Quand Mme D. a proposé de commenter un article de Causette sur les pères au foyer intitulé « L’homme est une femme (au foyer) comme les autres » (Causette #23, p.56), je me suis dit qu’il fallait que je traite ce sujet. Ben oui, je suis comme qui dirait un tantinet féministe. Il y a encore de nombreuses causes pour lesquelles nous devons nous battre et nous en parlons ici dans les VI régulièrement. Alors cet article, j’ai eu envie de m’y frotter même si au premier abord j’avais méchamment envie de le démonter.
Et d’ailleurs, même si les Neuroneuses sont à 100 % des femmes (ce n’est pas qu’on ne veuille pas accueillir de mâle ici, on crie corps et âme que l’on veut des mecs ici, c’est juste qu’aucun ne se manifeste… à notre grand désarroi) cela ne nous empêche pas de parler des papas – si tu ne me crois pas, va voir l’arbre des liens, tu trouveras la plupart des participations traitant des papas.

Qu’à cela ne tienne, je me devais pour les VI de me frotter à ce texte et y réfléchir… vraiment.

Mais avant toute chose, je vous retranscris l’article dans son intégralité.

« Un « préposé aux questions masculines », ça n’existe pas. Eh bien si, la Suisse innove. Le canton de Zurich vient de nommer Markus Theunert à ce poste. Psychologue et sociologue de 39 ans, militant de la cause des hommes, qui s’est largement battu pour l’introduction en Suisse du congé paternité, il est l’homme idéal. Sa mission : faire des hommes des acteurs dans la lutte pour l’égalité, en leur facilitant notamment l’accès aux métiers féminins et en les sensibilisant aux joies de la famille grâce au temps partiel. Ou comment faire du féminisme en se posant de l’autre côté du manche : chez les mecs.

L’idée est neuve et réjouit tout le monde, à commencer par les féministes suisses. « Il est grand temps. On aurait dû impliquer les hommes depuis le début« , comment Marthe Gosteli, 94 ans, la Benoîte Groult helvète. Le constat de Markus Theunert est simple : les hommes auraient envie de s’impliquer davantage dans leur vie familiale, mais ils n’oseraient pas l’exprimer. Alors que « 90 % aimeraient réduire leur temps de travail, moins de 15 % le font. Il y a un fossé entre les désirs et la réalité« , explique-t-il au quotidien Le Temps. Il sera donc là pour les encourager à le faire, et ce, dès sa prise de fonction, le 1er juillet prochain.

Mais l’idée de l’homme à la maison doit encore faire son chemin chez les Suisses qui, s’ils sont aujourd’hui dirigés par un gouvernement mixte, ont refusé aux Suissesses le droit de vote jusqu’en 1971. Sans compte que les vieux réflexes machistes sont toujours là, la preuve : « En tant qu’homme, il lui sera plus facile d’infléchir les décideurs masculins« , déclare, enthousiaste, la « cheffe » du bureau cantonal de l’égalité. Bon, c’est pas encore gagné, mais c’est déjà un début ! »

Donc là, tout de suite, en lisant ça, j’ai eu un petit rictus et je mourrais d’envie de dire : « Pauvres hommes, ils peuvent pas vivre leur rôle de papa comme ils le voudraient… » Avec une pointe d’ironie.
Ouais bon une grosse louche.

Franchement. Un homme qui veut s’investir dans sa vie familiale et l’affiche, c’est un demi-héros aux yeux de la société… tellement c’est rare. C’est juste vu très positivement. Transposez cela à une femme et vous obtiendrez une employée démotivée aux yeux de son employeur (pour l’avoir vécu). Oui, j’exagère sûrement. Mais je reste convaincue que les papas qui rêvent secrètement d’être père au foyer sont très très peu. Si comme le dit le texte une majorité voudraient passer plus de temps en famille, le texte ne dit pas « à faire à manger ou faire la vaisselle ». Car on peut se poser la question, en tout légitimé, de ce que représente ce temps passé en famille. Se reposer ? S’amuser avec les enfants ? On ne sait pas ce qui se cache derrière cela (même si je doute que l’homme rêve d’enfiler son tablier et ses gants pour récurer les toilettes ou se mettre aux fourneaux). Et puis quand bien même il le voudrait pour de vrai, peut-être que financièrement cela ne serait tout simplement pas possible, étant donné que sa femme a peut-être un travail à temps partiel payé une misère ou le même poste que lui dans une autre entreprise mais bien moins payé… puisque c’est une femme.

