L’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies (OEDT) vient de publier son Rapport 2012 sur l’état du phénomène de la drogue en Europe. Pour ce qui concerne le cannabis (p.45), il nous révèle que la tendance générale mondiale est à la baisse de la consommation depuis 2001. Sauf… pour la France, où l’on observe une augmentation. France qui par ailleurs est championne de la consommation, en deuxième position derrière la République Tchèque! Ah bravo!

Dans ce groupe, seule la France a observé une augmentation d’au moins 4 % entre sa première enquête ESPAD en 1999 et l’édition la plus récente. Par ailleurs, alors que la tendance entre 2007 et 2011 était à la baisse ou à la stabilisation dans sept de ces huit pays, la France a, quant à elle, rendu compte d’une augmentation (8 %).

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En lisant cela, je me pose plusieurs questions: Est-ce inquiétant? Au niveau de l’Etat, est-ce qu’il y aurait quelque chose à faire? Et ensuite, à notre niveau de parents, comment s’assurer de la sécurité de nos enfants?

Fumer du cannabis, c’est très mal?

« La drogue a fait cent morts en France l’année dernière, l’alcool cinquante mille ! Choisis ton camp, camarade !  »

Coluche, 1980.

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En 1998, le Professeur B. Roques publiait un rapport sur la dangerosité des drogues, et p.182, on pouvait y lire le tableau suivant:

Voilà qui bouscule l’idée qu’on se fait du cannabis: Peu de dépendance, très faible toxicité, faible dangerosité sociale et ZERO neurotoxicité! Finalement, ce ne serait pas si terrible!

Cette conclusion ne correspond pas avec ma perception (toute personnelle) du cannabis: J’en ai fait l’expérience, et franchement, j’ai du mal à croire que quelque chose qui procure autant de plaisir, mais aussi altère autant la perception, la mémoire, l’esprit et l’humeur, pourrait n’avoir aucune neurotoxicité? Quoique, orgasme et allaitement ont également ce type d’effets sur moi… Alors que personne ne conteste qu’ils seraient tous deux FORMIDABLES pour ma santé. Donc, est-ce que ce serait mon éducation judéo-chrétienne qui me pousserait à croire que tout ce qui est bon = pêché (exemples: le chocolat, le saucisson, le sexe, regarder C’est du propre à la télé) et tout ce qui est pénible = vertu (exemple: les brocolis, le tofu, faire le repassage, lire Kant).

Non, pas tout à fait!! Le rapport a ensuite été remis en question, par exemple par le rapport Cabbal (2002) qui dit que  l’effet de cannabis varie selon les individus – du coup, les résultats des expériences sur les animaux ne sont pas forcément transposables aux humains – et que les conséquences à long terme font l’objet d’une controverse scientifique. Quant au risque addictif et la dérive vers des drogues plus dure, il est réel.

A mon avis, le problème est surtout qu’à l’adolescence, on est psychologiquement plus fragile, (donc peut-être plus sujet à la dépendance?), et peut-être qu’on mesure moins les conséquences (un décrochage scolaire par exemple?). Pour moi, même si fumer régulièrement ne devrait pas être systématiquement considéré comme le signe d’un mal-être, mais peut-être  tout simplement comme une recherche de plaisir, de stimulation des sens, une forme de partage, et bien probablement que les risques sont plus grands à ce stade de la vie.

Comment lutter au niveau institutionnel?

Ah là là, grande question. D’ailleurs sans elle, je ne serais probablement pas où j’en suis aujourd’hui, parce que la question « Que pensez-vous de la légalisation du cannabis » est LA question qui m’a permis de sauver les meubles et réussir mon Grand Oral de l’entrée à l’école du Barreau (Ahem, ils laissent entrer n’importe qui dans cette profession!).

Je ne prétends pas la résoudre aujourd’hui! Les débats semblent centrés sur la question de la répression, plutôt que la prévention – ce qu’on peut regretter

Les partisans de la légalisation du cannabis pourraient précisément se fonder sur le rapport de l’OEDT pour dénoncer l’inefficacité de l’interdiction du cannabis: on observe que dans les pays où fumer du cannabis est légal, la consommation semble diminuer progressivement, à la même allure que dans les pays où la consommation est interdite (voire plus vite, cf. p.52 du rapport). Ils évoquent aussi que ce serait un bon moyen de mettre fin au trafic, de mieux contrôler la qualité des substances vendues, et d’engranger des taxes au passage ( c’est la CRISE!).

Les opposants à la légalisation dénoncent quant à eux  la dangerosité du cannabis – pour la santé et au niveau social, et le mauvais signal que celle-ci constituerait de la part d’un gouvernement qui avaliserait ainsi l’usage de cette drogue. Le gouvernement a dernièrement rappelé que pour cette raison, la légalisation du cannabis n’était pas à l’ordre du jour (aujourd’hui 2/3 des français seraient opposés à la dépénalisation du cannabis).

