Les sciences, un truc de filles ???

« La plus utile et honorable science et occupation à une femme, c’est la science du ménage. »

Montaigne

« A quoi bon tant de science pour une cervelle de femme ! Que vous jetiez l’Océan ou un verre d’eau ! »

Jules Renard

L’Union Européenne vient de lancer une campagne pour inciter les jeunes filles à se tourner vers des carrières scientifiques.

En effet, la commission européenne le constate : les femmes sont sous-représentées dans la recherche et même si les diplômés universitaires sont en majorité des femmes, la proportion de femmes dans les métiers d’ingénieurs et de scientifiques est très minoritaire.

Le but affiché de la commission européenne est d’augmenter le nombre de chercheurs. La cible est la population féminine de 13 à 17 ans, puisqu’après les choix d’orientation, les dés sont jetés.

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Formidable non ? Je suis de formation scientifique, ingénieur et femme, me voilà réjouie !

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Beh en fait non. L’intention est bonne, la mise en œuvre beaucoup moins. Visez un peu ce logo :

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Ça commence bien : Fille = rouge à lèvres = écriture sur un miroir au rouge à lèvres = tendre message laissé à son amant (hum pardon je m’égare, mais les liens qui se sont enchaînés dans mon cerveau sont significatifs du stéréotype véhiculé).

Nan mais qui s’est dit :

« Attendez les gars ! Faut qu’on cause à des femmes ? et de science en plus ?? Oulalalalala ! Pfiou !! Pas facile de faire passer le message à ces bécasses ! Bon, allez, on va leur coller du rouge à lèvres, ça parle bien aux femmes, ça. Et du rose aussi bien sur. Ptêt qu’elles liront, comme ça. Enfin, on sera jamais certains qu’elles auront compris quelque chose si ?? »

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Mais le plus beau de tout, c’est le clip de promo de la campagne, mais il est hélas désactivé depuis une heure ou deux, probablement en raison des commentaires outrés sur la page Facebook, et l’évaluation lamentable qu’elle a obtenu sur Youtube ( « 30 likes, 1,093 dislikes » notait un commentateur sur Facebook).

Je suis assez désespérée de ne pas avoir pu vous faire profiter de ce petit bijou de sexisme, à base de jeunes filles courts vêtues se dandinant sous le regard perplexe d’un beau gosse en blouse, et d’enchainement d’ustensiles de maquillage et de tubes à essais. Avec des gloussements par dessus la musique.
Le net me fournit quand même quelques images de ce clip que je vous laisse ici.

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Ceci est une bombe à hydrogène.

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Huhuhu ! Regardez, on a mis des lunettes de protection, ça dérange pas nos chignons !

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EDIT : j’ai retrouvé le clip  !! Joie !

 

Pour tout vous dire, cela m’a évoqué le clip de Michel Sardou pour la reprise d’ « Être une femme » (je vous laisse faire la recherche, je n’oserais jamais publier un truc pareil sur le site des Vendredis Intellos !).

 

 

Néanmoins, tout n’est pas à jeter dans la campagne. Finalement, il n’y a que 3 petits cœurs roses sur le site  les portraits de jeunes femmes exposant leur passion de la science et leur métiers susciteront peut-être des vocations.

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Pour aller plus loin :

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La Tellectuelle.

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Comments
10 Responses to “Les sciences, un truc de filles ???”
  1. drenka dit :

    Eh bin c’est quand même gratiné cette affaire…

  2. phypa dit :

    En effet, les statistiques de l’insee montrent que les femmes sont plus aujourd’hui plus diplômées que les hommes, mais qu’elles choisissent des filières professionnellement « moins rentables ».

    Je suppose que cette campagne vise les ados d’aujourd’hui qui se revendiquent plutôt bimbos, sans que je sache très bien quelle est la part de provocation et quelle est la part de soumission à la société de consommation.

    Compliqué, quand même dans tout ça de construire son identité de femme…

    Moi je me rappelle que j’étais féministe, je ne voulais pas de ces métiers subalternes qu’on laisse aux femmes. C’est comme ça que je me suis retrouvée ingé aussi.

    Mais aujourd’hui, quand je vois l’évolution de l’industrie en France , et surtout le management qui y est pratiqué, je ne souhaite ni m’identifier à un « manager », ni y pousser mes enfants , garçon ou fille…

    Pourtant je suis convaincue qu’avec les défis qui nous attendent, nous avons besoin de toutes les compétences scientifiques possibles.

