Mon premier accouchement a été très rapide (deux heures de la perte des eaux à la naissance), je n’ai donc pas eu la péridurale. Je suis fière de ce que j’ai accompli ce jour-là mais je me souviens d’un moment de grand désespoir. J’ai crié que je n’y arriverais jamais, que j’allais mourir… Il était trop tard pour avoir la péridurale pourtant j’aurais bien aimé la voir à ce moment-là. J’ai longtemps cru que j’avais été faible (non pas de demander la péridurale mais de perdre espoir) et puis, je suis tombée sur un article évoquant la « phase de désespérance ». Michel Odent explique ce phénomène dans son article Le réflexe d’éjection du foetus et l’art de la sage-femme :

Il est facile de reconnaître un réflexe typique d’éjection du fœtus. Il peut être précédé par une crainte soudaine et transitoire exprimée en manière irrationnelle (« Tuez-moi », « Laissez-moi mourir », etc…). Dans une telle situation la plus mauvaise attitude serait de rassurer avec des mots. Cette expression courte et transitoire de la crainte peut être interprétée comme le (bon) signe d’une augmentation spectaculaire de dégagement hormonal, y compris l’adrénaline. Il devrait être immédiatement suivi d’une série de contractions irrésistibles. Pendant les dernières contractions puissantes la mère-en-devenir semble être soudain pleine d’énergie, avec une envie d’attraper quelque chose.

Pour compléter, j’ai trouvé un autre article de Carine Phung : La phase de désespérance : une étape physiologique.

Juste avant la sortie du bébé, la femme éprouve souvent une très grande angoisse, et parfois même une peur panique de mourir. À ce moment-là, il ne sert à rien de proposer des interventions médicales (péridurale, forceps), ni même de chercher à raisonner la future maman. Cette phase se résoudra de toute façon d’elle-même, par la naissance du bébé.

[…] Que faire alors devant une femme qui crie qu’elle va mourir et/ou qui supplie de lui donner la péridurale ou encore qu’on lui ouvre le ventre ? Bernard Bel, membre du CIANE4, raconte : “Suzanne de Béarn, sage-femme aujourd’hui décédée, me disait que beaucoup de femmes ont la sensation qu’elles vont mourir, juste avant l’expulsion, et qu’il ne faut surtout pas chercher à les rassurer ! À son avis, à la lumière de son expérience de plus de 2 000 accouchements, il fallait laisser se faire le processus. Les réactions de peur, ou parfois d’une extrême agressivité, sont plutôt « bon signe ».

[…] Chloé R.-C., accompagnante à la naissance au Québec, connaît bien cette phase. Elle raconte : “ce que vous appelez la « phase de désespérance », nous l’appelons la « période de transition » (un peu moins décourageant n’est-ce pas ?).  Effectivement, cette phase survient au maximum 20 minutes avant la venue du réflexe de poussée. C’est le moment le plus intense de l’accouchement, mais le plus court. C’est le moment où l’on peut dire : « Tu a l’impression que ça ne peut pas être pire ? Je te garantis que ça ne le sera pas, tu es arrivée, tu vas bientôt te préparer à pousser… » Le bébé termine sa descente, le col termine sa dilatation.  Habituellement, à ce moment, les respirations profondes n’arrivent plus à détendre et les respirations légères deviennent plus appropriées pour dégager l’utérus en gardant le diaphragme en hauteur. Enfin, c’est le moment de recentrer la mère sur son bébé, pour qu’elle reprenne contact avec les raisons de cette douleur. Souvent elle est aveuglée par ce qui se passe et oublie qu’au bout de ce tunnel viendra au monde son enfant qui travaille présentement aussi fort qu’elle.”

Ce type d’accompagnement serein, par une personne qui connaît bien cette phase, ne peut qu’être une aide précieuse pour la future mère, et appréciée par le futur père.

 

Quand je repense à mes deux accouchements, je ne vois plus ce moment comme une faiblesse ou une tragédie mais comme un passage obligé annonciateur d’un grand bonheur. Il serait bon qu’on soit mises au courant… avant de le vivre.

 

Clem la matriochka