J’ajouterais que ma consommation personnelle a été extrêmement limitée par le fait que je suis une trouillarde de première catégorie et que jamais je ne serais allée en acheter dans la rue – Et aussi par le fait que je suis une jardinière catastrophique malgré tous mes efforts  (Oui, car, je ne savais pas qu’il était interdit de cultiver du chanvre jusqu’à ce que Phypa me le rappelle!).

En terme de prévention, il est intéressant de lire ce qui est dit dans le rapport: plusieurs types de mesures de prévention ont été observées et semblent avoir montré leur efficacité. En particulier, l’information dans les écoles, mais aussi la lutte contre les inégalités sociales qui sont corrélées aux comportements à risque (grossesses précoces, drogue, etc.). Ainsi que les mesures « ciblées » sur les populations « à risque »: par exemple un soutien aux enfants des familles de milieux défavorisés.

Reste à savoir ce qui nous différencie, nous, en France de nos voisins européens? Et en l’absence d’efficacité de cette prévention, que pouvons-nous faire en tant que parents pour protéger nos enfants?

Que faire en tant que parents?

Encore une fois la question est complexe (ce qu’il nous faudrait c’est un GUEST hein !!), mais j’ai trouvé quelques pistes dans ce document, qui n’est pas en accès libre mais que Mme D. a déniché pour moi! L’article parle des addictions chez les adolescents, tabac et cannabis. En ce qui concerne le cannabis, il tente d’expliquer ce qui favorise la consommation en parle d’un « moyen d’intégration favorisé par une banalisation ». Et il insiste sur la notion d’usage: tout usage n’est pas inquiétant, il faut donc essayer de reconnaître quand la consommation de cannabis doit  alarmer:

 En matière de consommation de substances psychoactives la notion d’usage est importante. Il existe une classification des différents modes d’usage. Cela permet d’avoir des critères plus précis pour repérer si une consommation est à risque, si la dépendance est déjà présente ou s’il ne s’agit que d’un épiphénomène dans le parcours de vie du jeune. Surtout en matière de consommation de cannabis, c’est essentiellement le type d’usage qui détermine la dangerosité. N’oublions pas cependant que l’usage du cannabis en France est illégal. De la simple consommation particulière au trafic, à partir du moment où une personne est en possession de cannabis elle se trouve en infraction et peut encourir des peines dès les premières interpellations.

L’usage nocif est caractérisé par :

• une consommation répétée induisant des dommages somatiques, psycho-affectifs ou sociaux, soit pour le sujet lui-même, soit pour son environnement ;

• consommation régulière, solitaire, thérapeutique

La quantité consommée, la fréquence des consommations, le fait de fumer seul, de fumer pour atténuer un symptôme de mal être (anxiété, insomnie) sont des facteurs évoquant un mésusage.

La dépendance

État de dépendance: la dépendance est un état de sujétion à l’usage d’un produit psycho-actif, dont la suppression induit un malaise psychique, voire physique entraînant le sujet devenu dépendant à pérenniser sa consommation ; à noter que pour le cannabis la dépendance est de 5 % à 10 % des fumeurs réguliers. Bien inférieure à celle liée au tabac (47 % des adolescents ressentent les symptômes physiques du sevrage tabac même avec des consommations faibles, occasionnelles et irrégulières)

Si l’adolescent souffre effectivement d’un mal-être, alors encore faut-il savoir quoi faire. L’article oriente les médecins vers l’établissement d’une communication avec l’adolescent:

Quel que soit le produit psycho-actif consommé par les adolescents la prise en charge reste calquée sur le même modèle. Il s’agit d’évoquer le sujet avec le patient et d’établir une alliance thérapeutique avec ce dernier. Nous devons nous abstenir de juger ou de moraliser tout en offrant un cadre solide. Il nous faut éviter de banaliser le produit et la consommation tout en évitant de dramatiser. Le plus important étant d’aider le jeune patient à faire le lien avec certains aspects négatifs (somatiques en particulier mais aussi psychologiques) de cette consommation. L’aspect médical est souvent une porte d’entrée privilégiée et le rôle du praticien somaticien devient prépondérant. Ces conduites de consommations déstabilisent souvent l’entourage et les praticiens, il est important de ne pas se retrouver seul dans ces prises en charges. Nous ne devons pas hésiter à solliciter les structures spécialisées habituées à cette problématique chez les jeunes quand la situation devient complexe. La relation établie avec l’adolescent reste l’élément majeur du soin.

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Le document est à l’usage des médecins, de sorte qu’ici la sanction, la surveillance, l’interdiction, etc… ne sont pas évoqués.  Mais il me semble que l’on peut transposer certains de ces propos aux parents, et plus généralement à l’entourage: C’est la communication qui est importante – avec les parents, ou avec un tiers si nécessaire. A partir de là, est-ce que la sanction est un obstacle à la communication, ou au contraire est-ce qu’elle peut être un moyen d’aborder le sujet, et en tout état de cause,  est-ce qu’elle est parfois nécessaire aux vues des dangers immédiats?

Et bien, j’imagine que nous n’avons pas fini de réfléchir sur le sujet…

Drenka