La grossesse. Encore une fois ce sera le thème de ces Vendredis Intellos.
Il semblerait que l’envie d’un deuxième me travaille.
Et avant d’engendrer une nouvelle vie sur cette Terre, faut que je fasse un bilan.
Je suis comme ça.
J’ai besoin de faire un retour en arrière sur ce que j’ai déjà vécu pour avancer.
Et puis beaucoup de blogueuses et amies attendent un heureux événement… alors moi, je songe avec douceur à la venue de leur enfant, et aussi un peu à l’envie de mon deuxième enfant.

J’ai déjà fait le point sur mon allaitement raté. Même si tout n’est pas réglé, j’ai compris beaucoup de chose grâce à des personnes qui s’y connaissaient.

Maintenant vient le moment pour moi de faire le point sur la grossesse à proprement parler.

Une belle grossesse sans trop de tracas, malgré trois premiers mois difficiles avec des nausées de la mort et une fatigue intergalactique venue du fin fond de l’univers « grossesse ». Des seins hypra douloureux qui ont explosé ma taille de soutif (et ma peau en passant…).

Puis des contractions… très tôt. Un déménagement à presque 5 mois de grossesse, des va-et-vient dans les magasins de bricolage… Une corde que j’ai un peu trop tirée à mon avis.
Puis, un beau matin de septembre, un rendez-vous chez la gynéco. Je lui parle de mes contractions. Qui serrent. Tant et si bien qu’à 6 mois, elle m’annonce comme une fleur que j’avais le col mou… très mou. Un peu ouvert. Et des contractions régulièrement. Le stress du travail…
Et le risque d’accoucher plus tôt, trop tôt.
Cela a été difficile.
Je me suis sentie coupable.
Et personne ne s’inquiétait… Personne.
Sauf moi et mon Ours.

En revenant en arrière, je sais que c’est aussi un peu de ma faute ces contractions. Le ventre, centre de toutes les émotions, se serrait, comme mon cœur. Une mère absente de ma grossesse, des choses qui remontent à la surface, la peur d’être mère, et de ne pas assurer. Ma Zouzou a eu la place qu’elle pouvait avoir…

Ce que je garde très présent en moi de cette grossesse aussi, c’est ta personnalité, ma Zouzou, qui se dessinait déjà dans ton comportement. Tu étais déjà indépendante. Cela peut surprendre mais c’est le sentiment que j’ai toujours eu. Tu faisais ta vie sans suivre la mienne. Tu étais têtue aussi : tu poussais tes fesses sous mes côtes, surtout quand je m’asseyais. Tu détestais ça ! Et même si tes fesses ne passaient pas, tu forçais.
Tu avais ton rythme à toi : pas régulier. Le matin, des fois tu étais très agitée, des fois rien jusqu’à 11h (le stress que tu m’a collé des fois…). Et même ta naissance, comme si tu l’avais décidé. Je voulais que tu sois scorpion. Le 22 novembre à 23h58 tu l’aurais été. Curieusement ma première contraction a eu lieu le 23 à 00h01. Et puis tu es arrivée, comme un boulet de canon, étonnée, saisie par ta propre naissance.

Je garde en moi la douceur de cette conversation intime qui se faisait chaque jour. Sans mot, avec des gestes. Tu vivais là, au creux de moi, tu connaissais toutes mes émotions alors que moi je te connaissais si peu. J’étais comme le terreau d’une belle fleur. J’ai très vite caressé mon ventre. Dès que je sentais ta présence hop, je glissais ma main pour que tu saches que j’étais là, à ton écoute. Chaque matin, les paupières encore closes, j’essayais de sentir tes mouvements, d’abord imperceptibles et intérieurs puis francs et puissants. Chaque soir, quand l’Ours était endormi, je savourais ces moments magiques toutes les deux. Dès que je me couchais sur le côté, tu tapais, et la peau était alors pincée entre toi et le matelas. Parfois, blottie contre le dos de l’Ours, on faisait comme un câlin à trois : tu tapais, et ton père te sentait. Des moments si forts, si intérieurs pourtant.

Et puis je t’ai peu parlé pendant que je te portais. Je trouvais ça étrange de te parler à voix haute alors que tu étais en moi. Mais de ma voix intérieure, je te parlais beaucoup. Puis j’ai chanté un peu. Puis ma langue s’est déliée.
Tout le monde conseille de parler au bébé… Mais je sais aussi que toutes les mamans n’y parviennent pas.

Isabelle Filliozat évoque cette nécessité, dans son « Il n’y a pas de parents parfaits ».

« Quand une maman parle à son fœtus, le rythme cardiaque de ce dernier est modifié. Il ne l’est pas de la même manière quand elle parle à quelqu’un d’autre. Le fœtus perçoit donc que l’on s’adresse à lui. Françoise Dolto, la première, a montré combien il était utile de parler à ce bébé dans son ventre, et pas seulement de bonheur et de petites fleurs, mais aussi de blessures et de douleurs, de deuils et de peurs, de rages et de désespoirs ».

Et c’est ce que j’ai fait. Je lui ai dit qu’un jour, il y a eu un autre enfant dans ce ventre, je lui ai dit, ô combien de fois, de bien rester au chaud que ce n’était pas encore le moment. Je lui ai dit que si je pleurais, ce n’était pas à cause d’elle, j’étais très heureuse qu’elle soit là, en moi.

« Mettre ainsi des mots sur ses affects peut paraître vain, le cerveau du fœtus n’est pas encore capable de les interpréter. Mais le bébé entend l’intention, vos tensions, et la détente qui suit. A partir du moment où l’enfant perçoit que vous acceptez vos émotions sans peur, qu’elles ne vous chavirent pas, que vous savez à quoi elles correspondent et que vous pouvez les dire… Alors, il n’a plus peur non plus. Il n’a plus besoin de développer des symptômes pour faire entendre sa souffrance. Il y a des chances pour qu’il se montre plus stable, plus calme, plus facile. »

Après ce n’est pas si simple de mettre tout cela en application… Elle continue :

« Et puis vous ne parlez pas seulement à votre bébé. En lui exprimant ce qui vous préoccupe, vous vous adressez aussi à vous-même. Réprimer incite un repli sur soi et limite le libre mouvement de l’amour. En nommant vos émotions, vous leur retirez le pouvoir de vous éloignez affectivement de votre enfant. »

La parole libère, même avant la naissance, autant la mère que l’enfant…

Kiki the Mum