Peut-on vouloir être excisée?

Le journal Causette (numero 14 p. 24) publiait dernièrement un article sur l’excision (partagé par Mme Déjantée), tiré de cet article, que je reproduis ici :

L’excision, si je veux, quand je veux?

Chez les Frères musulmans égyptiens, on ne prononce pas le mot « excision » (un gros mot ?). On préfère parler d’ « opération de chirurgie esthétique », comme nous l’apprend l’incontournable Azza al Garf, caution féministe (limitée) de l’organisation et députée du Parti Liberté et Justice, la branche politique des frangins.

Pas gênée par les contradictions, cette femme de 47 ans milite pour l’accès des femmes aux responsabilités politiques,  mais se dit opposée aux lois interdisant l’excision, en vigueur depuis 2008.

« Chaque femme doit pouvoir choisir selon ses besoins. Si elle le souhaite, elle doit pouvoir aller chez un médecin », a-t-elle déclaré au site Womensenews.org, avant de défendre un prétendu « droit personnel » à se faire exciser pour celles qui le souhaiteraient. Alors, hypocrisie ou cécité ? Quand une gamine est mutilée à l’âge de 10 ans, en cachette et avec les risques que cela implique, est-ce un choix personnel ? Sera-t-elle plus belle le clitoris en moins ? A.R.

De notre point de vue d’occidentales, l’excision est un acte brutal, barbare et avilissant, et pour moi militer contre une loi qui l’interdit est extrêmement choquant. Mais les arguments de la députée égyptienne, en particulier dire que les femmes qui désirent se faire exciser doivent pouvoir faire ce choix, sont pourtant souvent brandis. Je vais essayer de les examiner aujourd’hui.

Il faut d’abord replacer l’article dans son contexte: « Les Frères Musulmans » est une organisation qui a pour objectif une renaissance islamique et  la lutte non-violente contre l’influence occidentale (voir l’article wikipédia ici). Notons qu’il ne faut pas faire d’amalgame: Si l’Islam semble tolérer l’excision (et si certains mouvements islamistes la défendent), elle était pratiquée en Afrique bien avant son islamisation et le taux d’excisions n’a souvent aucun rapport avec le taux d’islamisation du pays: L’excision semble dépendre de l’appartenance ethnique plus que de la confession religieuse. Azza al Garf est l’une des 5 femmes députées au Parlement Egyptien, mais si cet accomplissement donne une image d’elle féministe, elle est en réalité loin de se considérer comme telle, et défend des idées extrèmement conservatrices et anti-féministes (voir par exemple à ce sujet, cet article). L’Egypte a prohibé la pratique de l’excision dans une loi de Juin 2008 (à l’exception de l’excision « pour raisons médicales»), une prohibition nécessaire dans un pays ou en 2008, 96% des femmes mariées étaient excisées (voir cet article de Rue 89)!

D’après l’OMS:

Les mutilations sexuelles féminines sont des interventions qui altèrent ou lèsent intentionnellement les organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales.

Elles sont habituellement pratiquées pour contrôler la sexualité des femmes, par tradition ou par croyance religieuse. Aussi choquant que cela puisse être, l’excision a également beaucoup été pratiquée en occident, pour prévenir la masturbation, puis jusque récemment pour soigner certaines maladies mentales, comme la nymphomanie mais aussi la cleptomanie, l’hystérie ou la mélancholie.

La première question que soulève la députée Egyptienne est celle de la volonté de certaines femmes d’être excisées. Or ce n’est pas la première fois que j’entends ce discours.

Pourquoi certaines femmes disent vouloir être excisées

En 2002, je partageai pour une semaine le quotidien des femmes d’une tribu maasaï en Tanzanie. Les conditions de vie de ces femmes sont extrèmement dures: Elles sont excisées le jour de leur mariage, ne choisissent pas leur mari qui les achètent au lendemain de leurs permières règles contre une partie de leur cheptel (La vie des Maasaï s’organise autour du bétail et la richesse d’un Maasaï est déterminée par le nombre de vaches que possède sa famille. La valeur d’une femme se calcule en nombre de bêtes). Elles vivent au sein d’une famille polygame, et sont chargées de tous les travaux domestiques, y compris transporter de l’eau sur des kilomètres. Lorsqu’un guerrier maasaï (les hommes, avant de se marier, remplissent le rôle de guerrier, ils sont chargés de la sécurité) est de passage sur les terres de leur famille, on se doit de lui fournir un toit, de la nourriture et… une femme pour la nuit. Il plante sa lance devant un boma (maison faite de boue et de bouse de vache) et va rejoindre la femme qui l’habite!

