C’est une information qui m’a interpellée ce matin à la radio : une enquête européenne menée sur 36 pays intitulée ESPAD (European school survey project on alcohol and other drugs) montre que la consommation de tabac , d’alcool et de cannabis a plus progressé en France que dans la plupart des autres pays d’Europe entre 2007 et 2011.

Voir les détails publiés par Le Monde du 1er juin ainsi que le rapport ESPAD (en anglais)

Le classement de la France se détériore par rapport aux autres pays européens, qui contrairement à elle sont souvent en progrès

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Selon les chiffres provisoires que Le Monde s’est procuré par une source non officielle, l’évolution sur le cannabis est particulièrement problématique : l’expérimentation est en hausse de 25%, le nombre de jeunes ayant consommé au moins une fois le produit passant de 31 à 39% en 4ans. L’augmentation est même de 60% pour la consommation d’au moins une fois par mois (de 15% à 24%)

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Pour l’alcool, c’est un retour parmi les dix premiers pays : 67% des jeunes de 16 ans ont consommé de l’alcool dans le mois contre 64% en 2007

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Pour le tabac, la situation se dégrade aussi . Les jeunes Français de 16 ans étaient 38% à avoir fumé au moins une cigarette dans le mois contre 30% en 2007

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Selon Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, la Milt ( mission intermininstérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) est  » passée à côté de ce qui constitue le gros problème » : « l’environnement addictogène » dans lequel évoluent les adolescents dans une société qui favorise les sensations fortes et l’hyperconsommation (jeux vidéos, « bing-drinking », etc,…)

Bon tout cela n’est pas bien rassurant, et demande bien sûr un peu plus de réflexion.

Pour ma part, j’ai toujours été persuadée qu’une politique exclusivement répressive n’est pas efficace, si on ne soigne pas l’addiction. C’est aussi ce que disent ces spécialistes:

 » Le problème est que l’objectif a été d’éviter à tout prix le premier usage, alors qu’essayer le cannabis est un signe d’identification chez les jeunes, sans suivi après. Il est surtout important de détecter précocement les usages réguliers »

Si je n’ai pour l’instant pas eu le temps de chercher des articles de sociologie un peu étayés sur  » notre société addictogène », je me suis plongée dans « Votre ado » de Marcel Rufo et Christine Schilte. (ben oui avec une fille de bientôt 13 ans et un fils de bientôt 11ans, il faut bien que je me documente un peu, en fait je cherchais « l’adolescent et le bonobo » désepérément à la fnac, et je suis tombée sur ce livre qui avait l’air pas mal)

Voici donc quelques citations rassurantes – comme souvent – de Marcel Rufo :

Au début , un joint par simple curiosité :

Pour un bon nombre, leur expérience se limitera à une ou deux cigarettes d’herbe fumées au cours d’une soirée entre copains. Un comportement qui ne porte pas à conséquence. Dans la plupart des cas, le premier joint est fumé par curiosité. Vient ensuite la notion de plaisir : se faire plaisir et partager avec des amis les mêmes sensations. C’est aussi parfois pour évaluer l’image que les autres perçoivent de soi ou plus simplement pour braver un interdit assez facilement. Mais le plus grand nombre de ces « amateurs » s’aperçoivent vite que le bien-être est de courte durée .

Lorsque le joint devient une habitude :

Pour d’autres, le joint deviendra une habitude. Ceux qui ne « décrochent » pas sont ceux qui ont besoin d’oublier leurs difficultés: vie relationnelle médiocre, vie affective peu satisfaisante, manque de personnalité, anxiété, état dépressif et manque de projets d’avenir. Ces adolescent doivent être considérés comme des toxicomanes, car ils médicalisent le produit. L’abandon de la consommation de drogue passe donc obligatoirement par la résolution du trouble psychique originel car ce n’est pas la toxicomanie qui est en cause mais la personne toxicomane et la raison de ce choix toxique

Le chapitre intitulé « La drogue votre grande crainte » décrit aussi les différentes formes de drogues,  leurs dangers, et les signaux qui doivent inquiéter les parents.

Les idées principales :
– lorsque la communication est maintenue , c’est plutôt bon signe
– c’est l’usage habituel qui est inquiétant car « l’accoutumance pousse à une consommation de plus en plus importante pour obtenir l’effet souhaité »
– « le seul vrai problème est de savoir pourquoi ils fument » (à propos du cannabis, qui est la plupart du temps la « porte d’entrée » vers la toxicomanie)

Je crois qu’il va s’agir là d’un article d’introduction, car le sujet mérite d’être un peu creusé dans ses dimensions historiques (je crois que l’usage de drogue a existé dans toutes les sociétés, avec des significations très différentes) , sociologiques , géopolitiques et moyens de lutte.