Beaucoup de questionnement sur la mort cette semaine, et comment en parler avec des enfants. Parler de la mort d’un proche, ou évoquer un fait divers, ce n’est pas la même chose. Un éclairage de Françoise Dolto, dans Lorsque l’enfant parait (1).

Quand viennent les premières questions

Ils l’abordent en même temps qu’ils abordent la différence sexuelle, par des questions indirectes : « Est-ce que tu vas mourir vieille ? » par exemple, ou : « tu es déjà très vieille ? – Très vieille, non ! Pas autant que telle ou telle personne, mais je suis assez vieille, c’est vrai – Et bien alors, tu vas bientôt mourir ? – Je ne sais pas. Nous ne savons pas quand nous allons mourir. »

Les enfants questionnent sans angoisse à propos de la mort jusqu’aux environs de sept ans. Ils commencent à se poser la question vers trois ans, et je le répète, sans angoisse. Il faut leur parler de la mort, justement. Et, d’ailleurs, ils la voient. Il y a des gens qui meurent autour d’eux, des enfants qui meurent autour d’eux.

On va bientôt mourir ?

Je crois qu’on peut toujours répondre à un enfant : « Nous mourrons quand nous aurons fini de vivre. » C’est drôle à dire, mais c’est vrai. Vous n’avez pas idée de ce que cette parole rassure un enfant. Lui dire « Sois tranquille, tu ne mourras que quand tu auras fini de vivre. – Mais je n’ai pas fini de vivre ! – Et bien, puisque tu vois que tu n’as pas fini de vivre, tu vois que tu es bien vivant ! »

Ca ne regarde pas les enfants

Si quelqu’un de la famille meurt, il est important de ne jamais priver un enfant de la nouvelle de cette mort. Il perçoit l’expression changée des visages familiers. Ce serait grave, étant donné qu’il aimait cette personne et qu’il est inquiet de cette absence, qu’il n’ose même pas poser la question. En même temps, ne pas lui dire, c’est le traiter comme un chat ou un chien, l’exclure de la communauté des êtres parlants.

On voit bien là que Françoise Dolto intervient à une époque où ne parle pas de tout ça dans les familles, et surtout pas aux enfants. Pour ne pas les inquiéter, au mieux, parce qu’on ne les considère pas comme des êtres intelligents, au pire.

Je me souviens encore très bien de ma perplexité devant le gros mensonge du non-décès de mon arrière grand-mère. J’ai demandé inlassablement pendant des mois quand on allait la voir à l’hôpital, et puis j’ai du comprendre par moi-même. Je ne crois même pas que c’était parce que ça faisait trop de peine à ma famille d’en parler, c’était comme ça, on n’en parlait pas aux enfants.

Aller au cimetière

Et bien, ce petit, il fallait seulement lui expliquer que sa grand-mère était morte et l’emmener au cimetière pour vois où vont les corps des gens qui sont morts. Mais parler du cœur qui aime, qui lui, n’est pas mort, tant qu’il y a des gens qui se souviennent de ceux qui ont aimé.

Au décès de mon grand-père il y a trois ans, j’ai dit clairement les choses à mes deux filles, la petite dernière n’avait qu’un an. Mais comment réagir quand mes filles m’affirmaient que mon grand-père n’était pas mort, puisqu’il était au ciel, alors qu’il n’y a aucune croyance religieuse ! Après de longues discussions sur les gens qui ne veulent pas dire le mot « mort » parce que ça leur fait trop de peine, nous nous sommes baladées dans des cimetières, avons lu les noms et prénoms sur les tombes, et tout a pris un nouveau sens. La mort, c’est irréversible et « matérialisable ».

Elodie, du blog Conseils éducatifs