Dans le cas des femmes maasaï, l’excision est donc pratiquée non pas sur les petites filles, mais sur la femme considérée comme adulte et consentante (tout est relatif puisque ce sont les menstrues qui constituent l’entrée dans l’âge adulte, aux alentours de 10 -12 ans!). Or ces femmes, d’une rafraîchissante espièglerie, déclaraient avoir des amants qui leur donnaient du plaisir – par les caresses si elle ne pouvait atteindre l’orgasme, et ne concevaient pas de ne pas être excisées: l’absence d’excision voulait dire être considérées comme sales, impures, ne pas pouvoir se marier, être mises au ban de leur société… Elles disaient donc leur volonté de subir l’excision.

Le pouvoir de la société sur les femmes des tribus maasaï est donc extrèmement fort! Pour autant, est-ce qu’en tant qu’occidentales, on ne regarderait pas la paille dans leurs yeux sans voir la poutre dans les nôtres? C’est un peu ce qu’implique Azza al Garf lorsqu’elle qualifie l’excision de chirurgie esthétique.

Le pouvoir de la norme, le parallèle avec la chirurgie esthétique

L’argument de la similitude entre excision et chirurgie esthétique parait d’un premier abord aberrant, l’un ayant pour objet de soumettre la femme, l’autre de la libérer d’un complexe physique. Pourtant, moi qui défend bec et ongles la chirurgie esthétique parce que j’estime qu’elle relève du droit des femmes à disposer de leur propre corps (par ailleurs j’estime ne pas avoir à porter de jugement sur ce type de décisions tellement personnelles), je suis forcée de constater qu’excision et chirurgie esthétique présentent des points communs. En particulier, pour ce qui concerne la chirurgie esthétique du sexe féminin qui connait aujourd’hui un succès grandissant. Les deux procédés impliquent une modification des organes génitaux féminins pour des raisons injustifiées du point de vue médical. Pour Dina Bader, Collaboratrice scientifique au Centre suisse de compétences pour les droits humains – CSDH (voir son mémoire ici):

Les opérations esthétiques génitales, illustrées ici par la nymphoplastie – la réduction des petites lèvres –, répondent à des normes sociales sollicitées par de nombreuses industries telles que celles de la beauté, de la mode et du sexe. Le corps de la femme «occidentale» hétérosexuelle doit correspondre à des critères esthétiques bien définis pour gagner l’estime de soi et celle des autres, dans une société où l’apparence physique semble être le reflet de l’âme (Heyes 2007).

En fait, la chirurgie esthétique et a fortiori la chirurgie esthétique génitale remplit tous les critères de ce qui est nommé une harmful traditional practice par les Nations Unies.

À l’inverse, les interventions chirurgicales pratiquées sur les organes génitaux des femmes provenant de pays extra-européens telles que l’excision sont légiférées de manière intransigeante et leur médicalisation interdite. Parce qu’elles sont perçues comme ne pouvant consentir de plein gré à de telles opérations même en étant adultes et capables de discernement, les migrantes de communautés où l’excision est pratiquée sont considérées par définition comme des victimes, passives et opprimées (Kofler et Fankhauser, 2009: 23). Or, une norme pénale contre les « mutilations sexuelles » qui distingue les pratiques autochtones des pratiques des immigrés renforce non seulement les stéréotypes sur ces derniers mais risque de décrédibiliser la lutte contre l’excision voire même de laisser sous-entendre par l’exception faite à la nymphoplastie que cette opération pourrait être une alternative symbolique à l’excision dans un contexte migratoire.