Et si la liberté des hommes passait d’abord par la liberté des femmes ?
Peut-être pas si bête ma question. Si l’homme voulait prendre plus de place dans sa parentalité, il faudrait déjà que la femme puisse s’en soustraire un peu. Tu vois ou je veux en venir ? La société, mais c’est peut-être une impression, voit toujours du mauvais œil une femme qui ne s’investit pas assez dans sa vie familiale. Laisser faire davantage le père pourrait être perçu comme un aveu de faiblesse de la femme, incapable d’assumer la totalité du rôle de mère tel que le voit la société.

Peut-être que je divague et puis, je le sais que les hommes sont un peu perdus aujourd’hui. Si 69 a foutu le bordel dans leur vision de la femme et de la famille, en 2012 ils en paient toujours les conséquences. Eux aussi ont besoin de redéfinir leur rôle, trouver un modèle différent de leur père, qui ne leur va pas forcément. Auprès de qui s’appuyer ? Quel modèle suivre ? Ils ont des droits à conquérir aussi : d’être là lors des césariennes pour assister à l’accouchement, d’avoir le droit de pleurer sans se faire passer pour moins qu’un homme, avoir le droit de « paterner », ou d’avoir un congé de paternité digne de ce nom pour faire connaissance avec son enfant et permettre à la maman de se reposer un peu plus sur lui. Le seul droit qu’il ne peuvent pas revendiquer : être une mère bis. S’il peut être au foyer, il ne peut à mon sens pas être comme la mère. Il ne faut pas qu’il soit comme la mère. Ce qui fait la richesse du couple parental, c’est la différence entre les deux personnes qui le compose. Cela tient-il plutôt au caractère, à la personnalité, à l’éducation plutôt qu’au sexe ? L’éducation est encore aujourd’hui conditionnée par rapport au sexe… On peut se demander la légitimité que l’homme et la femme tiennent leur rôle… d’homme et de femme. Bref, derrière ce petit texte tout simple, on se rend compte des questions que l’on peut se poser, assez fondamentale pour la société de demain.

Quant aux pères au foyer, si ce petit article révèle que peu de Suisses sont prêts à laisser la femme ramener l’argent de la maison, en France cela me semble encore vu du mauvais œil et être un phénomène très isolé. Par exemple, si mes beaux-parents ou même mes parents apprenaient que mon Ours voulaient être père au foyer et envisageait de laisser tomber son travail pour élever ma Zouzou, les bras leur en tomberaient… voire plus (déjà que mon beau-père accepte mal le fait que je ne repasse pas les chemises de mon homme…). Je pense qu’il faudrait beaucoup de temps à la société pour l’intégrer comme un schéma possible… tout comme le fait de voir une femme s’investir beaucoup son travail sans se faire étiqueter comme étant carriériste ou peu maternelle…

Enfin, je me pose la question du rôle que pourraient avoir les hommes dans cette lutte pour l’égalité. Combien d’homme se rendent compte de tout cela, ont envie d’être dans ce temps de famille (j’aurais préféré « temps éducationnel auprès des enfants » plus parlant par exemple) ? Je crois que nous avons définitivement besoin d’un homme dans les vendredis Intellos pour pouvoir réfléchir justement à ces questions.

Et puis, après avoir réfléchi à tout cela un tout petit peu, si finalement la liberté des femmes passait par celle des hommes ?

Le débat est ouvert…

Kiki the mum