    Voilà un bon truc pour les filles : le métier d’ingénieur est à réinventer ! Et faire sortir une fonction de son image d’épinal, pour ça en général, les filles sont expertes ;-)

    • C’est drôle, je n’ai pas la même vision que toi du métier de manager, mais je l’exerce dans la fonction publique. C’est donc probablement très différent.
      Depuis 2 ans que je suis dans cette position, je me découvre une véritable appétence pour ce rôle : c’est tous les jours différents, on bosse avec et sur l’humain, c’est donc toujours riche en surprise. Ça m’a aussi permis de travailler sur moi-même, ce fut révélateur.
      Enfin, l’idée d’amener des individualités à travailler ensemble dans un but commun, je trouve ça chouette.
      C’était le message bisounours du dimanche !

      • phypa dit :

        Oui moi aussi,la première fois que j’ai eu un poste de manager, j’ai dévoré les bouquins d’analyse transactionnelle !
        J’ai adoré ce boulot et le fait de pousser des gens à développer leurs compétences.
        Mais mon entreprise a beaucoup changé ces dernières années, et on demande à tous toujours plus pour moins cher, on classe les gens en « bons » et  » mauvais » sur des critères superficiels, on met les « bons » sur orbite et on humilie les « mauvais ». Je n’adhère plus du tout.

        Je crois que c’est devenu courant dans les grandes entreprises où l’humain n’est plus perçu comme une richesse mais comme un coût que l’on peut réduire en utilisant une main d’oeuvre « low cost » ailleurs.

  3. miliochka dit :

    Ouaouh, je suis atterrée, mais qu’est ce que c’est que ce clip ??? On nous prend pour des quiches, alertez Causette !!
    Je suis de formation scientifique, et j’adore ce que je fais, et je suis convaincue que ce n’est pas avec ce genre d’arguments que l’Europe va attirer des femmes vers la Science. Mère de 2 filles je me refuse à leur montrer un truc pareil…

    Je crois que c’est surtout sur la notion de plafond de verre qu’il faudrait s’interroger. Car aujourd’hui les filles sont largement majoritaires durant les premières années dans pas mal de filières scientifique (rien qu’en médecine et en véto, c’est flagrant). Mais après ? Quid des directrices de labo, des responsables d’équipe, et même, des prix Nobel ?? Où sont les femmes ?

    Je me souviens avoir lu récemment dans ELLE une interview passionnante de Nicole Le Douarin, éminente biologiste française, qui m’avait beaucoup réfléchir à tout ça…

  4. mmedejantee dit :

    Merci beaucoup La Tellectuelle d’avoir sauté sur ce sujet tant qu’il était bien chaud!!! Le manque de filles dans les filières scientifiques me semble un vrai problème de société… je ne doute pas que ce manque soit grandement lié à des clichés et représentations de genre ce qui implique que je déplore d’autant plus qu’on essaie de combattre de telles idées reçues en en assénant d’autres!!
    Le jour où on aura pris la mesure du fait que la majorité des filles se croient, de part leur appartenance au sexe féminin, moins capables que les garçons de réussir dans les domaines scientifiques; le jour où on réfléchira réellement à ce sur quoi repose ces croyances inconscientes alors il nous sera possible de lutter contre sans se sentir obligé de sortir les rouges à lèvres, les poudriers et les talons hauts à tout va…

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  1. [...] Mais cette exposition lui rend tous les honneurs qui lui sont dus aujourd’hui. En tant que peintre, Artemisia s’est démarquée par son style cru et réaliste. Elle ne s’est pas contentée d’une peinture esthétisante de commande mais a su lui insuffler une âme, et utiliser son œuvre pour transmettre un message fort, ce qui la rende unique. Et en tant que femme, elle a su de dégager des carcans de son sexe pour mener sa vie comme elle l’entendait. Une belle leçon de féminisme donc: voilà qui met en perspective la récente campagne “Science is a girl thing”! [...]

  2. [...] théoriquement phénoménale ! . . . Un peu d’histoire maintenant (et de droit) . En 1988, une femme, une scientifique française (double hip hip hip hourra !) Éliane Gluckman et son équipe de l’hôpital St Louis, [...]



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