Ce mémoire reprend les 2 distinctions majeures entre excision et nymphoplastie, qui sont les risques encourus et les conséquences sur la vie sexuelle, et tire la conclusion qu’en réalité, ces distinctions ne sont pas évidentes: Certaines patientes qui se sont soumises à une nymphoplastie ont le sentiment d’avoir été mutilées et ont une vie sexuelle très perturbée, alors que certaines femmes qui ont été excisées ont une vie sexuelle épanouies et se perçoivent comme belles puisque leur sexe est conforme aux normes de leur société. La conclusion est que l’on ne peut pas considérer que la volonté qu’ont certaines femmes africaines d’être excisées résulte d’un conditionnement sociétal et pas d’un véritable consentement éclairé, sans admettre que cela est également vrai pour une femme occidentale qui se soumet à une opération de chirurgie esthétique!

Dans cet article, Kathambi Kinoti, coordinatrice d’informations sur les droits des femmes à l’Association for Women’s Rights in Development (AWID), arrive à la même conclusion:

Entre 2004 et 2007, le nombre de labiaplasties réalisées dans des hôpitaux privés du Royaume-Uni a triplé, alors que l’augmentation a été de presque 70 % dans les hôpitaux publics du pays entre 2006 et 2008.

Ces gestes chirurgicaux sont notamment « la réduction des petites lèvres (labia minora), le rétrécissement du vagin, la ‘reconstruction’ de l’hymen, les ‘ rehaussements’ du clitoris et la liposuccion du mont de Vénus (mons veneris) (tissu graisseux qui couvre la partie antérieure du pubis), ces deux dernières opérations étant réalisées pour des raisons de proportion après une réduction des petites lèvres, ainsi que des réductions du prépuce clitoridien et un repositionnement du clitoris. »

(…)

Ces deux types de procédures sont réalisés sur la base de normes et d’attente culturelles.

(…)

Par ailleurs, la chirurgie esthétique génitale est une pratique considérée comme un moyen d’améliorer l’attractivité d’une femme. Même si le choix de se soumettre à une opération chirurgicale de ce type est individuel, le fait de croire que cette procédure est nécessaire est le résultat de l’évolution des valeurs d’une société qui définit le caractère désirable des organes génitaux. L’industrie de la beauté, les principaux moyens de communication et le secteur des soins à but lucratif se conjuguent pour exercer une pression considérable sur les femmes auxquels on exige de rester jeunes et belles en fonction de normes très rigides. Groskop cite une gynécologue, Dr Sarah Creighton qui signale : « les femmes recherchent aujourd’hui une certaine apparence au niveau des organes génitaux qui auparavant n’était une obligation que pour certains mannequins de luxe ». Même si certains peuvent argumenter que les femmes ont le droit de prendre des décisions sur leur propre corps, la constellation d’acteurs qui influencent la décision d’une femme de se soumettre à ce type d’opération chirurgicale rend très difficile de déterminer si ce choix a été véritablement informé.

Azza al Garf soulèvent en définitive deux arguments qui me semblent contre toute attente défendables. Pour autant, elle fait tout à fait fausse route, comme le relève la journaliste de Causette.

Le point de vue d’Azza al Garf ne correspond pas à la réalité de l’excision

Toujours selon l’OMS:

Les mutilations sexuelles féminines  sont pratiquées le plus souvent sur des jeunes filles entre l’enfance et l’âge de 15 ans.

(…)

Elles se classent en quatre catégories:

  • La clitoridectomie: ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris).
  • Excision: ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (qui entourent le vagin).
  • Infibulation: rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture, réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres intérieures, et parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris.
  • Autres: toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

(…)

Les complications immédiates peuvent être douleur violente, choc, hémorragie, tétanos ou septicémie (infection bactérienne), rétention d’urine, ulcération génitale et lésion des tissus génitaux adjacents.

Les conséquences à long terme sont notamment:

  • infections récidivantes de la vessie et des voies urinaires;
  • kystes;
  • stérilité;
  • risque accru de complications lors de l’accouchement et de décès des nouveau-nés;
  • nécessité de pratiquer ultérieurement de nouvelles opérations chirurgicales. Par exemple, en cas de fermeture ou de rétrécissement de l’orifice vaginal (type 3 ci-dessus), il faudra procéder à une réouverture pour permettre à la femme d’avoir des rapports sexuels et d’accoucher. Ainsi, l’orifice vaginal est parfois refermé à plusieurs reprises, y compris après un accouchement, ce qui accroît et multiplie les risques immédiatement et à long terme.

