Plus je lis des manuels d’éducation, moins j’aime ça. Je ne parle pas des ouvrages autour des enfants, il y a moult sujets et certains ne traitent que peu l’éducation en elle-même. Mais dès qu’on parle d’autorité, de punition (ou pas) et de gestion de crise, je suis perplexe.

 

C’est bien ainsi que je me suis sentie après avoir lu Eduquer sans punir de Thomas Gordon. Loin de moi l’idée de tout rejeter en bloc mais j’avoue avoir été passablement énervée à certains moments. Avant de vous faire part de ce qui m’a gênée, voici les passages que j’ai trouvé intéressants :

 

  • la résolution de conflit sans perdant : chercher des solutions ensemble et trouver celle qui convient à tout le monde. L’idée est de ne jamais rien imposer à son enfant et de toujours faire en sorte de le laisser régler ses problèmes tout seul.

Quand un conflit survient entre un adulte et un enfant, l’adulte demande à l’enfant de participer à la recherche commune de solutions acceptables pour l’un et pour l’autre. Chacun peut suggérer des solutions, qu’on évalue alors ensemble. Les deux parties choisissent la meilleure solution, puis décident comment l’appliquer. Il n’y a ni contrainte, ni rapport de force.

 

A côté de ça, certains passages m’ont agacée, voire choquée. Je trouve que la marge de manoeuvre laissée aux parents est vraiment faible. Son idée générale est qu’il ne faut pas chercher à contrôler son enfant mais à l’influencer. Avec les punitions, les récompenses et même les compliments, on cherche en réalité à contrôler son enfant, or il faut l’amener à changer en l’influençant, en le laissant s’auto-discipliner. Si le concept est intéressant, je ne suis pas sûre que les moments de contrôle ou d’influence soient si faciles à distinguer. Il faudrait vraiment être dans la tête de l’adulte au moment où il parle pour être sûr qu’il ne fait pas « mal ». Je le mets entre guillemets parce que justement, je lis beaucoup de jugement dans ce livre, des vérités assénées sans beaucoup de preuve. Sur la quatrième de couverture, il est expliqué que l’auteur s’appuie sur de nombreuses études mais les références ne sont pas dans l’ouvrage et je pense qu’on peut interpréter à son avantage les conclusions. Mais j’ai sûrement moi aussi ma propre interprétation et des jugements faussés, je le reconnais. J’ai quand même voulu aller jusqu’au bout du livre malgré mon agacement. J’ai bien fait puisque certaines parties m’ont plu et m’ont apporté des solutions dans la gestion des crises, comme je vous le disais plus haut.

 

Mais certaines assertions m’ont laissée perplexe parce que soit elles n’étaient pas prouvées (pour moi), soit elles ne correspondaient pas à mon ressenti. Exemples :

Les enfants soumis à l’autorité parentale se transforment souvent en délinquants rebelles à l’adolescence : ils réagissent agressivement face à toute autorité adulte et n’ont aucune maîtrise de soi ni discipline intérieure.

Cette phrase arrive dès le début du livre et sonne comme une menace. Comme cela intervient au début du livre, on n’a pas encore pu comprendre toute la théorie de l’auteure et je trouve dommage de commencer par de telles généralisations.

Les louanges peuvent aussi faire en sorte que l’enfant se sente inférieur à l’adulte, qu’il se sente jugé. Par expérience, je sais que lorsque j’assume le rôle de juge et d’évaluateur dans une relation, c’est qu’au fond je me sens supérieur à l’autre personne. En fait, j’affirme que je suis plus avisé et plus sage. Si je dis à ma fille : « Chérie, tu as bien joué au tennis aujourd’hui », je sous-entends que je suis qualifié pour juger sa performance, en tout cas plus qu’elle. Mieux vaudrait que je dise : « J’ai dû déployer beaucoup d’efforts et faire preuve de génie pour jouer contre toi aujourd’hui ».

Pour comprendre comment le compliment place son auteur au-dessus de son interlocuteur, imaginez que vous venez juste d’entendre jouer un célèbre violoniste alors que vous n’avez jamais touché un violon de votre vie. Vous vous couvririez de ridicule si vous lui disiez : « Votre technique était irréprochable et votre interprétation des plus brillantes. » Tout comme moi, vous ne feriez jamais ce compliment, sachant que vous n’êtes pas qualifié pour juger un violoniste mille fois plus doué que vous. A ce message, préférez celui-ci : « J’ai beaucoup aimé votre concert ce soir » ou « Je suis plein d’admiration pour votre talent.

