Aujourd’hui, aimer son enfant consiste essentiellement à combler très tôt ses désirs. La frustration, vécue comme une atteinte à la liberté d’être et au droit à l’autonomie pour chacun, est devenue si intolérable tant aux enfants qu’aux adultes, que ces derniers ne parviennent plus à l’imposer.

Cette semaine, j’ai envie de parler de ce réflexe que je vois beaucoup : celui qui consiste à dire oui à tout (ou à dire non sur le coup puis à finir par dire oui) quand l’enfant demande, et même parfois à devancer ses demandes. Je m’appuie sur quelques lignes de Je t’aime, donc je ne cèderai pas ! de Etty Buzyn.

En effet, un enfant se construit aussi, et peut-être surtout, avec des règles de vie parfois non négociables, avec des désirs non satisfaits, donc avec de la frustration, avec aussi bien sûr des envies comblées mais en restant dans la mesure. A l’opposé, il n’est pas rare de voir des enfants pourris de cadeaux, faire la liste des courses à 5 ans, repartir avec un petit cadeau « pas cher » chaque fois qu’ils font une crise quelque part. Alors, connaissent-ils la valeur du geste d’offrir, la puissance de celui de recevoir ?

Il faut connaître la frustration, apprendre à la gérer et à la surmonter. C’est comme l’échec, il vaut mieux en connaître tôt et plusieurs pour savoir y faire face, plutôt que ne jamais en rencontrer et tomber de très haut le jour où ça arrive. Pourtant, tant de parents sont tentés de mettre leurs enfants à l’abri de tout cela, pensant bien faire. Ou simplement parce que leur enfant est démesurément « précieux ».

Enfant précieux puisque « désiré », qualificatif désormais incontournable comme un label de qualité trop aisément confondu avec le bébé « programmé ». En miroir du désir dont il est porteur, il ne manquera pas d’exprimer à son tour des désirs insatiables, équivalents à des besoins impératifs dont dépendrait sa vie même !

La satisfaction qu’il en retire est alors censée lui permettre de mesurer l’amour que ses parents lui portent. Une affection dont la qualité s’évalue ainsi à l’aune des objets offerts et momentanément comblants, objets de consommation à renouveler sans cesse pour lui prouver combien il est aimé. Cercle vicieux !

Souvent, on tente de démontrer son amour pour son enfant à travers une somme incroyable de cadeaux matériels, tous plus inutiles les uns que les autres. Ou combler un manque, une absence, par cette profusion. On entretient ainsi le cercle vicieux de la demande incessante de « plus » et comme on s’interdit de frustrer son enfant, on se laisse tyranniser. Par crainte de perdre l’amour de son enfant ?

Mais cet amour que l’on a pour lui, ne peut-on pas plutôt l’utiliser pour lui apprendre à gérer les frustrations ? Pour lui montrer que, dans la vie, tout n’est pas acquis et tout ne peut pas le devenir ? Pour lui permettre de garder le plaisir de recevoir, occasionnellement et dans la mesure, des cadeaux qui auront non plus une simple valeur marchande mais aussi une valeur affective et/ou une vraie utilité ?

Cécilie