Contrairement à ce qu’affirme Azza al Garf, il n’est donc pas question de « femme» qui « choisit selon ses besoins», mais de petites filles et de jeunes filles, et même de bébés qui n’ont pas voix au chapitre, et subissent leur vie durant les conséquences de cette mutilation. Pour plus d’information sur l’excision, et en particulier la situation en France, on peut consulter cette fiche de l’INED. Les chiffres et la réalité de l’excision sont effroyables. Personnellement la seule lecture de la définition par l’OMS m’est extrêmement pénible.

Le 6 février est la journée mondiale de lutte comtre les mutilations sexuelles féminines, et l’occasion de faire le point sur la situation en Afrique, elle aussi dramatique. Contrairement à ce que dit Azza al Garf, la loi égyptienne est évidemment un progrès et non un recul du droit des femmes. Mais c’est un progrès insuffisant, parce que le pouvoir de la norme sociétale est telle qu’une loi seule ne peut pas protéger les femmes de cette pratique ancestrale et si profondément ancrée dans les esprits. C’est l’action sur le terrain, l’éducation, et l’information qui pourront peut-être endiguer ces pratiques et c’est dans ce sens que la lutte doit se poursuivre.

Mais de cette pratique abominable, il y a également une leçon à tirer pour nous: Il faut prendre garde à la norme sociétale et aux décisions aberrantes qu’elle peut nous pousser à prendre, ne croyant obéir qu’à notre propre libre arbitre.

About these ads
Comments
25 Responses to “Peut-on vouloir être excisée?”
  1. miliochka dit :

    Ppffiou… Je soupire de terreur, de désespoir, de découragement, en lisant tout ça. Remettre en perspective l’excision dans le monde alors que de plus en plus de femmes ont recours à la chirurgie esthétique pour modifier l’apparence de leur sexe, c’est très pertinent, mais aussi très "sombre". Et donc, j’adhère à 200% à ta conclusion.

    Quand pouvons nous être sure de notre soi disant libre arbitre ?
    (dans un autre domaine, celui de l’accouchement, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup et j’espère pouvoir poster très vite à ce sujet sur les VI…)

    Mais je soupire aussi parce que je suis très impressionnée par le travail que tu as réalisé en écrivant ce post, une fois de plus ;-) Bravo, et merci.

    • drenka dit :

      Merci beaucoup!
      A titre personnel, je continue de défendre la chirurgie esthétique, mais je ne veux surtout pas éclipser l’horreur de l’excision avec ce débat!

  2. Madame Koala dit :

    Très bel article, et bien documenté.
    Moi je me dis, que plutôt que d’interdire l’excision, pourquoi ne pas chercher à l’encadrer ?
    On envisagerait pas de faire poser des implants mammaires à un bébé…
    J’ai (malheureusement) découvert dans ton article des pratiques que je ne connaissais pas du tout, et avec beaucoup d’effroi (type 3).
    Déjà que j’ai de plus en plus de mal à adhérer au principe de la chirurgie esthétique (autre que reconstructrice), alors là je ne comprends pas le monde dans lequel on vit…

    • drenka dit :

      La question de la légalisation en vue d’un encadrement se pose et s’est posée dans beaucoup de domaines: En particulier on peut citer l’IVG, l’alcool, la drogue, ou la prostitution. L’Egypte avait d’ailleurs, il me semble, opté au premier abord pour la possible médicalisation de l’excision afin de lutter contre l’excision sauvage. Mais la loi a ensuite interdit cette pratique.
      A mon sens, légaliser pour encadrer, d’une part c’est rendre la pratique accessible à tous, et d’autre part c’est tacitement l’avaliser, ce qui dans le cas de l’avortement est justifié, discutable dans le cas de certaines drogues dites douces, mais absolument impensable dans le cas de l’excision.

  3. missbrownie dit :

    Bravo!
    Ton billet est très instructif et je ne peux qu’être d’accord avec ta conclusion.

