Autonomie : un mot qui peut faire peur aux parents… surtout aux jeunes parents. Derrière ce mot, on met plein d’images : un enfant devenu adulte, qui quitte la maison et qui coupe définitivement le cordon pour mener sa propre vie. Si cette image est pénible lorsque l’enfant est jeune, elle peut pourtant parfois devenir libératoire (mais si, dans ces moments de crise du « NNnnnnnnOOOOooooonn » ou quand t’es malade à crever et qu’ils te le font payer, allez, avoue).

Cependant, le pire que l’on puisse souhaiter à son enfant, c’est bel et bien de devenir autonome, aussi bien physiquement – en vivant dans son propre logement – que psychiquement – en ayant ses propres idées, différentes ou pas de ses parents mais libres et pensées par lui-même et peut-être aussi en étant moins dépendant affectivement de ses parents. Du moins c’est ce que je souhaite à ma Zouzou en tant que parent. Et donc, chaque jour, on s’efforce doucement mais sûrement à mener la chair de notre chair à nous quitter… oui enfin à devenir autonome quoi. C’est pareil non ?

Quand on est parent, ce qui me semble peu évident (oui cela me semble, ma Zouzou n’ayant que 26 mois, je n’ai que peu de recul et d’expérience), c’est de laisser l’enfant se différencier de soi. Cela passe par là à mon avis, l’autonomie. Même si, en tant qu’adulte ou parce que cela fait partie intégrante de notre caractère, on n’est plutôt très cartésien et terre-à-terre, il me semble indispensable de laisser les enfants s’imaginer des tas de choses, et ne pas dire : « Non, mais les fées, ça n’existe pas. » On doit même à mon sens les aider à entretenir ces rêves, et surtout quand il concerne leur propre avenir. C’est ce dont nous parle La Farfa à travers un très joli ouvrage pour enfant comme on n’en voit pas souvent. Un loup qui rêve de devenir un mouton, quelle idée ! Bien jolie. Il faut absolument encourager les enfants à croire en leur rêve. Les rêves sont à mon sens de réels facteurs de vie dans l’existence d’un être humain. Après tout, nous, adultes, n’avons-nous pas besoin de projets pour avancer ? Et nous donnons-nous toujours des objectifs que l’on est sûr de réaliser ? Non, car sinon notre futur serait prédéterminé… et cela serait franchement triste. Croire que tout est possible, c’est bien plus enrichissant à mon avis.

Mais attention, il y a une autre mission parentale à laquelle on ne peut se soustraire, à l’opposé ou complémentaire au fait de les pousser à croire en leurs rêves : donner les armes à notre enfant pour affronter la vie. Dit comme ça, on dirait qu’on les envoie en guerre des tranchées comme en 14-18… Mais ce n’est pas si loin que ça de la vérité et c’est ce dont nous parle Dark Gally à travers l’inénarrable Ecumes des jours de Boris Vian. Car si on peut les pousser à croire en leur rêve, il faut aussi trouver le juste équilibre pour ne pas non plus les protéger de tout en les enfermant dans une vie trop loin de la réalité mais les préparer à la « vraie » vie. Sinon, ils seront inaptes à devenir adultes ou le deviendront au prix de multiples difficultés autant personnelles que sociales. C’est ce que j’ai pu observer autour de moi parfois, des personnes en mal de devenir adulte après une enfance surprotégée. Leur montrer la vraie vie, sans noircir le tableau et en y mettant de la distance, voilà un véritable challenge en tant que parents !

