Il est des pays où les enfants qui naissent en ne présentant leur visage en premier sont tués, parce que l’on croit que ce sont des sorciers. Au nord du Bénin par exemple, un accouchement par le siège justifie un infanticide. Le film « Le secret de l’enfant fourmi », sorti ce 2 mai en salles, raconte cela, en partie.

C’est terrifiant… N’empêche, même si la situation est sans commune mesure en France, un bébé qui se présente par le siège fait peur, aux équipes obstétriques mais surtout aux mères, et conduit bien souvent à des césariennes injustifiées, à des épisiotomies dévastatrices, à déposséder les femmes de leur accouchement. Pourtant les choses pourraient se passer différemment.

Normalement Dans la très grande majorité des cas, c’est au cours du 3ème trimestre que bébé se décide à se mettre la tête en bas. Lorsque j’étais enceinte de ma première fille, je me souviens très bien de cet épisode. C’était au début du 8ème mois, et sur le moment, j’ai cru qu’une équipe de rugby avait débarqué dans mon ventre !

Pour ma 2nde poulette, j’ai guetté cette sensation… en vain. Et lorsqu’à l’échographie du 3ème trimestre ma gynéco m’a annoncé qu’elle était tête en haut, la peur m’a saisi au corps. Quoi ? Petite poulette voulait naître les fesses les premières ? C’était sans compter la formidable équipe de la non moins formidable maternité des Bluets.

Lors des séances de préparation à l’accouchement, les sages-femmes, que je harcelais de questions bien sûr, ont présenté diverses méthodes pour aider naturellement bébé à se positionner tête en bas. Il y a la fameuse version manuelle externe, ou VME. En gros, des mains expertes viennent se poser sur votre ventre pour mobiliser bébé et l’amener doucement à se retourner. Ouais, doucement… moi j’envisageais déjà la sensation « équipe de rugby » puissance 10 !

D’après le Collège national des gynécologues et obstétriciens français :

Le taux de succès de la VME est de 50 à 60 %. Cette manœuvre peut être éventuellement répétée en cas d’échec lors de la première tentative si le médecin le préconise. Cette seconde tentative a encore 50 % de chances de succès. Ce geste n’est douloureux ni pour la mère ni pour l’enfant.

De moins en moins d’obstétriciens proposent la VME, car c’est une méthode qui demande savoir-faire et expérience. Et pour ça, il faut du temps, et de la volonté. Or c’est bien connu notre système de santé court après le temps et l’argent, et une VME n’a rien d’un acte rentable à court terme…

Il existe des alternatives à la VME : acupuncture, postures inspirées du yoga, chiropractie, hypnose même… Elles sont très bien expliquées dans cet article du Journal de gynécologie obstétrique (il suffit de s’inscrire pour avoir accès à l’article en entier, c’est gratuit ;-). Elles sont même comparées, évaluées, discutées. Je vous livre la conclusion de l’auteur :

Parmi les méthodes naturelles favorisant la version spontanée du siège, les plus étudiées ont été les techniques posturales et l’acupuncture. Leur évaluation manque presque toujours de rigueur méthodologique. Elles méritent cependant d’être connues, car elles permettent fréquemment d’éviter une version par manœuvre externe avec des procédures plus complexes, voire potentiellement dangereuses et certainement coûteuses en temps et en personnel. Ainsi, comme le suggèrent Cardini et al., la médecine occidentale, qui se veut essentiellement scientifique, avec ses pratiques rigides et ses biais technologiques, peut-elle s’enrichir des traditions ancestrales de la médecine chinoise (ou inca) et redevenir plus simple et plus humaine ?

Perso, les petites aiguilles ne me disaient rien du tout, alors j’ai opté pour le yoga ! Et c’est ainsi que pendant quinze jours, soirs et matins, 20 minutes durant, j’ai fait le pont indien (rien à voir avec le kama sutra !) Ah ça, ça a bien fait rire mon homme et ma grande poulette. Mes lombaires ont un peu dégusté au passage, et mon estomac m’a vite fait comprendre qu’il valait mieux faire ça avant les repas plutôt qu’après… Il m’arrivait même de prendre les fesses de petite poulette dans ma main, à travers mon ventre, pour doucement l’inciter à changer de position…

À 37SA, je me suis rendue à la maternité le cœur fébrile. Je n’avais pas senti de grand chambardement dans mon ventre, il était temps de tenter une VME… Petite poulette et moi, nous nous préparions pour la pirouette salvatrice. Avant de commencer, l’obstétricienne réalise une écho de contrôle et lâche un vigoureux « oh non ! ». Bon ben là, j’ai failli tomber dans les pommes. En fait, c’est juste qu’elle était déçue. Déçue de découvrir petite poulette la tête en bas ! Déçue parce que je représentais « un cas d’école parfait » pour ses 2 internes  (à savoir j’étais multipare, avec beaucoup de liquide amniotique et un bébé plutôt svelte) ! Elle était déçue, j’étais soulagée, fin de l’histoire. Je ne saurai jamais si c’est grâce au pont indien ou pas. N’empêche que ça aurait été idiot de ne pas essayer !

Post Scriptum :

Pour prolonger, et pour rassurer les mamans dont le bébé joue les rebelles : une présentation par le siège n’interdit en rien un accouchement par les voies naturelles ! Tout cela est très bien expliqué ici par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada :

Auparavant, au Canada, il était courant d’accoucher la plupart des bébés en présentation de siège par césarienne. Aujourd’hui, les professionnels de la santé recommandent que, dans certaines circonstances, on pratique un accouchement traditionnel (par voie vaginale) en présence d’un bébé en présentation de siège. L’accouchement vaginal présente des avantages pour la santé de la mère, dont un rétablissement plus rapide, une douleur moindre, et de meilleures chances de pouvoir accoucher par voie vaginale dans le cadre de grossesses ultérieures.

C’est juste un peu plus long, cela nécessite une équipe médicale un peu plus importante pour accompagner l’accouchement, et surtout plus expérimentée. Et c’est justement là le problème. Combien de maternités en France disposent d’équipes formées et ayant l’habitude de faire naître par voie basse des bébés en siège ? Combien osent le faire ? Les femmes sont elles correctement informées ? Respecte-t’on leur choix ?

En 2007, une étude réalisée par le CHU de Nice portant sur dix ans de pratique de l’accouchement du siège par voie basse au sein d’une maternité française de niveau III dressait ce triste constat :

L’information donnée aux patientes concerne essentiellement les complications de l’accouchement par voie basse. Le choix des patientes pour une césarienne programmée est en constante augmentation depuis 1996.

En 2011, cette même équipe publiait une étude intitulée « Qui limite l’apprentissage obstétrical et la pratique de l’accouchement de la présentation du siège par voie basse : la médecine ou le droit ? Discussion entre un praticien, un avocat et un responsable de service universitaire. » Je n’ai malheureusement pas pu la lire. Mais ce dont je suis convaincue, c’est que plus les femmes seront informées de façon impartiale, plus elles (re)prendront leur rôle d’actrice principale de leur accouchement, plus elles seront entourées de professionnels, non pas qui les guident mais qui les accompagnent dans leurs choix, et plus les pratiques évolueront dans le bon sens… Celui du respect de la mère et de l’enfant dans des conditions de sécurité optimale.

Miliochka

(Eh bien voilà, c’était mon premier post pour les VI. Il a été long à accoucher mais on y est arrivé !!
Quant à la photo, elle a été réalisée grâce à ma grande poulette, qui ce week end m’a suppliée pour que je lui achète cette sorte de poupée Barbie. Je n’ai pas pu résister…)