L’attachement : un remède anti-violence, indispensable à l’autonomie ? [mini débrief]

La théorie de l’attachement est un champ de la psychologie qui traite des relations entre êtres humains. Son principe de base est qu’un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation d’attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue (« caregiver »1). Cette théorie a été formalisée par le psychiatre et psychanalyste John Bowlby2,3 après les travaux de Winnicott, Lorenz et Harlow.

[...]

Dans une monographie de 1951, Maternal Care and Mental Health (Soins maternels et santé mentale), rédigée pour le compte de l’Organisation mondiale de la santé, Bowlby mit en avant l’hypothèse que "le nourrisson et le jeune enfant doivent expérimenter une relation chaleureuse, intime et continue avec sa mère (ou un substitut maternel permanent) dans laquelle les deux trouvent satisfaction et plaisir", l’absence d’une telle relation pouvant avoir des conséquences significatives et irréversibles sur la santé mentale de l’enfant.

(Extraits de la page Wikipedia sur la Théorie de l’attachement)

J’en conviens, c’est super effrayant, dit comme ça  ! Mais les deux idées importantes sont à mon avis les suivantes : 1/ le caregiver peut être une autre personne que la mère (ce qui nous enlève une certaine pression des épaules et Mme Didierjean-Jouveau l’avait d’ailleurs très bien développé ici), 2/ cette absence de lien continu avec un caregiver qui va également trouver du plaisir dans la relation (il ne doit pas s’agir de soins apportés de façon "mécanique" donc), laisse des séquelles à l’enfant – pour ne pas employer le terme un peu angoissant de "santé mentale", on pourra toujours parler de "manque de sécurité de base".

Dans les résultats de l’étude que nous présente HomeSweetMome sur les causes des comportements violents chez l’enfant, l’auteure identifie des facteurs de risque :

Une étude portée sur des enfants vivants dans la banlieue de Londres, se concentre sur 5 facteurs : “les compétences non verbales faibles, discipline parentale inadéquate, casier judiciaire d’un parent ou des deux, pauvreté et famille nombreuse.” La conclusion de cette étude tend à montrer que ces comportements violents proviennent d’un cumul de risques et surtout qu’il n’y a pas de déterminisme social

mais au final, ce qui me semble le plus flagrant (avis personnel bien sûr), c’est à la fois le manque de repères (cadres, soutien, présence bienveillante, etc) et surtout le défaut de sécurité affective. Des enfants qui n’ont pas appris à communiquer sereinement avec l’adulte, parce que leurs besoins n’ont pas été entendus (pauvreté + famille nombreuse pouvant être des facteurs qui font que les parents ont d’autres priorités, comme celle de faire « survivre » la famille, avant même d’être dans l’interaction personnelle avec chaque enfant) à l’âge où la sécurité affective se construit (c’est-à-dire dès la naissance à mon avis mais aussi pendant les années qui suivent, où l’équilibre doit être préservé).

On reconnaît aussi dans ces violences chez les enfants une vision du rapport à l’autre, et notamment de l’autorité, qui parait biaisée ou à caractère fortement négatif. On retrouve cette autorité violente et aveugle dans l’ouvrage de Dostoïevski sur lequel La Mère Cane a basé sa réflexion. Est-ce l’autoritarisme extrême du père qui a poussé l’un de ses enfants au parricide ? Doit-on alors tout passer à un enfant, sous prétexte de ne jamais lui causer de chagrin ? Ou bien la réponse est-elle plus nuancée ? Dans le cas présent, le facteur déclenchant de l’acte de meurtre pourrait être une construction de l’enfant qui s’est faite loin de tout repère parental, avec un sentiment d’abandon, ne permettant pas à l’enfant de développer confiance en lui et rapport sain à l’adulte, deux choses qui l’auraient aidé à canaliser sa rancœur, à prendre du recul et à faire preuve de résilience ?

En tous cas, lorsque l’attachement s’est sereinement mis en place entre parents et enfants, que ces derniers avancent en sécurité dans la vie, on les voit progresser avec émerveillement et fierté, presque sérénité. Comme lorsqu’ils commencent à vouloir faire « tout seul », chose que Pti Tonique commence à me dire souvent : je trouve ça à la fois super mignon et je suis fière qu’il le formule, qu’il ait cette volonté… et d’autant plus lorsque je m’aperçois qu’il a raison, il parvient à « faire tout seul ». Dans cette optique d’accompagner nos tout-petits en favorisant les apprentissages et l’acquisition d’aptitudes par eux-mêmes, Vaallos nous rappelle les pistes fournies par le livre de Jeannette Toulemonde, visant à rendre accessibles les théories de Maria Montessori : des tas de petits exemples et témoignages illustrant le fait que se laisser guider par notre enfant, être à l’écoute de son envie de « faire tout seul » et mettre à sa portée le plus de choses possibles, le rend confiant et autonome (il faut vraiment que je me procure ce livre !!).