  4. muuuum dit :

    merci pour cet article fort interessant. Je donne pour info sur le même sujet, la référence suivante : Dr Pierre Foldès, "les crimes contre le plaisir féminin" en annexe du livre " Qui a peur du point G" d’Odile BUISSON.

  5. Une Mère Ordinaire dit :

    Je suis impressionnée par le contenu de cet article mais je suis aussi choquée par les données que tu as partagé… J’ignorais la situation actuelle de cette pratique ancestrale qui pour beaucoup de gens existe seulement en Afrique mais j’ignorais aussi l’éventail de toutes ces "tortures" infligées à des petites filles… Je peux croire tout ce que l’on veut bien me dire au sujet des traditions mais cela n’en reste pas moins un acte barbare et cruel…

    • drenka dit :

      Nous sommes tout à fait d’accord la-dessus!
      Je crois qu’il est important de rappeler ces données pour prendre conscience de combien la situation est dramatique et combien une lutte de tous les jours (information et surveillance par le personnel médical des populations à risque par exemple) est nécessaire.

  6. Vert Citrouille dit :

    Merci pour cet article. J’ai été assez remué par tout cela que ce soit l’excision ou la chirurgie esthétique. Comment peut-on subir cela ?!!! Notre corps n’est-il pas assez beau comme il est, qu’avons-nous besoin de le massacrer ? Pour quoi ? Souffrance, mal être ? Chaque partie de notre corps à sa raison d’être.
    Nous sommes belles et désirables avec ce que certains jugent des imperfections, nous n’avons pas à changer. Nous pouvons désirer un homme, nous pouvons jouir.
    Le passé, les traditions ont la vie dure… et perdurent. Quelle différence entre excision et chirurgie esthétique ? Pour qui, pour quoi ?

    • drenka dit :

      Merci pour ce commentaire!
      Je veux vraiment souligner que le parrallèle avec la chirurgie esthétique n’a absolument pas pour but de dire qu’excision et chirurgie esthétique sont la même chose.
      L’excision est un acte de barbarie qui est fait sur des petites filles, elles ne sont évidemment pas consentantes et en ressortent mutilées. L’OMS indique que cette pratique n’a AUCUN, AUCUN bénéfice pour sa victime. La mort d’une victime de l’excision a donné lieu, en France, au procès de l’exciseuse et des parents de la victime. La petite fille se nommait Bobo et avait 3 mois.
      La chirurgie esthétique est au contraire une intervention consentie, qui dans certains cas n’est pas loin de sauver la vie de la personne qui la demande. Et cela est vrai même pour la nymphoplastie : Certaines femmes développent un tel complexe qu’elles ne peuvent pas avoir une vie sexuelle épanouie sans une intervention. Je pense que la chirurgie esthétique est à tort stigmatisée parce que seuls les cas extrêmes sont médiatisés, et que c’est considéré comme un truc de riches. Personnellement, je crois que je suis moins choquée par une réduction des petites lèvres que par un piercing du clitoris, réalisé par quelqu’un qui n’a pas de formation médicale, sans analgésie, et avec tous les risques que cela comporte.

  7. mmedejantee dit :

    Encore une fois, un immense BRAVO pour le travail accompli… ton effort de documentation et la pertinence de ton argumentaire..!!
    C’était un sacré sujet et tu as su avancer intelligemment, sincèrement je t’en remercie!!
    Personnellement je ne peux supporter l’idée de telles violences et mutilations sur ces enfants… au de là de ça j’adhère totalement avec ta conclusion… tout cela repose encore et encore la question du libre arbitre… et sur ce point j’ai l’impression que tant sur les problématiques d’allaitement, d’analgésie durant l’accouchement ou de ce sujet beaucoup plus grave que tu évoques, il n’est pas simple d’y voir clair…
    Qu’est-ce qui relève du choix personnel? des pressions sociétales? des normes culturelles? Ces normes culturelles doivent-elles être défendues au nom de la reconnaissance des différentes ethnies? Combattues au nom des libertés individuelles?? Mais d’autres normes culturelles concurrentes ne sont-elles pas cachées derrière ces combats?
    Et quid des idéologies prétendant que le corps est l’oeuvre de dieu, qu’il est donc interdit d’y toucher, de le modifier??
    Allez, tu m’as donné matière à cogiter!!! Merci mille fois!!!