De toute manière, l’autonomie, on est bien obligé d’y venir : si ce n’est pas en crèche, ça sera… à l’école ! Premiers pas faits dans la vie en société, l’école est un passage obligé (à partir de 6 ans certes)… souvent délicat. On en a maintes fois parler dans les VI, ce qui prouve le nombre de questions que cette étape soulève autant du côté des parents – comment me comporter avec les autres parents, avec la maîtresse, comment dire que je ne suis pas d’accord avec le programme sans faire que mon enfant ne devienne une tête de turc – que des enfants – est-il bien à l’école, a-t-il des amis… Devenir élève, à ce qu’il paraît, ça s’apprend et c’est Maman Bavarde qui nous en parle. Même que la maîtresse, elle est là pour aider les enfants à devenir des élèves (mais bien sûr)… En attendant, Maman Bavarde nous donne des solutions concrètes à nous, parents, pour que l’on parvienne à transformer notre bébé d’amour enfant en élève. Et sans magie.

Muuuum s’interroge d’ailleurs sur comment transmettre l’idée de démocratie, principe fondateur de notre société française actuelle. La France est une démocratie : c’est ce que les enfants peuvent apprendre dans les livres. Mais dans la vie de tous les jours, justement à l’école, là où ils passent la majeure partie de leur temps, qu’en est-il ? Muum fait le (triste à mon sens) constat que la démocratie ne passe pas la barrière de l’école, ce premier lieu de socialisation. L’école, telle qu’elle semble faite aujourd’hui et voulue par l’éducation nationale, confine les enfants dans une relation hiérarchique. Il n’y a pas de libre échange de parole. Je ne parle pas de remettre en question l’autorité du professeur, mais de pouvoir échanger librement avec un adulte référent… Ceci dit, l’élection des délégués de classe est à mon sens un début, oui, mais juste un début. Même si en tant qu’élève on peut participer aux conseils de classe… je doute encore qu’un élève puisse s’y exprimer librement sans être regardé de biais par ses professeurs… pourtant ils auraient fort à apprendre. Si en tant que parent notre enfant peut se révéler une richesse incroyable si l’on consent à l’écouter un peu, ce principe peut s’appliquer au-delà de la cellule familiale. Les enfants ont une force créatrice et une manière de penser différente de la nôtre : c’est peut-être là aussi la clé d’une certaine autonomisation de l’enfant, sans doute la plus riche, celle de la pensée.

Enfin, dans autonomie sous-tend la notion de transmission : transmettre à l’enfant ce que nous savons faire pour vivre au quotidien en société et seul à l’instar de nous. Et cela passe par l’assiette (pour ne pas dire d’abord par l’assiette). Issue d’une culture ibérique, la nourriture a une place très importante pour moi (trop ^_^ ?). Mais je suis aussi issue de grands-parents qui ont cultivé la terre leur vie durant. J’ai grandi en mangeant « des bonnes choses » : des haricots verts du jardin, des tomates gorgées de soleil (et non pas de pesticides), de pommes sucrées comme des cerises et des prunes à tomber par terre. Je sais que je suis très chanceuse d’avoir pu être élevée comme cela et ça, je le dois à mes parents qui avaient à cœur d’éduquer mon goût en lui donnant des vrais repères loin des boîtes de conserve et des plats préparés. Je garde de ces plaisirs simples un souvenir impérissable… Et j’aurais aimé que ma fille puisse en dire autant plus tard. Et surtout, lui transmette mon (tout petit) savoir en matière de cuisine. Lune de Sable aborde d’ailleurs ce sujet complexe de l’éducation alimentaire à travers la polémique de la semaine dernière lancée suite à la déclaration du fameux Pierre Dukan dans le Parisien. Car on peut se poser la question, à travers ce buzz, si l’éducation nutritionnelle devrait incomber uniquement aux parents ou doit-elle faire partie de la mission de l’éducation nationale, en donnant les bases à tous pour bien manger quand les parents ne peuvent pas toujours transmettre tout cela. La question reste en suspens…

Allez, consolez-vous, l’autonomie est pleine de choses positives : bientôt vos petits bouts pourront mettre la table, se doucher seul, se faire à manger, ou vous porter le petit-déjeuner au lit. Alors, ce n’est pas bien l’autonomie ?

Kiki the Mum