Accompagner son enfant sur le chemin de l’autonomie, être là pour lui, c’est un processus long, je dirais même que ça prend toute la vie ! Eh oui, on est parents « à vie », même si notre rôle évolue avec le temps et les besoins de nos enfants. Lorsqu’arrive l’adolescence, le « terrible two » des plus grands, Phypa nous prouve, étude à l’appui, que nos grands enfants comptent encore énormément sur nous pour être des guides sécurisants et des soutiens pour préparer leur entrée de futurs adultes dans la vie. Tout comme à 2 ans, là où l’on pourrait se contenter de ne voir qu’une "crise" passagère irritante et une "phase d’opposition" dans le comportement parfois incompréhensible de nos enfants, il s’agit bien davantage d’une période d’autonomisation. Période que les enfants traverseront d’autant mieux qu’ils se sentiront accompagnés, écoutés et reconnus, période qui se déroulera d’autant plus facilement que le lien d’attachement développé depuis leur naissance leur aura donné confiance en eux et en leurs adultes référents, leurs parents.

***

Pour moi, l’attachement, c’est ce lien mystérieux qui commence à se développer dès le proto-regard (voire dans le ventre maternel pourrait-on dire – mais moi je trouve ça plus aisé lorsqu’un échange visuel et tactile peut avoir lieu) pour ne jamais s’achever ; pas même à la mort d’un parent ou d’un enfant, car ce lien devient une composante de l’être humain qui l’a co-créé, une composante qui lui a permis d’avancer dans la vie et d’être celui qu’il est devenu, une partie de lui-même qu’il ne peut plus ignorer.

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Comments
4 Responses to “L’attachement : un remède anti-violence, indispensable à l’autonomie ? [mini débrief]”
  1. Très belle analyse. Je me demande si des études ont été faites sur l’impact de la reprise du travail par les mère sur l’attachement ( j’ai repris lundi…). Est-il possible de créer un lien de qualité en ne voyant son petit bout qu’une ou deux heures par jour? Le temps passé pendant les week-end et les vacances peut-il compenser le peu d’échanges pendant la semaine?? Peut-on empêcher une maman qui travaille de culpabiliser ?? Mais à part ça ça va hein… ;’)

    • Madame Sioux dit :

      Personnellement, sûrement parce que j’avais besoin que ça soit le cas, j’ai tranché pour mon propre cas, je répondrais oui à ta question. C’est sûr que la duree du temps partagé parait être une donnée primordiale mais ça n’est pas, ça ne peut pas, être la seule. Bien sûr on culpabilise, bien sûr devoir laisser son petit bout à 2 mois et demi pour reprendre le travail, c’est un peu inhumain. Et il vaut mieux que ça ne soit pas un choix entièrement subi – j’entends par là que j’aurais aimé rester un peu plus longtemps avec mon fils mais que je ne suis, par contre, pas faite pour être maman à la maison. Alors à la place, j’essaie d’être vraiment présente psychologiquement le soir (pas évident avec tout le reste à gérer, y’a des jours où c’est plus frustrant que d’autres) et j’avoue, je suis passée a 80%. parce que je dispose de peu de congés (aucune RTT) et que sinon, je n’aurais pas trouvé MON équilibre dans la situation. Pour autant, je pense que mon fils s’épanouit lorsqu’il n’est pas avec moi (en tous cas depuis qu’on a changé de nounou !) et je suis certaine qu’un véritable lien d’attachement s’est créé entre nous, que je le sécurise et que je reponds autant que possible à ses besoins (dans tout ça, je ne parle pas du père mais c’est pareil pour lui), qu’il avance plutôt confiant dans la vie (malgré un tempérament un peu angoissé mais c’est le cas depuis sa naissance, avant même que je ne reprenne le boulot). Je ne sais pas si j’ai répondu à ton angoisse ?! ;-)

      • phypa dit :

        C’est vrai que je me demande si le congé légal de 3 mois est suffisant par rapport au développement de l’attachement sécure chez l’enfant. (ie être capable de voir disparaître "physiquement" sa mère et rester calme en sachant qu’elle reviendra), j’avoue que je n’ai pas en tête les différentes étapes de ce développement.
        Si j’en crois ma lecture actuelle (Tout est langage de F Dolto), il est important de formuler les choses au bébé, qui même tout petit comprend déjà beaucoup .
        Ce n’est pas tant le temps qu’on passe en terme de durée, que la présence effective, et la régularité. J’ai l’impression que les petites routines du quotidien sont très structurantes.
        De toute façon être 100% à l’écoute 100% du temps, ça ne lui donne pas grande confiance en lui non plus ;)

  2. Maryline Jury dit :

    Bonjour,
    Merci pour cet article qui permet de diffuser la notion d’attachement et de faire prendre conscience de son importance.
    Nous sommes une jeune association Troisa (Association pour l’Attachement et l’Autonomie) qui a pour but de promouvoir l’attachement.
    Nous rassemblons des parents et professionnels de la petite enfance et sommes basés à Lyon.
    Si vous souhaitez en savoir plus, rendez vous sur http://www.troisa.org.

    Nous pourrions faire un article sur notre blog pour faire connaître votre association si cela vous intéresse…
    Bien cordialement,
    Maryline Jury pour Troisa.

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