    • drenka dit :

      Merci pour ce commentaire, je partage toutes tes interrogations!
      Ceci dit je veux encore répéter que dans le cas de l’excision, il n’y a pas de libre arbitre puisque pas de consentement dans la grande majorité des cas! J’ai lu un commentaire dans Twitter sur mon article qui disait que "rien que débattre sur une pseudo volonté, c’est déjà cautionner." Aaargh, NON ni je ne cautionne, ni je n’excuse, ni même je ne comprends qu’on puisse pratiquer une excision!!

      • mmedejantee dit :

        J’ai vu passer ce commentaire moi aussi…mais je ne suis pas d’accord… d’abord parce que ton article ne prête en rien à confusion sur le fait que tu ne cautionnes ni n’excuses… ensuite sur le principe qu’on ne devrait pas débattre d’une thèse sous peine d’être soupçonné de la cautionner… justement tu montres dans ton argumentaire que cette histoire de pseudo volonté ne tient pas du fait qu’il s’agit dans le cas de l’excision de mutilations inhumaines de petites filles… Quant à juger d’une telle intervention dans un cadre de chirurgie esthétique (donc s’agissant de femmes majeures au consentement libre et éclairé), cela nous renvoie une fois de plus (comme tu l’as souligné) aux diverses pressions sociétales dont il convient à minima d’interroger l’origine et les fondements…

  8. Kiki the mum dit :

    Et en lisant tout cela, je pense à l’épisiotomie, qui heureusement recule en France mais reste trop répandue. J’ai toujours été choquée que l’on considère cela comme normal de se faire découper pour mettre au monde, (ou déchirée) alors qu’en accouchant dans une autre position, en travaillant en massage.. cela peut être évité… Mais le manque d’étude à ce sujet montre bien que l’intimité des femmes peut être bafouée même ici en France sans que personne ne trouve ça choquant.

  9. Vaallos dit :

    Je trouve ton article très bien construit, riche, et passionnant. Le déroulé de la réflexion et très clair et tu m’as vraiment emmenée avec toi jusqu’à la fin.
    Je crois que j’irais encore plus loin dans la comparaison avec la chirurgie esthétique. Pourquoi ne comparer qu’avec l’esthétique du sexe ? Ne modifie-t-on pas, pour les mêmes raisons, d’autres parties du corps ?

    • drenka dit :

      Merci beaucoup. Il me semble qu’en réalité, excision et chirurgie esthétique ne sont pas vraiment comparables compte tenu de l’absolue barbarie de l’excision. En revanche, dans les deux cas, si on consentement est exprimé, il est interessant de se pencher sur les motivations de nos choix, et dans quelle mesure la norme sociétale les a influencés. Et tu as raison, cela vaut pour toutes les chirurgies esthétiques, mais aussi pour toutes nos petites tortures quotidiennes: S’épiler, s’engoncer dans de la lingerie en dentelle, mettre des talons hauts, et même selon Badinter, faire des purées de broccolis maison, allaiter etc. !

  10. miliochka dit :

    Pour info, une étude est parue récemment concluant que la reconstruction du clitoris donnait d’excellents résultats (esthétiques ET sensitifs). D’ailleurs c’est en France que l’on trouve les meilleurs chirurgiens sur ce thème, enfin surtout ceux qui se battent le plus pour aider ces femmes. Evidemment, la chirurgie réparatrice ne concerne qu’une infime partie des femmes mutilées, mais je trouve ça déjà bien que ça existe !

    http://www.destinationsante.com/Excision-la-chirurgie-qui-permet-le-retour-a-la-vie.html

  11. yvette troude dit :