Si je comprends l’idée que le compliment n’est pas toujours innocent, je ne suis pas convaincue par cet exemple. D’abord, à la lumière de la deuxième partie, on pourrait en conclure que le compliment du père à propos du tennis a lieu d’être puisqu’il est vraisemblablement plus doué que sa fille. De plus, je ne suis d’accord avec le fait qu’on ne puisse pas apprécier ou juger quelque chose qu’on ne pratique pas soi-même. Je fais du chant mais je ne suis pas une chanteuse lyrique professionnelle, pourtant je sais reconnaître le talent de l’une et les défauts de l’autre ; pas aussi bien qu’un professionnel, c’est certain mais j’ai une opinion et des goûts personnels. Pour en revenir aux compliments à son enfant, je ne vois pas la différence entre « tu as bien joué » ou « j’ai dû déployer beaucoup d’efforts » : pour moi, les deux peuvent être un compliment, les deux peuvent être un jugement. Je ne suis pas tellement d’accord avec cette idée qu’il vaut toujours mieux dire « je ». J’ai l’impression que le parent ramène tout à lui et ne considère donc pas l’enfant pour lui-même ni pour son propre talent pour lui-même.

Situation : votre fils de 12 ans range la maison après la fête donnée pour son anniversaire. « Tu as été très gentil de tout nettoyer après la fête. » (compliment). « Je suis très soulagée de voir que tu as tout nettoyé. J’aime une maison propre. Et maintenant je peux me reposer. (message « je »).

Je n’arrive pas à saisir la différence entre les deux, ça ne me parle pas, personnellement. Je ne vois pas en quoi le deuxième ne comporterait pas de jugement ni de prise de contrôle sur l’enfant pour le changer.

 

L’auteur aborde également l’intêrêt du silence attentif :

Une autre façon de montrer à l’enfant qu’on l’accepte consiste à demeurer silencieux pendant qu’il exprime ses sentiments ou expose son problème. On se montre attentif en adoptant une posture ouverte et en le regardant d’un air intéressé. Le dialogue qui suit illustre cette méthode :

Enfant : On m’a envoyée chez le directeur aujourd’hui.

Parent : Ah ! Oui ?

Enfant : Oui. Parce que je bavardais pendant le cours.

Parent : Je vois.

Enfant : Je ne peux pas sentir ce vieux fossile. Il reste là assis à parler de ses problèmes ou de ses petits-enfants et il s’attend à ce que nous soyons captivés. C’est d’un ennui mortel, tu ne peux pas savoir.

Parent : Mm…mm.

Enfant : On ne peut pas rester là à ne rien faire ! On devient fou. Jeannette et moi nous racontons des blagues pendant qu’il parle. C’est le pire professeur que tu peux imaginer.  Cela me rend furieuse quand j’ai un professeur nul.

Parent : (Silence)

Enfant : Je suppose que je ferais mieux de m’y habituer parce que je n’aurai pas toujours de bons professeurs. Les profs nuls sont plus nombreux que les bons et si je les laisse me démoraliser, je n’aurai pas les notes qu’il faut pour être admise dans une bonne université. J’imagine que c’est à moi de me prendre en main.

L’enfant en question est plutôt sage pour arriver à une telle conclusion sans aide. C’est une méthode parmi d’autres certes mais ce que je trouve dangereux, c’est d’en faire un exemple ou même une preuve alors que c’est fictif ici ! Personnellement, je n’apprécie pas tellement ce genre d’écoute, j’ai besoin qu’on me parle. Je suppose donc que cela plaît à certains mais pas à d’autres.

 

On prend ce qu’on veut dans un livre, bien entendu mais je n’apprécie pas les jugements et les menaces sous-jacentes (si vous faites autrement, vous ferez de votre enfant un délinquant). J’y ai certes trouvé quelques méthodes intéressantes mais aussi des arguments non prouvés. Je pense qu’il oublie que chaque relation parent-enfant est différent, que chaque personne est unique et qu’on ne peut pas appliquer la même méthode à tous et à toutes les situations.

 

Voilà mes sentiments face à cet ouvrage mais je suis tout à fait prête à discuter. Si vous en avez fait une autre lecture, n’hésitez pas à partager votre impression ! 

 

Clem la matriochka