J’avais envie de vous parler de la douleur de l’accouchement. Celle que je vais ressentir dans quelques mois, celle que des milliers de femmes connaissent chaque jour dans le monde. Celle qui est à l’origine de l’être depuis des générations.

Je me dit que les femmes de notre génération avons la chance de pouvoir effectuer un choix important : Péridurale ou pas. Parce que finalement c’est vraiment récent la péri, elle n’a été prise en charge par la sécurité sociale qu’à partir de 1994. Et puis, nous vivons c’est certain du « bon côté de la planète » pour ce qui est de notre prise en charge médicale.

C’est ce que René Frydman laisse transparaitre dans son livre « Lettre à une mère ».

Il dit : « Je repense à cette image rapportée d’un voyage : une salle d’accouchement au Vietnam. Elles étaient plus d’une vingtaine, deux par lit, tête bêche, sans rien pour soulager la douleur. Et il n’y avait pas un bruit. C’était comme dans un film muet, un ballet fantomatique de gros ventres allongés ou déambulants. J’entends encore ce silence, lourd de concentration, de résiliation et de docilité féminine.
Comme je me souviens de cette femme venue me voir, ici, pour me demander une césarienne que son état ne nécessitait pas. A force d’insister, elle m’a convaincu, j’ai écrit sur son dossier : césarienne de convenance. L’enfant réel passe par le sexe, son enfant imaginaire n’y passait pas. Le monde à deux faces. Sur la nôtre, les femmes ont appris à dire, à crier, à demander. »

J’imagine qu’on n’envisage pas l’accouchement de la même manière en fonction de notre culture…Certains bébés naissent dans des pays ou leurs mères se résignent à la douleur et s’efforcent de la dissimuler, d’autres naissent dans des pays ou leurs mamans ont pu généralement faire des choix quant à leurs modalités d’accouchement.

Cette semaine Martin Winckler a publié sur son site personnel (le Winckler’s Webzine) un article qui s’appelle : « Toutes les femmes qui accouchent ne crient pas ».

Et il insiste sur l’aspect culturel de ce cri :

« La culture, l’origine ethnique, le milieu social, la personnalité – tout cela intervient. Il est des femmes qui trouvent inacceptable de crier pendant leur accouchement. D’autres qui disent, après coup, que les cris de la parturiente de la salle voisine les ont gênées. D’autres encore qui, chaque fois, accouchent avec une facilité déconcertante et se relèvent ensuite comme si elles venaient tout simplement de faire un petit somme pour se reposer ».

Il ajoute également :

« Et tout porte à croire que crier pendant l’accouchement n’a rien de « naturel » : comme c’était encore le cas aux dix-neuvième et vingtième siècle dans certaines tribus d’Afrique du sud, d’Amazonie, mais aussi d’Amérique, il est probable qu’il y a quinze mille ans, les femmes s’isolaient pour accoucher seules. Crier pendant leur accouchement, aurait été le plus sûr moyen d’attirer des prédateurs et de mettre leur vie et celle de leur nouveau-né en danger ».

Il explique aussi que la peur de l’accoucher pourrait être entretenue par les cris des parturientes qu’on entend systématiquement dans les films. Alors que dans la réalité les choses ne se passent pas toujours de cette manière.

Ainsi il dit :

« Je comprends très bien l’usage, à l’écran, du stéréotype de la parturiente qui crie : il est destiné à montrer qu’accoucher, ce n’est pas de la tarte, et à augmenter la tension dramatique dans les scènes de naissance. Et représenter l’accouchement comme un moment de tension, cela me semble juste : c’est un moment de stress extrême, et l’un de ceux où – même si c’est rare dans les pays industriels – une complication imprévisible et parfois très grave peut se produire.
Mais la télévision et le cinéma ont un impact important sur l’imaginaire et le ressenti des spectateurs. Des scènes aussi émotionnellement chargées que la naissance (y en a-t-il de plus universelle que celle-là ?) ont inévitablement un effet inductif puissant sur les femmes qui n’ont jamais accouché (« Ca fait tellement mal qu’on hurle, je veux une péridurale ! »), sur les hommes qui aimeraient être présents à la naissance de leur enfants (« Je ne veux pas l’entendre crier, je ne veux pas la voir souffrir. ») et sur les soignants qui cherchent à rassurer les uns et les autres – et à former d’autres soignants ».

A la mère si

Pour lire mon ressenti par rapport aux douleurs de l’accouchement, c’est sur mon blog !