    Je suis une vieille femme, née en 1935. Dans ma famille la masturbation était considérée comme le péché ultime. Dès qu’une fille était suspectée de masturbation, elle était conduite chez le docteur pour subir l’excision du clitoris (sous anesthésie quand même)
    Ainsi, ma grand mère en 18981, ma mère en 1913 et ma soeur aînée en 1935 (année de ma naissance) ont elles été excisées à l’âge respectivement de 8, 7 et 8 ans quand elles étaient soupçonnées de s’adonner à jouer avec leur clitoris. Comme quasi toutes les filles j’ai exploré mon corps et trouvé agréable de toucher mon clitoris, j’avais 8 ans ! Ma soeur de 5 ans mon aînée m’avait surprise à le faire (nous dormions dans la même chambre)
    Elle m’a avertie de ne ps me faire surprendre, sans quoi on me couperait le clitoris à moi aussi. C’est alors qu’elle m’a montré ses parties génitales: plus aucune trace de clitoris ni de petites lèvres. Elle me dit que si j’étais prise à me toucher "là" , je serais aussi coupée.
    C’est ainsi que j’ai appris, non pas à cesser de me masturber, mais à le faire en cachette, hypocritement.
    Il était dans les intentions de mes parents, de me faire exciser tout de même, comme les autres filles d la famille, mais la guerre survint, et en 1940 une bombe allemande détruisit notre maison, tuant mon père resté seul à la maison. Nous fûmes alors réfugiés dans le sud de la France et, évidemment, avec peu d’argent, réfugié chez des étrangers à la famille, il ne fut plus question de programmer mon excision;
    Quelques années après la guerre, quand maman, veuve, eut à nouveau un peu d’argent, elle insista pour que je sois aussi excisée, mais j’allais avoir 13 ans et je refusai catégoriquement. Elle insista un peu puis finit par abandonner l’idée de me forcer à subir l’excision du clitoris.
    J’avoue avoir été une masturbatrice impénitente, Malgré le mariage, je n’ai jamais cessé de jouer toute seule avec mon clitoris.
    Finalement, devenue une femme âgée, je devenais de plus en plus honteuse et dépressive du fait de mon addiction à la masturbation. Il y a deux ans, j’ai décidé "d’en finir" et, comme mon mari largement octogénaire maintenant était devenu impuissant, je n’avais plus de raisons d’avoir des rapports sexuels, alors je me suis finalement faite exciser et infibuler ainsi je ne peux plus être faible et céder à la masturbation. J’ai été un peu déprimée les premiers mois après l’excision et infibulation mais avec un orifice résiduel de +/- i/2 cm juste suffisant pour le passage d’une poire à lavement(pour les irrigations hygiéniques) et à ‘intérieur juste une cicatrice là où les petites lèvres internes et le clitoris devraient se trouver, la masturbation n’offre plus aucun intérêt.
    Après quelques mois de frustration, peu à peu je me suis habituée à vivre sans plaisir sexuel et maintenant j’en viens parfois à refgretter d’avoir échappé à l’excision dans l’enfance tant mon comportement sexuel passé me rend honteuse.

    • miliochka dit :

      Chère Yvette,

      Je respecte votre témoignage même si, pour parler poliment, les bras m’en tombent !!!
      Choisir la clitoridectomie (et même l’infibulation !) pour lutter contre la masturbation me parait être une solution d’un autre monde, d’un autre temps, d’une autre planète… Bon du coup, je ne veux pas polémiquer avec vous, mais je me permets quand même une question :

      Comment avez vous réussi à trouver un médecin (car j’ose espérer que vous êtes allée voir un médecin pour ça) qui accepte de pratiquer un tel geste alors même que l’excision constitue au regard de la loi une atteinte à la personne (violence ayant entraîné une mutilation permanente, article 222-9 du Code Pénal : délit passible de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende) ?

  12. Hélène dit :

    Je pense que tu apprécierais ce bouquin : http://www.tostan.org/however-long-night et le travail de cette organisation.

Trackbacks
Check out what others are saying...
  1. [...] d’abord Drenka nous parle d’excision. Donc là tu te dis de quoi ? Ca existe encore ? Mais pourquoi on [...]

  2. [...] m’a particulièrement marquée, je dirais sans hésiter le billet de Drenka intitulé “Peut-on vouloir être excisée?” car c’est un sujet que je n’aurais jamais eu l’idée [...]

  3. [...] certaines femmes crient au scandale quand on parle d’excision sur de petites filles dans des pays où c’est la norme culturel et esthétique, mais [...]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 6 672 autres abonnés

%d bloggers like this: