A l’école, en Finlande…

Saviez-vous que la Finlande a une réputation grandissante en matière d’enseignement ? Ce pays présente des résultats remarquables aux évaluations internationales PISA. Troisième en résultat global en 2009 après Shanghai et la Corée du sud, il arrive en tête pour les performances en lecture, quatrième en math et troisième en sciences. Un vrai succès, alors que la France, malgré ses méthodes élitistes et sa tradition d’excellence incarnée par les Grandes écoles, traîne  en queue de peloton. En principe, je ne suis pas fana de ces comparaisons internationales, pas forcément neutres. Mais c’est quand même en Finlande que l’on note le moins de différences de résultats entre garçons et filles, entre catégories sociales et entre Finlandais et étrangers. En outre, il apparaît que les élèves ont un sentiment d’eux mêmes très positif par rapport aux apprentissages. Il y a donc matière à s’interroger sur les raisons d’un tel succès.

Cette semaine Mme Déjantée nous a proposé de commenter un article du suédois Dagens Nyheter paru dans le Courrier international d’avril 2012 intitulé « Mais comment font-ils, ces Finlandais ? ». A vrai dire, l’article m’a un peu laissée sur ma faim, ayant déjà pris connaissance de ce modèle grâce au livre de Peter Gumbel, On achève bien les écoliers. J’ai donc fait une petite recherche sur le net et suis tombée sur un long article d’un principal de collège français, M. Paul Robert « L’éducation en Finlande : les secrets d’une étonnante réussite. "chaque élève est important" ». 

Ce que je retiens de ces deux articles, c’est qu’en Finlande, les élèves réussissent car l’enseignement fait une large place à la personne de l’élève et se structure autour de 4 piliers :

-          Le bien être à l’école

-          Des méthodes actives, donnant une grande place à la maîtrise de la langue et à l’initiative personnelle

-          Une évaluation au service de l’image de soi et des apprentissages

-          Des enseignants valorisés

une salle de classe en finlande photo emprunée au site 100% finlande

une salle de classe en Finlande, photo empruntée au site 100% finlande

1/ Le bien être à l’école : Chez les Finlandais, le respect est une valeur importante,  il est fondamental pour eux que chaque élève se sente bien à l’école et libre d’être lui-même. Les locaux sont grands (les classes font environ 65 m2 pour une petite vingtaine d’élèves), agréables et propres, dans des établissements de taille modeste. Les relations sont bonnes avec des rapports familiers mais respectueux entre professeurs et enseignants. Les seuils de tolérance des professeurs sont hauts et un comportement gênant n’entraîne pas des sanctions immédiates

Avant 7 ans, il n’existe pas de maternelle mais des jardins d’enfants (payants, malgré tout, mais assez peu chers). Le ratio adultes/ enfants fait rêver : par exemple pour une classe de 21 enfants de trois à six ans, il y a deux professeurs, une  assistante maternelle et une aide-ménagère. Au jardin d’enfants, on y cherche avant tout à éveiller les aptitudes des enfants  sans qu’il y ait de programmes ou d’exigences particulières.

La scolarité obligatoire commence à 7 ans (cependant, un enfant motivé peut entrer à l’école à 6 ans, un autre à 8 ans en fonction du rythme propre à chacun). Pour les plus petits, la matinée est réservée aux apprentissages, l’après-midi aux jeux, sports et culture. Le redoublement est proscrit. On a le souci de respecter les rythmes biologiques, les séquences de cours sont limitées jusqu’à 16 ans à 45 minutes.

Les effectifs ne peuvent dépasser 25 élèves par classe, la norme est d’environ 20 élèves. Mais les coûts pour la collectivité demeurent raisonnables car il n’y a pas d’inspection, ni de services de « vie scolaires ».

L’orientation ne se fait jamais avant 15 ans. Environ 40% des élèves choisissent une voie professionnelle, mais une telle orientation n’est jamais imposée

2/ Les méthodes employées ressemblent aux « méthodes actives » connues en France : exposés, compte-rendu, élaboration de travail personnel. Le professeur n’est pas un maître mais est là pour guider les élèves à faire eux-mêmes.  La priorité est donnée à la compréhension de l’écrit et à la maitrise de la langue. En effet,  ce sont des compétences centrales qui permettent d’aborder toutes les autres matières. Comme le note Dagens Nyheter, les objectifs sont concrets, raisonnables et clairement explicités aux élèves : « En primaire, l’accent est mis sur la compréhension écrite, dont découlent également les bons résultats obtenus en sciences et en mathématique puisque les élèves comprennent ce qu’on attend d’eux ».  Pour M. Paul Robert, en Finlande « les apprentissages initiaux se fond sans violence, sans stress et sans contrainte excessive avec le souci constant de stimuler, de motiver, d’être à l’écoute ».

Les élèves plus âgés ont une grande liberté de choix : si le cursus est le même de 7 à 15 ans, au lycée les matières sont à la carte. Il n’y a pas de classe au lycée.  Les élèves forment leur programme en choisissant leurs  cours (dans un cursus 45 cours sont obligatoires, les 35 autres sont optionnels). Les élèves peuvent choisir par exemple d’étudier la musique avec à la clé un projet de concert ou de se former en gestion d’entreprise en créant une micro-entreprise qu’ils géreront eux-mêmes !

3/ Concernant l’évaluation, il n’y a pas d’évaluation pour les plus petits, juste une première évaluation pour les enfants à neuf ans puis plus rien jusqu’à 11 ans.  On fait confiance à la curiosité naturelle et la soif d’apprendre, pas de stresse on progresse à son rythme.  Les familles sont informées par des bulletins réguliers.

Cependant  selon Paul Robert, des tests sont organisés pour dépister des troubles éventuels (je n’en sais pas plus, mais gageons que ce n’est pas la même chose que ce qui était proposé en France il y a quelques mois).

A partir de 13 ans apparaissent les notes qui vont d’abord de 4 à 10. La note 4 correspond à une compétence non maîtrisée (selon Paul Robert, inutile de constituer une « échelle de l’ignorance » en mettant des notes plus basses), les notes supérieures reflètent le degré de maîtrise. Il est toujours possible de repasser ce qui a été raté, tout en continuant sa progression dans les autres matières.

Les études secondaires sont sanctionnées par un examen final, noté de 0 à 7.

Cette évaluation affiche comme objectifs de ne dévaloriser personne de laisser une chance à l’élève et de lui permettre de se situer par rapport à sa progression. L’angoisse et la compétition sont exclues.

4/ En Finlande, la formation des professeurs se fait selon un cursus universitaire de plusieurs années spécialement dédié, à l’entrée sélective (mais pas plus que les concours français néanmoins). Apparemment, les professeurs reçoivent une formation initiale poussée sur tous les aspects de leur métier.  Une fois diplômé, l’enseignant garde un lien avec l’Université et peut participer à la formation de ses nouveaux collègues. Mais surtout, en Finlande, le métier de professeur est perçu comme prestigieux.  On voit l’enseignant comme un professionnel  capable : tout le monde fait confiance au professeur, qu’on considère comme un crack  dans son domaine  A tel point, que le corps d’inspection a été supprimé ! En conséquence, la liberté pédagogique est très élevée.

Les relations que les enseignant entretiennent avec les élèves et leur famille sont aussi très différentes de celles habituelles chez nous. Les professeurs sont proches des élèves puisqu’ils prennent aussi en charge « la vie scolaire » tel que la surveillance des couloirs. Ils n’hésitent pas non plus à se rendre au domicile des élèves pour rencontrer leurs familles.  Ainsi,  c’est paraît-il en Finlande que l’on rencontre le plus d’enseignants fiers de leur système éducatif et heureux dans leur profession…

Alors, on pourra toujours objecter que la Finlande est un pays aux traditions bien différentes du nôtre (par exemple, là bas, voir une icône religieuse affichée dans une salle de classe est admis). Mais pourtant, il faut remarquer que la Finlande avait jusqu’aux années 1970 un système élitiste avec orientation précoce mais qu’elle a su prendre la décision d’en changer radicalement.

Je trouve qu’il y a plein d’idées à emprunter à la Finlande. Des décisions politiques sont bien sûr à prendre pour faire du « modèle finlandais » une réalité chez nous.  Mais en attendant, la Finlande nous montre une autre façon de considérer les rapports professeurs/élèves, qui, en France, demeurent remplis de méfiance réciproque. Cet exemple nous incite aussi à adopter une vision différente de l’organisation des apprentissages, en laissant de côté le modèle du maître « tout-puissant » et du bon élève soumis et obéissant (chez nous, pour beaucoup, le "bon maître" est celui qui dicte son cours à une classe silencieuse) . Et tout ça, ce serait quand même déjà une sacrée révolution !

Pour venir rendre visite à mon blog, c’est par là  (et ça me fait toujours plaisir !)

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Comments
17 Responses to “A l’école, en Finlande…”
  1. sandrine73 dit :

    Merci pour cet article, ça fait envie !!!

    • flolasouricette dit :

      C’est vrai qu’à lire cela, on a envie d’aller s’y installer, mais les longues nuits d’hiver, brrrr ;)

  2. D’ailleurs, au delà de l’éducation, la Finlande est aussi en tête des pays où il fait le mieux vivre et où les gens se sentent heureux. Faudrait sérieusement méditer sur la Finlande (d’ailleurs après NYC, c’est le pays où je me verrais bien vivre)

    • flolasouricette dit :

      Je ne savais pas qu’une telle qualité de vie existait là bas, comme tu le dis, nous avons sans doute des leçons à prendre !

