En tant que parents, il y a des faits divers qui nous émeuvent particulièrement : ceux qui touchent les enfants. Un enfant qui meurt, c’est une chose abominable, inconcevable. Personne ne s’imagine voir son enfant partir avant lui. C’est d’autant plus affreux lorsqu’il s’agit d’un meurtre, ou d’un accident. Une maladie génétique, on ne peut l’éviter. Mais un accident domestique, c’est autre chose. Et en plus de vivre avec ce deuil terrible, il faut vivre avec cette ignoble culpabilité.

Et quoi de mieux pour se rassurer que l’actualité ? Quoi de mieux que de voir à quel point d’autres parents sont insouciants, pour se dire qu’on ne craint rien ?

Pardonne-moi cette introduction amère. Ce monde parfois m’écœure…

Je garde en mémoire trois faits récents.
Deux petites filles qui ont disparu pendant quelques heures.
Un petit garçon enfermé dans un lave-linge.
Un bébé à la tête coincée dans un lit.

En cherchant rapidement sur Google, j’ai retrouvé facilement les faits en question.

Deux soeurs âgées de 10 et 12 ans ont disparu samedi soir à La Flèche

Mort d’un enfant dans un lave-linge

Nice. Un enfant de 2 ans meurt étranglé à la crèche

Je te préviens de suite, c’est tout ce que je citerai ici. Je n’ai même pas (re)lu les articles en question, et j’espère bien savoir résister et ne plus les lire dorénavant.

Je déteste lire ce genre de nouvelles, pour de nombreuses raisons.

D’abord parce que ça n’apporte rien. Rien que de la peur, de l’horreur, des images qui peuvent nous hanter, et des questions par centaines.

Ensuite parce que je ne supporte pas le traitement médiatique qui en est fait. Comme des chiens à qui on aurait jeté un os, certains journalistes se ruent sur ces histoires. La plupart du temps, le premier article, le premier reportage, le premier traitement de ces « informations » est peu vérifié. On se hâte de fournir « l’information », on se hâte d’en parler pour vendre.

Car l’horreur fait vendre. Plus grande est l’horreur, plus facile est la vente. Et quoi de plus horrible que la mort d’un enfant… Un enfant, l’innocence incarnée. Un enfant ne peut « l’avoir cherché ». Un enfant ne peut pas être responsable.

Ses parents, oui.

Je ne supporte pas non plus les jugements hâtifs qui découlent de ces histoires.
Les premières réactions sont toujours les mêmes : trouver un coupable et le lyncher sur la place publique.
A l’annonce de la disparition des deux petites filles, les premiers commentaires qui ont fusé n’ont pas été pour la recherche des deux gamines. Mais sur la mère. Sur cette mère qui AURAIT laissé ses enfants partir. Cette mère qui AURAIT été imprudente, inconsciente, et qui quelque part le mérite (oui, oui, j’ai lu ça, j’ai lu « pff elle l’a bien cherché, on laisse pas ses enfants sortir comme ça le soir »).
Pour le petit garçon, sur ce père ignoble qui AURAIT glandé dans son canapé pendant que son fils mourrait.
Pour le bébé, pour ces puéricultrices insouciantes qui AURAIENT manqué d’attention.

Ma réaction est double.
Tout d’abord, sur le fait que ça n’est pas ça qui importe. Ce qui importait, c’était de trouver les deux petites filles. Ce qui importait, c’était de comprendre ce qui s’était passé, pour que cela ne se reproduise pas. Trouver un responsable, bien que ça soit nécessaire, ne me paraît pas aussi important que comprendre tous les mécanismes ayant abouti à ces événements, pour les démonter un à un.

Et ensuite, parce que QUI sait ce qui s’est réellement passé ? QUI y était et a tout vu, tout vécu, tout compris ?
Après le titre accrocheur et les premières heures d’effervescence, on ne sait presque plus rien de ces « affaires ». Et ce n’est que bien plus tard, et en cherchant bien, qu’on arrive à apprendre des éléments nouveau. Qu’on se rend compte qu’il n’est pas si évident de désigner un coupable. Qu’on apprend qu’on est allé un peu vite en besogne.

Je pense à ces artistes de cabaret qui font une peinture en quelques minutes. Ils commencent par un trait, puis en ajoutent plein de petits, et bien souvent il faut attendre les toutes dernières secondes pour comprendre le dessin dans son ensemble, pour que l’image apparaisse. On attend qu’il ait terminé pour apprécier, on attend qu’il ait mis tous les coups de pinceau, parce qu’ils ont tous leur importance, qu’ils jouent tous un rôle dans le tableau.

Régulièrement, et très récemment encore, des gens se suicident parce qu’ils portent le poids d’accusations infondées.
On pourrait croire que cela servirait de leçon.
Mais bien sûr que non.

Ce qu’on dira de ces gens, c’est qu’il n’y a pas de fumée sans feu, et qu’on ne se tue pas quand on n’a rien à se reprocher.
Gardons notre esprit critique. Rappelons-nous qu’aucune histoire n’est jamais aussi simple qu’elle le semble. ARRÊTONS DE JUGER.

Vaallos