On s’aime, on profite de la vie à deux, on sort, on discute, on se dispute aussi mais on s’aime oui. Un jour, vient l’envie de fonder une famille (pas pour tout le monde, certes, c’est une généralité) puis l’enfant arrive (même remarque malheureusement). L’amour se multiplie mais l’équilibre change. Que se passe-t-il pendant ce temps où tout est bouleversé ? Que se passe-t-il tant que les nouveaux repères ne sont pas établis ?

 

Avant d’avoir des enfants, je ne comprenais pas comment il était possible de se séparer peu de temps après la naissance d’un bébé. Maintenant si. Non pas que je l’aie vécu mais j’ai remarqué un certain de changements et de nouvelles difficultés. J’ai eu envie d’en savoir plus et j’ai trouvé des chiffres impressionnants sur ce phénomène appelé « Baby-clash ». Je n’ai pas réussi à trouver de chiffres officiels, seulement cette observation, sur Doctissimo, du Dr Geberowicz, co-auteur avec Colette Barroux du livre Le Baby-clash : Le couple à l’épreuve de l’enfant :

20 à 25 % des couples se séparent dans les premiers mois après la naissance de bébé. Et ce chiffre est en progression constante.

 

C’est impressionnant et triste… On devrait plus en parler, pendant les cours de préparation à l’accouchement par exemple. On pense que cela n’arrive qu’aux autres mais les chiffres semblent montrer que c’est plus fréquent qu’on ne le croit.

 

Cela mérite plusieurs billets. Mais voici pour commencer, quelques pistes de réflexion grâce à une interview de Cécile Ensellem, sociologue à l’Ecole des parents et des éducateurs. Les propos ont été récueillis par Sonia Crozier en avril 2009 (je ne retrouve pas le site, veuillez m’excuser).

 

Remarquez-vous de plus en plus de séparations qui interviennent très rapidement après la naissance ?

Cécile Ensellem : Oui. C’est en augmentation et c’est surtout le père qui part.

Peut-on expliquer sociologiquement le fait que l’enfant puisse séparer un couple ?

C. E. : Nous sommes dans un contexte où il y a de plus en plus de naissances hors mariage. Ajouté au fait que l’on a des enfants bien plus tard et que le projet parental se dessine également bien plus tard qu’avant, souvent après une longue cohabitation, l’enfant peut jouer un rôle de séparation, de défusion conjugale.

On peut même adapter les théories psychanalytiques freudiennes où le père a une fonction de séparation de la dyade mère-enfant, mais là, c’est l’enfant qui est le tiers séparateur en quelque sorte.

On parle de parité homme-femme. Est-ce que nier la différence des sexes peut être un facteur aggravant ?

C. E. : On est dans ce contexte des « nouveaux pères » où les jeunes couples peuvent vivre dans un idéal d’égalité. Mais l’égalité homme-femme doit composer avec la différence biologique des sexes. Il ne s’agit donc pas de nier la différence des sexes, mais de la penser autrement pour ne pas banaliser le départ ou la fuite des pères.

On dit souvent : l’instinct maternel. Non seulement on ne dit pas instinct paternel, mais en plus, on sait que certaines femmes souffrent de cette idée quand elles se retrouvent face à des angoisses et des ambivalences à l’égard de leur grossesse et de leur bébé. Du coup, c’est très culpabilisant pour elles. Les spécialistes de la périnatalité (comme les Ecoles des parents et des éducateurs) le savent bien.

D’ailleurs parfois, les dissensions, les conflits peuvent être liés à l’incompréhension des futurs pères à l’égard des angoisses ou ambivalence de la future mère.

 

Il n’y a pas que l’aspect sociologique qui compte mais ça a le mérite d’ouvrir des pistes de réflexion et d’englober cela dans la question plus large du rôle du père et de la mère (mais là n’est pas mon sujet).

 

Si on me demandait mon avis, voici ce que je donnerais comme conseils aux jeunes parents :

– C’est normal d’être perturbé par tous ces changements et de se disputer plus que d’habitude. La fatigue en est en grande partie responsable.

– Essayez de prendre du temps pour votre couple : une ou deux heures en tête-à-tête de temps en temps.

– Parlez ! Communiquez ! Dites ce que vous ressentez avant que ça n’explose et que l’autre, se sentant agressé, ne puisse rien entendre.

– N’oubliez pas que vous vous aimez !

 

Je n’ai rien inventé, je sais mais ça ne fait pas de mal de le rappeler.

 

J’aimerais poursuivre cette réflexion, je suis donc à la recherche de témoignages sur ce sujet. Si vous voulez me raconter votre expérience (anonyme ou pas), n’hésitez pas à m’écrire à clemlamatriochka(at)gmail.com

 

Clem la matriochka