être imaginatif et créatif. Et il y a bien d’autres exemples.
          Par contre, quand tu dis que tu es créative mais que tu as eu du mal à te faire une place dans le monde professionnel (lui aussi formaté), ça va dans le sens de mon commentaire.

        • drenka dit :

          Quant au rôle de la télé dans la perte de la créativité, je ne sais pas. Pour moi il y a beaucoup trop de facteurs confondants! Ne pas avoir la télé, c’est peut-être un choix qui traduit une philosophie un peu en décalage par rapport à la société déjà (hors du moule mais aussi hors de cette société)? Parce que la télé c’est un outil de socialisation aussi. La "culture populaire" c’est aussi la télé!

          • J’ai de sérieuses réserves s’agissant du dogme de la "socialisation à tout prix". Je pense par ailleurs qu’on peut être socialement très bien ajusté sans télé. Mais si s’abrutir devant la télé "pour ne pas être en décalage" était une condition nécessaire à la socialisation, eh bien je crois que je préférerais encore être asociale. Comme le dit si bien je ne sais plus qui "être bien adapté à une société malade n’est pas signe de bonne santé mentale". Du reste, ce serait plutôt l’inverse : trop de télé pourrait bien contribuer à développer des comportements anti-sociaux.
            Mais sur la télé, ses conséquences et ses ravages, je laisse plutôt la parole à cet expert en neurologie : http://www.youtube.com/watch?v=NvMNf0Po1wY

            • drenka dit :

              Et bien voilà un avis tranché! Pour ma part je trouve dommage de rejeter le support en bloc (voire de considérer tous ceux qui regardent la télé comme des abrutis).

              • mmedejantee dit :

                Blague à part, les personnes qui regardent la télévision ne sont bien entendues pas des abruties mais certaines chaînes semblent néanmoins cibler clairement cet objectif (rapport au "temps de cerveau humain disponible" qu’entendait vendre TF1 il n’y a pas si longtemps). #beurk ;)

                • drenka dit :

                  Je ne dis pas le contraire (et d’ailleurs je n’ai pas TF1 – je regarde la BBC1 c’est quand même plus classe ;))
                  Mais moi j’apprends beaucoup avec la télé (surtout des recettes de cuisine en périodes de disette neuronale, OK)

                  • mmedejantee dit :

                    Moi je suis grande consommatrice de reportages débiles en tout genre… ;)

                    • Juste pour clarifier, je ne traite personne d’abrutis… J’ai moi-même regardé la tv pendant 20 ans et il m’arrive encore à l’occasion de regarder un programme chez les autres. Or je pense avoir encore quelques neurones valides lol ! Mais l’effet abrutissant de la tv à haute dose, ainsi que de la plupart des programmes tv, me semble quand même indéniable. Sans compter l’assaut publicitaire, parfois au beau milieu des programmes (notamment ceux destinés aux enfants) sur certaines chaînes.
                      Dans la conférence que je mentionnais dans mon précédent post, le chercheur explique que quand on demande aux gens ce qu’ils préfèrent regarder à la tv, une majorité d’entre eux répond "les documentaires"… mais lorsqu’on regarde les audiences des chaînes, c’est TF1 qui arrive en tête, alors que les chaînes qui proposent des documentaires dignes de ce nom ne récoltent que des miettes de l’audimat ! Alors le discours qui consiste à dire "il y a quand même des choses bonnes à la télé" me fait un peu doucement rigoler (ou pas, selon mon humeur). Dans l’absolu c’est vrai, on peut trouver quelques perles sur certaines chaînes, en cherchant bien. Mais la réalité est que dès qu’on introduit le petit écran chez soi, on est irrésistiblement porté à regarder aussi (et surtout) un peu du tout et n’importe quoi.

  5. oops dit :

    Concernant la socialisation, et surtout la volonté totalement contre-productive de vouloir "sociabiliser" les enfants très tôt, je vous conseille "Retrouver son rôle de parent" de Neufeld et Mate. Il ne parle pas particulièrement de la TV, mais il bien en évidence la grossière erreur habituellement véhiculée (aussi répandue et totalement infondée que "pleurer fait faire les poumons aux nourrissons") de vouloir à tout prix que les enfants jouent entre eux (sans être des poids pour les adultes), construisent des repères en s’appuyant les uns sur les autres, se construisent par catégorie horizontale (par tranche d’âge) et non pas transmission vertical.

    Ce sont les "anciens" (parents, grands-parents) qui doivent être des références, et certainement pas une "sous-culture" (ce n’est PAS de la culture) de marques, dessins-animés et autres pubs visant des bambins / enfants / pré-ados etc. Des catégories purement marketing, et qui n’ont aucune attache réelle, concrète (il n’existe que la puberté sur le plan physiologique).

    Pourquoi la TV n’est pas un outil de socialisation ? Parce qu’elle n’est pas bienveillante : l’objectif des chaînes n’est pas d’éduquer, même pour les chaînes autoproclamées "éducatives". Pour qu’elles vivent, elles doivent dégager du bénéfice, susciter l’intérêt, donc elles segmentent. Au lieu de créer du lien (intergénérationnel, multiculturel), elle créé des ruptures. Or on ne peut éduquer sans créer des liens d’attachements.

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