Avec un titre aussi drôle, j’ai forcément été attirée par ce livre de Bruno Bettelheim, bien plus connu pour Psychanalyse des contes de fées. Et je n’ai pas été déçue par le contenu, du moins le début (pas fini de le lire, la honte !). En anglais A good enough parent, beaucoup moins drôle, mais peut-être plus clair, un parent suffisant. Qu’est ce qui est indispensable à la bonne croissance affective et émotionnelle d’un enfant ?

Devenir un parent acceptable, c’est-à-dire ne pas trop idéaliser son rôle ni les effets de l’éducation sur l’adulte en devenir qu’on élève, et surtout limiter les dégâts de toutes les petites choses qu’on transmet sans les maitriser : nos peurs, nos angoisses, nos rêves échoués …

Bruno Bettelheim, Pour être des parents acceptables

Voici donc une première réflexion sur le premier chapitre de ce livre de 600 pages, sur lequel je reviendrai certainement la semaine prochaine !

A propos de la gestion des conflits parents-enfants :

« Ce qui peut vraiment aider les parents dans ce genre de situation [les situations conflictuelles], c’est le souvenir de leur propre enfance. A certains moments de notre vie, nous avons tous mis la patience de nos parents à rude épreuve, et nous avons contesté ouvertement ou en silence leur façon de se comporter dans la vie. Si nous pouvons vraiment nous rappeler ces moments de notre enfance, nous pouvons savoir également combien nous en souffrions, combien nous nous sentions inquiets, insécurisés derrière notre attitude de défi, et combien nous en voulions à nos parents de ne pas s’en rendre compte. »

Combien entend-on de parents dire, devant leurs enfants, qu’ils n’ont jamais parlé de telle façon, qu’on n’aurait jamais toléré ceci chez leurs parents, qu’à leur époque les choses étaient différentes, plus simples et donc mieux. Je déteste cette fausse nostalgie d’un passé idéalisé. Les conflits, c’est ce qui fait grandir, et je ne suis pas sûre qu’un enfant qui ne pose aucun souci à ses parents soit un enfant très épanoui. J’essaie de garder en tête mon enfance, ce que j’ai ressenti à certaines étapes, c’est peut-être pour ça que je suis devenue instit, pour garder un pied dans l’enfance. J’ai en mémoire les affrontements verbaux avec ma mère, le sentiment d’impuissance, d’incompréhension dans bien des situations. Même si aujourd’hui je les regarde avec un éclairage d’adulte.

« Nos enfants sont très proches de nous parce que nous nous retrouvons en eux. De même qu’ils s’identifient à nous, nous nous identifions à eux beaucoup plus que nous n’en avons conscience. Nous sommes heureux de reconnaître en eux des traits de caractère que nous approuvons en nous-mêmes. Mais ce contact intime avec notre enfant provient d’identifications non seulement positives, mais aussi négatives. Quand nous croyons voir chez notre enfant des aspects de notre personnalité, nous en sommes bouleversés, ce sont souvent des tendances que nous avons en vain essayé d’éliminer. «

Comme c’est compliqué de ne pas chercher en permanence, dans chaque trait de caractère de nos petits, nos propres traits d’enfant. « J’étais pareille quand j’étais petite », « il fait tout comme son papa ». Difficile d’accepter que, malgré tout, ce sont de petits êtres autonomes, très tôt, qui développent leur propre personnalité avec ce qu’on leur donne, mais aussi avec ce qu’ils sont intrinsèquement. Difficile aussi d’observer des défauts qu’on a tenté (parfois en vain) de corriger dans notre propre personnalité, peut être parce que ça veut aussi dire voir l’imperfection de son enfant et l’accepter.

Voilà un livre passionnant, écrit simplement, qui aborde tous les sujets existentiels que soulèvent l’éducation d’un enfant.

Mais suis-je un parent acceptable ? Et vous ?

Elodie Conseils Éducatifs