  3. phypa dit :

    Tout à coup il me viendrait bien l’envie d’émigrer !!
    Mais je ne me vois pas mettre toute la famille au finnois, et puis il y a aussi le climat :-)

    Juste un bémol : je crois qu’on a montré que dans les zones défavorisées, la scolarisation des petits à la maternelle pouvait être un plus.
    Bon ,c’était avant qu’on y instaure les évaluations et le soutien je suppose.

    Pour être juste sans doute faudrait-il aussi comparer au niveau de vie global de la population.
    Est-ce que le fonctionnement de l’école n’est pas le reflet de celui de la société ?
    Y a-t-il eu en Finlande autant de paupérisation que ces dernières années en France ?
    Quel est l’habitat usuel ? Le niveau de chômage ?

    Par contre 100% d’accord avec la nécessité d’un enseignement tourné vers la réalité de l’enfant, prenant en compte les évidences pédagogiques telles que le nombre d’élèves par classe (il paraît qu’aucune étude ne démontre que c’est mieux), la considération à donner aux enseignants ( leur formation aussi : psychologie de l’enfant, neurosciences, …aujourd’hui y a pas)

    • flolasouricette dit :

      Je crois que indépendamment du fait que l’accueil se fasse en maternelle et en jardin d’enfant, l’investissement des pouvoirs publics en faveur des tout-petits est trés payant pour la réduction des inégalités. C’est vrai que le nombre d’années passés en maternelle, en France, est statistiquement corrélé à une meilleure réussite scolaire, encore faut-il que les conditions soient décentes…
      Par ailleurs, ce qui compte, dans l’expérience finlandaise, c’est la volonté de changement qui a opéré dans les années 1970 : avant ces réformes, la Finlande obtenait des résultats plutôt moyens, et les conditions de vie n’ont pas changé du tout au tout pendant cette période. Il me semble qu’à Liverpool, la municipalité a aussi changé de politique éducative avec succès, malgré des conditions de vie trés dicciciles pour ses administrés touchés par la précarisation (je rechercherai les références si ça vous intéresse).

  4. Nelya dit :

    Le modèle finlandais est d’autant plus intéressant qu’il ne laisse aucun élève sur la touche, je pense en particulier à ces élèves qui – à force d’échec de notation – perdent confiance en eux. Au contraire, le postulat du système éducatif finlandais est clair : chaque élève à des compétences qu’il exprime à son propre rythme. Je pense qu’en cela ils ont tout compris. La France est vraiment à la traîne, de plus en plus d’élève sont en échec et démotivés (ou motivés que dans certaines matières ou certaines périodes de leur vie scolaire), c’est vraiment regrettable.

    • flolasouricette dit :

      En France, nous persistons dans le mauvais sens, surtout depuis 2008, il faut bien le reconnaître (non, non pas de polèmique ;)).

  5. mmedejantee dit :

    Merci d’avoir accepté de prendre en charge cet article!!! Comme tous l’on dit, ça fait bien envie….!!! Espérons que le nouveau président saura prendre le bon tournant!!!

  6. Covima dit :

    Le système finlandais m’intéresse depuis un bon moment (surtout depuis que mes enfants sont scolarisés). J’ai vu en début d’année un documentaire sur France Télévisions (quelle chaîne ?) sur la pression à l’école en France, et sur lequel je pensais écrire d’ailleurs. C’est qq chose qui n’existe pas là-bas, aucune pression n’est mise sur l’élève, sur le professeur ou les parents. Chaque enfant apprend à son rythme et est pris avec toutes ses caractéristiques, c’est déjà un énorme progrès en soi ! Je pense qu’on a bcp de choses à leur emprunter pour notre propre système scolaire, mais ici l’EN est tellement lente à changer…

    • flolasouricette dit :

      Ce serait intéressant de retrouver le documentaire dont tu parles. Personnellement, je trouve que l’EN évolue bien vite depuis que j’y suis rentrée, mais pas dans un sens qui m’enchante ;)

  7. Bonjour !
    Pour ceux que cela intéressent : l’exposition qui se tient en ce moment à l’Institut finlandais (jusqu’au 28 avril) traite justement de l’environnement d’apprentissage (l’architecture des écoles et l’utilisation de l’espace dans la pédagogie) comme clefs de la réussite scolaire et du bien-être des élèves.
    Vous trouverez quelques informations sur cette exposition ici : http://www.institut-finlandais.asso.fr/programme/expositions/item/489-la-meilleure-ecole-du-monde

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  1. [...] attendant, poursuivons le débat ! Et allons  lire l’article de Flo la souricette sur le modèle finlandais, où il y a certainement à prendre et à laisser, mais qui à première vue est beaucoup plus [...]

  2. [...] l’occasion. Ceci dit, si moi je la découvre, ça ne semble pas être le cas des Finlandais ! Flolasouricette nous offre un panorama fascinant du fonctionnement de l’école de nos voisins du grand nord, [...]



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