Mon allaitement, je l’ai raté.
Je n’ai pas allaité autant que je le voulais. Juste 3 petits mois… et faut voir comment. Si d’aucuns me diront que c’est mieux que rien, et c’est vrai, cela ne m’empêche pas de garder comme un goût amer de cet allaitement.
J’ai pu en parler dernièrement sur mon blog. Grâce à une personne plutôt calée sur l’allaitement, j’ai pu faire une analyse du pourquoi du comment de mon allaitement que je considère raté.

Je sais que je n’ai pas été assez entourée, rassurée, soutenue, par la famille proche, le corps médical. Même si mon Ours m’a été d’un soutien indéfectible, cela n’a pas suffit.
Je n’aurais pas dû introduire de complément de lait artificiel (dès le retour de la maternité…), je n’aurais pas dû espacer les tétées mais allaiter à la demande, j’aurais pu me reposer davantage… et envoyer chier les gens qui me disaient que mon lait ne nourrissait pas mon enfant.

Aujourd’hui, je sais que le prochain allaitement sera différent…

Il y a beaucoup de facteurs pour qu’un allaitement puisse s’instaurer. D’ailleurs Pascale, invitée sur le blog des Vendredis Intellos cette semaine, nous permet de toucher du doigt ce qui fait qu’un allaitement se met en place, plus ou moins longtemps : le contexte culturel, familial, social jouent pour beaucoup.

Et cela, quand on décide d’allaiter, on n’en a pas forcément conscience.
A quoi cela sert ?
A se préparer à être seule pour faire perdurer son allaitement, à a se dire qu’on aura besoin d’aide… et donc peut-être à davantage réussir son allaitement.

Mais il y a d’autres éléments que l’on oublie souvent dans la réussite ou l’échec d’un allaitement : le facteur psychologique. J’en ai pris conscience en lisant le témoignage d’une copine blogueuse. Une phrase a fait écho en moi : « comprendre que le corps est une écluse, les barrière psychologiques retiennent les flots de laits, respirer, accepter : lâcher prise. »

Car l’allaitement, ce n’est pas seulement une histoire mécanique, de sein, de lait et de tétée.
Il y a aussi la tête.
Je dirais presque surtout la tête.

Cela peut paraître évident, mais cela ne l’était pas pour moi jusqu’à il y a peu.

Et en feuilletant mes bouquins – pour essayer de trouver des clefs pour passer les crises avec ma Zouzou -, je suis tombée sur un joli texte qui parle justement de cet aspect-là de l’allaitement. Un heureux hasard que je vous restitue ici. Il s’agit bien évidemment d’un texte de Filliozat, extrait du « Il n’y a pas de parent parfait », encore une fois, du chapitre « Des mots qui stoppent le lait ». Des témoignages qui en disent long…

« Béatrice désirait allaiter son enfant. Son mari lui a assené : « Tu ne sais pas tenir un bébé, tu ne pourras pas t’en occuper! ». Sur l’instant, fragilisée par l’accouchement, elle a laissé pénétrer en elle les mots de son mari et a perdu toute confiance en sa capacité maternelle. Elle n’a pas eu de montée de lait, ce qui a confirmé les dire de son mari. Quand on sait combien la montée de lait dépend de l’état émotionnel de la maman, on mesure l’impact de cette phrase assassine. Entre la maman et son bébé, il y avait désormais « Je ne sais pas tenir mon enfant » / « Je ne sais pas m’en occuper ».
(…)
Cécile raconte : « Le jour où j’ai accouché, ma mère m’a dit devant les pleurs de son premier petit-fils qui nous bouleversaient toutes deux : « Tu seras comme moi, tu n’auras pas de lait ». C’est ce qu’on lui avait répété à ma naissance tout en lui bandant les seins pour entraver la montée. En 1960, la mode, soutenue par la science, était au biberon. La méconnaissance a des conséquences dommageables, elle aurait aimé et aurait pu allaiter. Heureusement Cécile a rencontré la Leche League, une association de femmes qui a su l’écouter, l’informer et la soutenir dans l’allaitement. Il ne faut pas méconnaître le poids des mots. Cette phrase aurait pu résonner comme une malédiction. Comment oser remettre en cause sa propre mère ? »

Tout cela, j’aurais pu en prendre conscience avant… Bien avant. Mais comment est-ce possible que le corps médical ne nous parle pas de tout cela, comment les jeunes mamans ne sommes pas plus informées, soutenues, dorlotées ? Comment nous renvoit-on à la maison AVANT la montée de lait ? Comment nous dit-on des choses contradictoires tout le temps ?

Si cette contribution peut faire réfléchir quelques mamans ou futures mamans allaitantes sur leur propre histoire, peut-être cela fera que leur allaitement s’instaurera plus facilement.

J’espère aussi que l’on reviendra sur cet aspect psychologique de l’allaitement, à travers d’autres textes, et aussi sur les problèmes physiologiques qui empêchent l’allaitement (s’il y en a).

Chrystelle – Kiki the Mum